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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 17:36
Marcher dans le vide

Je me souviens comme la lecture est liée a l'écriture. Alors je relie le jour et la nuit, pour que ma vie enfin ressemble a quelque chose. Je lis dans libé les souvenirs un peu épars de françois guérif sur quelque écrivains. Sans doute le plus grand éditeur français vivant, guérif, même s'il ne dit pas grand-chose, pas grand-chose de sa correspondance. Il y a juste cette phrase que répétait goodis que je me remèmore en remontant la rue de l'ermitage : "Je n'écris pas des romans policiers j'écris des des mélodrames avec action". Je me souviens comme j'aimais quand elle me lisait, comme elle me disait que c'était formidable mais que ça n'allait pas. Je ne saurais jamais pour la dernière. Elle ne m'a jamais dis. Elle ne me dira jamais. Je me dis que je mourrais sans savoir. Faudra vivre avec ça. Comme avec tout le reste. Je me connais, je pense aux morts dix ans après, j'appréhende les ruptures au siècle suivant, au moins, je sais bien bien que la douleur sera de plus en plus prégnante, au fur et a mesure que je m'enfoncerais dans les sables mouvants d'une autre vie. J'ai comme l'impression que la vie ne se peut, ne suffit pas, c'est comment déjà chez conrad suivant la traduction. Il était écrit qu'il me fallait rester fidèle au cauchemar de mon choix. Guérif dit qu'il a découvert peace grâce à l'éditeur de robin cook, le vrai hein pas l'autre escroc, et tout d'un coup au bout de toutes ces putains d'années je fais la connexion entre robin cook et david peace. Bordel ce que je suis con je me dis, j'avais jamais fais le rapprochement. Je suce les glaçons de la vodka tonic dans la chaleur assourdissante de paris belleville, je me demande si je ne suis pas en train de sombrer de nouveau dans l'alcoolisme. Je devrais aller vivre dans le pays ou les gens n'existent pas, ces odeurs d'alcool tout ces gens qui n'ont que cela, tout ces hommes morts. Je me dis que je serais à ma place. Enfin de compte je suis un mélancolique de l'est je me dis dans un exercice d'auto-analyse de ma pomme, tout le monde croit que je suis un rigolard irlandais mais que nenni je suis pas un très gai. Le garçon que je ne vois plus et qui était je crois amoureux de moi me disait toujours un truc dans ce genre là pour paraître malin. Au fond les gens ne te connaissent ils te croient drôle et heureux et tu es la personne le plus torturée que je connaisse. Peut-être qu'il connaissait pas grand monde. Guérif parle de léo malet de truffaut. La veille j'ai voulu écouter le masque ou l'on parlait du dernier ellroy mais je me suis endormi au début du podcast. Je ne serais jamais publié je comprends, c'est fascinant comme je ramène tout à moi, j'ai perdu les baisers de la plus belle femme du monde, son corps d'ébène, ses courses après les pigeons, ses chansons sous la douche, et tout ce que je garde c'est que je ne serais jamais publié. Parfois je me maudis. Parfois pas. En attendant de ne pas te revoir, je n'ai plus que des souvenirs de toi. En attendant de ne pas me revoir, je n'ai plus que des souvenirs de toi. Faudra bien faire avec ça. Faudra bien ne faire qu'avec ça.

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 14:21
Le jour des morts

Le 24 février 2005, je regarde le corps de mon père allongé sur le lit. Il fait nuit, paris est sous la neige comme j'ai rarement vu dans ma vie, a tel point qu'on attendra plus d'une semaine pour l'enterrer car les cimetières et les jardins sont fermés. J'ai cette culpabilité que l'on ressent quand on ressent une forme de soulagement pour la fin d'un calvaire. Un coeur en trop bon état pour son âge me dira le cancérologue, un corps en bien trop bonne santé qui lui permettra de rester en vie beaucoup trop longtemps dans son état. Je me rappelle des paroles de ma mère, hormis son cancer tu sais, il est dans un état de santé incroyable. Mon père est mort le jour de son anniversaire, ma mère mourra quasiment au même âge a quelques jours près, sept ans plus tard. Ensemble jusqu'au bout. Il fait de moins en moins nuit je me dis 10 ans plus tard, le 24 février 2015, bientôt quand je partirais au petit matin il fera jour. J'ai appris la veille la mort de benotman. Ca fait bizarre me dit la fille enceinte, on a échangé avec lui par mail, il a failli venir et maintenant il est mort. Je regrette aussi qu'il ne soit pas venu pour parler du film dont il avait co-écrit le scénario. Je donne un peu d'argent a la collecte sur internet pour payer ses funérailles. J'ai appris la veille la mort du bateau d'inner terrestrial et de conflict. Je me souviens que la dernière fois que j'ai vu inner terrestrial au cicp, ce n'était déjà plus sa silhouette imposante derrière la batterie. Un gars tout fluet l'avait remplacé. J'avais entendu dire qu'il était malade. Ben maintenant il est mort je me dis alors que le jour se lève sur le pont de l'archevêché. J'aime bien la solitude dans paris au petit matin, il y a quelques voitures, quelques dingues qui font leur jogging mais il n'y a pas foule. Je regarde un bateau sur la seine, la pluie qui tombe un peu, le jour qui s'arrache a la nuit, je devine des souffles et des murmures, je jette mes yeux sur les façades du cinquième arrondissement. Je retiens mon souffle en attendant ta voix. Je retiens mon souffle en attendant.

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 14:37
La mort de mon père

Je me reconnais dans le knausgaard, ce n'est pas seulement une génération ou la proximité de nos caractères, une même appétence pour la littérature. Non ce n'est pas seulement une identification de nos jeunesses respectives. J'avais beaucoup aimé le second volume de mon combat même s'il parlait de famille, d'enfants, choses qui me sont assez éloignés. Non si je me reconnais dans le premier volume que je lis en second c'est tout simplement a cause de son père. Je pensais a cela il y a quelques jours quand ma sœur me disait que c'était bientôt le dixième anniversaire de la mort de notre père, je me disais cela l'autre jour, que je n'avais pas vraiment connu mon père. Après j'ai souri en pensant comme il aurait aimé le fantôme et comment il aurait fait le malin; et comment il aurait parlé de woody allen, ou d'une expo quelconque. Mon père adorait les brunes, la seule exception fut ma mère. Mon père aurait fait rire le fantôme, il était assez drôle quand il le voulait, moins que moi bien sûr, mais il était assez drôle. Je crois que mon père ne savait pas trop me parler, ne savait pas trop comment me prendre, sans doute comme son père avant lui ne savait pas trop lui parler. Mon père était déjà un peu vieux quand je suis né, et je crois aussi qu'il était fatigué, avec mes sœurs c'était plus simple, ils combattaient a armes égales. Le même caractère borné, cette insupportable manière de ne jamais lâcher l'affaire. Le problème pour mon père c'est qu'autant mes soeurs avaient le même caractère que lui, autant avec moi ce n'était pas du tout le cas. J'avais le caractère de ma mère. Je crois que c'est pour cela qu'il n'a jamais pu vraiment me parler. Après sa mort cette idée ahurissante m'est venu a l'esprit, d'une certaine manière mon père me craignait. C'est un point en commun qu'on devait avoir, il m'a toujours fait flipper. Je n'aime pas parler de mon père, peut-être parce que parler de mon père c'est parler de moi-même; peut-être parce que c'est mettre le doigt sur une forme de solitude que je ressens aussi. C'est curieux en fin de compte, j'ai aucun problème a parler de ma mère, c'est comme si elle vivait encore en moi, mais je suis incapable de parler de mon père. Je me souviens quand le fantôme me posait des questions je n'étais capable de lui dire que je ne sais pas ou je n'en sais rien, c'est comme si mon père déléguait sa vie sociale a ma mère, comme si au fond il ne s'intéressait qu'a sa vie intérieure. Le dernier mois de la vie mon père, je suis revenu vivre chez mes parents. Quelques jours avant sa mort, je me souviens que j'ai pris sa main et je l'ai posé dans la mienne. Il m'a regardé en souriant. Quelques jours avant sa mort. Je pense souvent a cet instant ou assis sur une chaise au bord du lit, je suis resté près de mon père, ma main dans la sienne, dans une sorte d'adieu un peu avant l'heure. Alors je tourne les pages du knausgaard, j'ai comme l'impression que des souvenirs vont revenir flotter a la surface de ma mémoire. Comme des souvenirs qui vont revenir envahir ma mémoire.

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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 10:03
La pluie sur les vitres

L'hiver ne vient pas, il me déçoit, alors j'attends. Je regarde ces classements un peu ridicule, les dix meilleurs films de l'année, les dix meilleurs livres, c'est le nouveau truc sur facebook tout le monde donne son avis puisqu'on ne lui demande pas. Je pense a la pluie sur les vitres, je pense a la pluie sur la camionnette, je pense a la pluie sur les gens, je pense a la pluie dans la nuit, je pense a ces hommes qui s'enfoncent, je pense a cette femme qui s'enfonce, je pense a cet homme qui ne trouve pas de vagin, je pense a cet homme a la tête difforme qui ne sort que la nuit. Je regarde ces classements, je suis impressionné par les choix des gens, je me demande comment ils choisissent, comment on établit ces classements, comme les plus grands bonheurs, les plus grands malheurs, comme les gens qu'on a aimé, les meilleurs amants. Pourquoi pas un classement des dix plus beaux cacas de sa vie. J'attends que l'hiver vienne, il n'est pas vraiment a la hauteur cette année, alors j'attends, je regarde le froid qui ne vient pas, je regarde la neige qui ne tombe pas, je regarde la pluie qui ne mouille pas, je regarde les rues qui ne gèlent pas, je regarde le gris qui ne se fige pas. Je me souviens au siècle dernier, il y a peut-être 30 ans, peut être un peu moins, peut-être un peu plus, j'avais décidé d'aller a Lisbonne après avoir vu dans la ville blanche. J'ai fini par y aller d'ailleurs. Et j'ai rencontré d'autres gens ensuite qui m'ont dit avoir été a lisbonne après avoir vu dans la ville blanche. Depuis cette année, j'ai envie d'aller a glasgow. Parce que le meilleur film de l'année, c'est under the skin. Je ne sais pas qui est deuxième ou troisième ou quatrième ou je ne sais quoi. Enfin si le second meilleur film de l'année c'est les combattants. Mais le meilleur film de l'année c'est under the skin. Et j'irai a glasgow. Parce que je suis encore vivant. Parce que je ne meurs pas a petit feu. Parce que je suis toujours l'homme le plus chanceux du monde. J'irais a glasgow. Et le fantôme sera avec moi. Puisque le fantôme est toujours avec moi. Toujours avec moi.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 17:44
Dense du ventre

J'imagine mon père enfilant un pantalon et mon père nouant une cravate après avoir boutonné sa chemise et mon père enfilant sa veste et mon père déposant un sourire bienveillant sur ses lèvres. J'imagine mon père enfilant ses chaussettes assorties a ses yeux bleus, ses chaussettes d'un bleus très bleus assorties a ses yeux très bleus. J'imagine mon père avec sa chemise blanche et son costume bleu et sa cravate bleu et je l'imagine en train d'ouvrir la porte de l'appartement et de faire son plus beau sourire pour accueillir la plus belle femme du monde. Je l'imagine l'emmenant vers le salon, et lui disant de s'asseoir, je l'imagine avec sa cravate bleue et ses yeux bleus assortis a ses chaussettes bleus, je l'imagine lui demandant ce qu'elle désirait comme apéritif. J'imagine mon père demandant au fantôme si elle avait été voir le dernier film de woody allen et mon père aurait dit il n'est pas terrible le dernier woody allen et le fantôme aurait répondu oui mais c'est woody quand même. Alors mon père aurait ri et aurait proposé un peu de vin a la plus belle femme du monde qui aurait décliné et il m'aurait sans doute servi avant de se servir lui-même. Mon père aurait demandé au fantôme si elle avait été a l'exposition françois truffaut et le fantôme aurait répondu non et mon père aurait dit c'est intéressant, vous devriez y aller c'est intéressant. Je devine comme la plus belle femme du monde aurait adoré mon père, et comme mon père aurait adoré la plus belle femme du monde. Je revois mon père avec ses chaussettes bleues et sa cravate bleue et son costume bleu. Je devine le fantôme parlant avec lui et comme il l'aurait trouvé belle et comme il l'aurait aimé.Je te devine parlant avec mon père. Je crois que ça me rend heureux. Je sais que ça me rend heureux.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 19:25
Le cosmique de répétition

J'écoute une femme de cent ans qui raconte sa vie, j'écoute une femme de cent ans qui raconte sa vie et la gifle que lui a asséné son père. J'écoute cette femme alors que je suis assis dans une salle aux reflets rouge. J'ai refermé la page 785 du livre de david peace. J'ai lu la dernière page et j'ai soufflé un peu. Lu la dernière page et soufflé un peu. Comme ellroy, peace a invité sa propre langue. Peut-être que sallis aussi. Ellroy a inventé ce style haché quand son éditeur lui a demandé de sabrer dans son manuscrit. A l'opposé sallis écrit avec une économie de mots qu'on ne trouve plus dans le polar, tellement touffu, tellement ronflant a notre époque. Sallis a inventé l'épure, l’ascétisme dans un genre qui en manque énormément. La vieille a cent ans. La vieille dame est née en 1914. Sa voix résonne dans la salle aux sièges presque vides. Peace a inventé sa propre langue. Un peu artaud, un peu céline, un peu beckett peut-être. Peace a inventé cette langue pleine de redites et de répétitions. Pleine de redites et de répétitions. Lehane est ultra brillant mais il n'a pas inventé une langue, Pelecanos est brillant et efficace mais il n'a pas inventé une langue, haskell smith est efficace mais il n'a pas inventé une langue. Les histoires de la vieille dame. Le quotidien de la vieille dame qui a cent ans et est née en mille neuf cent quatorze. Peace peut écrire presque huit cent pages sur un entraîneur de football, peace peut écrire huit cent pages sur un entraîneur de football dont je me fous complétement, et sur un club de football donc je me moque totalement, peace peut écrire huit cent pages et je reste le souffle coupé, haletant. Peace a inventé une langue. Alors je referme les presque huit cent pages et je sais que je ne pourrais pas lire pendant quelques temps, pas écrire pendant quelques temps. Peace a inventé une langue. Tout ce que je ne suis pas. Peace a inventé une langue. Tout ce que je ne sais pas.

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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 10:29
Le refrain de la guerre

Les femmes chantent. Les hommes chantent. La foule chante. C'est juste avant. Les femmes chantent. Les hommes chantent. La foule chante. C'est juste avant la guerre. Déjà il est la, sur la tribune, déjà il chante, il chantera pendant tout le film. Dans quelques mois il n'y aura plus personne. Dans quelques mois il n'y aura plus que des ruines. Et puis quelques mois plus tard même plus de ruines. Il n'y aura plus que des tunnels. Des mains qui se rencontrent dans des tunnels sans qu'on sache si elles sont amies ou ennemies. Les enfants chantent. Les femmes chantent. Les hommes chantent. Bientôt le sifflement des bombes. Bientôt les chars. Bientôt les trous dans les murs. Bientôt les hommes qui tombent. Bientôt. Les hommes qui meurent. Bientôt. Tout le monde meurt sauf lui. Tout le monde. Il dit tout mes amis sont morts. Je suis fatigué. Tout mes amis sont morts. Disparus. Ressortir de Homs pour y revenir. Risquer sa vie pour sortir de Homs. Les tunnels. Risquer sa vie pour rentrer dans Homs. Les hommes chantent. Encore et toujours. Il chante et puis d'autres hommes chantent. Il n'y a plus d'enfants. Il n'y a plus de femmes. Il n'y a plus d'immeubles. Ruines. Il n'y a plus de ruines. Les hommes chantent. Plus de femmes ni d'enfants. Il n'y a plus de rues. Il n'y a plus d'immeubles. Homs n'est plus. Homs n'est plus un chant de ruines. Homs n'existe plus. Même plus d'immeuble, même plus de ruines. Porter les morts, enterrer les morts, opérer les vivants, réparer les vivants. L'homme qui filme avec son téléphone, l'homme qui prends des photos avec son téléphone, l'homme se réveille. Des tuyaux partout, des tuyaux, lit de fortune, des tuyaux, l'homme ouvre les yeux, l'homme regarde sous son bandage, l'homme montre sa main valide, l'homme montre les cinq doigts de sa main valide, l'homme regarde sous le bandage, il compte les doigts qui lui reste avec sa main valide, on se croirait chez buster keaton. On ne le verra pas mourir, il disparaîtra un peu plus tard, en revenant a Homs, en ressortant de Homs, il disparaitra on ne sait ou. Tout les autres meurent, sauf le gardien de but, sauf le chanteur, sauf lui, il dit je suis fatigué, son frère mourra, son oncle mourra, lui n'est que blessé, plusieurs fois. Toujours repartir a homs. Toujours repartir. Les femmes ne chantent plus. Les enfants ne chantent plus. Il n'y a plus de foule. Les hommes chantent. Quelques hommes dans leur tunnel. Quelques hommes. Il ne reste plus rien. Homs n'existe plus. Il ne reste rien. Quelques hommes qui chantent. Quelques hommes.

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 20:42

Il s'avance crépusculaire, amaigri, très amaigri, le crâne que l'on devine chauve, recouvert d'un chapeau, il s'avance dans une sorte d'aura mystique. Les gens retiennent leur souffle. Le public c'est la quarantaine bien tassé, voir un début de cinquantaine. Il semble heureux d'être là, au cours des deux heures qui vont suivre, il parlera beaucoup. Je l'ai vu une bonne dizaine de fois en concert, il a plus parlé ce soir la qu'au cours de tout les concerts précédents réunis où je l'ai vu. Il commence par chanter des chansons du nouvel album. La fille devant moi se retourne comme si elle cherchait quelqu'un elle a les larmes aux yeux. Je regarde son corps, enfin ce qu'on pourrait encore appeler son corps, j'essaie de deviner sa respiration, j'essaie de parvenir à discerner le soulèvement de sa poitrine. Je regarde le poids sur le tableau accroché à son lit, mon dieu, je pensais pas qu'une adulte pouvait peser aussi peu. Je tousse un peu ou alors c'est un sanglot. Elle ne bouge pas, non elle ne bouge plus. Il chante des chansons de chaque album, enfin presque, parfois il semble fatigué, on lui apporte une chaise, il dit, pour moi c'est dimanche, chanter c'est dimanche. Il semble si heureux. Je me doute de ce qu'il fait le reste de la semaine. Des murs blancs sans doute. Les murs blancs je les regarde, je ne suis plus seul dans la chambre, il me regarde, je peux pas lui faire de clin d'œil à lui, je lui tiens le bras, je suis bon qu'à ça. Un moment je crois qu'il va pleurer s'effondrer, elle a encore maigri il me dit. Je hausse les épaules, impuissant aux paroles, je hausse les épaules, c'est bien moi, incapable de trouver les mots, spectateur de ma propre lâcheté. Ca dure deux heures et demie, c'est tout simplement parfait, à part le duo avec sa nana. Mais bon il lui sera beaucoup pardonné. Je me dis c'est peut-être la dernière fois que je le vois en concert. Sucré salé. Je ne connais pas encore le fantôme, je ne connais pas encore la plus belle femme du monde. Il faudra que je lui raconte je me dis alors qu'elle écoute les albums allongée dans son lit, en ce dimanche matin. Il faudra que je te raconte. Ca et puis tout le reste. Tout le reste.

La dernière fois
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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 16:44
Tourner les pages

Quand je sors sur le boulevard, je sens le poids des livres que j'ai glissé dans un sac couleur bleu qui se trouve a disposition près des caisses automatiques. Après la journée au politburo je suis venu directement chez gibert pour faire ce qui me rends sans doute la sérénité, un des mes activités préférés dans la vie. Acheter des livres. Les quinze jours a venir, je serais sans doute loin d'ici, au bord de la mer, dans les carpates, mais j'ai envie de lire, écrire. Les seules activités qui éveillent un peu mes sens. J'erre dans ces rayons que je connais par cœur. J'en ressors avec trois mille sept cent soixante et huit pages de littérature. C'est curieux moi qui n'aime en général que les livres courts, je ressors avec ces milliers de pages. Seul le james sallis ne fait que deux cents vingt cinq pages, comme toujours c'est ce que j'aime chez sallis cet épure, cet absolu épure dans le polar. Le type qui avait réalisé drive d'après un de ses romans avait a peu près compris cela. Même si bien sur le film était totalement raté. Avec cet acteur qui a le charisme d'une endive. J'ai acheté un barouk salamé que je n'avais pas lu et qui a ma grande surprise fait ses sept cent cinquante et une pages. Alors qu'il est plus habitué aux trois ou quatre cent. Je prends un robert littel qui fait juste mille deux cent vingt deux pages. Le train pour saint malo ne sera pas assez long pour que j'en vienne a bout je me dis. Bien sur j'ai acheté le nouveau david peace, c'est sur le foot comme celui qui s'appelait 44 jours en français et the damned united en anglais. Je commencerais par le david peace je me dis, samedi je finirais le richard price et j'entamerais le peace à l'aube dans le train pour saint malo. Et ensuite, je passerais aux sept cent soixante dix huit pages du second tome de mon combat de knausgard. Après la mort d'un père c'est un homme amoureux, je suis pas sur que ce soit plus léger. Mais au moins je crois qu'il est tranquille niveau familial c'est fini il en a plus maintenant. Enfin elle est fachée la famille on va dire. Ca me fera le retour de saint malo. Puis le sallis dans l'avion pour la roumanie et le robert littell une fois sur place. Un livre sur la C I A ce sera pas mal dans un ancien pays de l'est. Le salamé au retourà paris, mais pas le jour ou je retrouverais le fantôme je n'aurais pas le temps. Je ne lirais pas ce jour là. Nous ne lirons pas. Non, je crois que nous ne lirons pas.

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 19:50
La vie l'autre

C'est curieux. Quelques jours auparavant, j'avais ouvert le tiroir de mon bureau et j'étais tombé sur des photos. Sans doute prise à la clinique du boulevard de la gare ou je suis né. Juste en face de l'endroit ou quarante cinq ans plus tard je regarderais le corps de ma mère qui ne respire plus. Boulevard vincent auriol il s'appelle maintenant. Bien entendu, je savais que ça faisait pas loin de deux ans que ma mère était morte, un jour avant, un jour après je ne savais pas. Ce jour-là je ne savais plus. C'est le fantôme, bien sur, après la femme qui a failli mourir le jour de l'enterrement de ma mère, après la femme dont le coeur n'a plus voulu battre, que les jambes n'ont plus voulu porter. La femme m'a envoyé un message que je n'ai pas voulu comprendre ou pas voulu entendre, j'ai réfléchi et j'ai compris. Le fantôme est monté sur le pont du bateau et m'a presque fait tressaillir. Monter les larmes aux yeux. A mon échelle c'est juste un truc improbable. J'ai été élevé ainsi, tout le monde te regarde ne montre aucune émotion, dans ton corps c'est un tremblement de terre, dans ton cœur c'est une vie qui bat trop vite ou qui s'éteint, mais ne montre aucune émotion. Entendre la voix de la plus belle des femmes du monde, entendre ses mots m'ont fait vaciller. Je ne suis fier de rien dans ma vie, parce que je n'aime pas le mot fierté parce que je trouve ça crétin et nationaliste, parce qu'on ne peut être fier pour une chose que l'on a pas choisi, je ne suis fier de rien donc. Mais toute ma vie, chaque seconde de mon existence, je me souviendrai de cette instant ou elles se sont rencontrées. Le fantôme semblait ému, le fantôme est rarement ému, ou tout le temps ému c'est selon, le fantôme s'était collé contre le mur alors que ma mère mangeait dans son lit, et que je faisais le malin. Quand je suis nerveux je fais le malin. Autant dire que je fais tout le temps le malin puisque je suis tout le temps nerveux. Je me souviens de ces quelques minutes d’éternité, de ces instants le fantôme fixait ma mère. Je ne sais pas ce que ma mère pensait, comme je ne saurais jamais ce que mon père pensait, comme personne jamais ne sait ce que je pense, quand on est éduqué par la famille sympa mais enfermé en pas moi on devient pareil, sympa mais enfermé en pas moi. Il y a deux ans j'ai regardé ma mère sur son lit de mort, j'ai pensé au fantôme aussi, je me suis dit ces deux femmes ne se sont rencontrés qu'une seule fois; mais au moins j'aurais réussi cela. Une seule fois mais j'aurai réussi cela. Elle et toi. Une seule fois. J'aurai juste accompli cela.

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