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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 07:44
La contusion des sentiments

Je jette quelques branches supplémentaires avant d'allumer le feu que j'ai décidé de faire sur le port, devant le bateau, j'ai déjà préparé quelques affaires pour alimenter les larmes crépitantes de mon passé et me donner l'illusion que j'ai encore un avenir. Le soir vient doucement sur le port, le dernier que je verrais avant longtemps sans doute, le dernier avant très longtemps. Je suis encore fatigué de la journée de la veille, une journée si intense en émotions que le soir je me suis couché à peine il faisait nuit, je crois bien qu'il n'était pas neuf heures du soir. La nuit blanche après que j'ai reçu la lettre du fantôme la première depuis des mois ou elle m'expliquait qu'elle était passé a autre chose mais qu'elle voulait me parler une dernière fois. Le midi elle m'avait engueulé de manière hystérique et puis cette dernière rencontre un peu plus tard dans un apaisement qui ressemblait presque a un enterrement et ou ele était partie en m'embrassant comme on embrasse un cadavre avant de refermer le cercueil. Cette journée de la veille donc, une des plus intenses que j'ai vécu depuis longtemps, une des plus intenses que j'ai vécu, m'avait laissé totalement épuisé, à la frontière de l'euphorie la plus pure, et d'une tristesse absolue. J'avais vu le fantôme mais je ne la verrai plus jamais. J'ai dormi donc cette nuit là, comme ça ne m'était pas arrivé depuis très longtemps, juste réveillé au petit matin par la voix au téléphone de la jeune fille qui m'inonde de son amour. Nous avons échangé quelques mots dans son langage et je lui ai promis que j'allais venir. Même une dernière fois. Je lui devais bien cela. Le gamin est venu m'apporter mon café au matin, un peu inquiet des hurlements qu'il avait entendu la veille, et alors qu'il me demandait si le fantôme était revenu je lui ai dis qu'elle était partie de manière définitive, que plus jamais nous ne la reverrions. Surtout moi. Je lui ai donc annoncé ma décision, il m'a paru triste tout à coup mais il m'a dit qu'il sentait les choses depuis quelques temps. Dans la journée en préparant mes affaires, j'ai pensé qu'il y avait 10 ans maintenant, 10 ans que j'écrivais pour une femme, 10 ans pendant lesquels je l'avais connu, respiré, 10 ans pendant lesquels j'avais pensé a elle chaque jour, 10 ans d'absence, 10 ans d'amour, 10 ans d'une présence prégnante, absolue, dévastatrice. Ces dix années représentaient le passage entre l'innocence et le pragmatisme. Il y a 10 ans j'étais encore un adolescent, avec la maturité d'un caniche, et dix ans plus tard je me retrouvais à la frontière de la vieillesse. Ma vie portait l'empreinte indélébile d'un amour d'une femme, d'un amour hors norme, et maintenant il me fallait vivre avec ça, en sachant que désormais je n'occupais plus ses pensées, ses rêves, et que le matin elle ne se réveillait plus en pensant a moi. Cette idée m'était intolérable mais il allait bien falloir que la dizaine ou la vingtaine d'années qu'il me reste a vivre, je trouve ma respiration pour ne pas me fracasser a chaque secondes contre des murs de métal. Je n'ai pas d’appétence pour le malheur. L'après-midi de ce dernier jour, j'ai transporté peu à peu les affaires que je ne pouvais pas jeter ni emporter dans la cave du rade, le gamin m'avait préparé un coin, et le vieux a son comptoir m'a regardé d'un air un peu ahuri descendre a la cave du café des cartons de livres et quelques babioles. Alors ça y est il a dit, le fantôme est venu vous chercher, ça y est enfin, après dix ans d'attente vous méritiez bien ça, c'était écrit non que ça finirait ainsi, hormis ce con de magicien personne n'a jamais douté que ça finirait comme ça. J'ai rigolé devant lui et puis j'ai pleuré un peu plus tard alors que sur le bateau je réunissais les quelques affaires que j’emmenais avec moi. J'ai réfléchi a votre question m'a dit le petit jeune en se pointant dans le soir descendant après m'avoir expliqué que tout les cons du bar allait nous regarder a travers la vitre, j'ai trouvé une épitaphe. Le magicien était passé quelques heures auparavant, pour me dire qu'il l'avait toujours dit non, qu'elle me laisserait tomber, que je me brûlerais. Tout le monde croit que vous la rejoignez mais ce n'est pas le cas je le sais et vous ne la rejoignez pas, elle vous a laissé tomber et vous n'avez même pas été capable de la récupérer. Je la connais moi, c'est pas comme vous qui croyez la connaître, moi je la connais la plus belle femme du monde, Vous vous êtes cru plus fort et plus beau mais ce n'était pas le cas hein capitaine, ce n'était pas le cas. Si un jour je reviens je lui ai dis, je t'enfoncerais la baguette magique bien profondément dans le cul pour voir si elle te ressort par la bouche mais la je n'ai pas le temps et l'énergie. Alors je dis au jeune serveur tu as trouvé quoi ? Le jeune me regarde avec son air un peu niais qu'il prend quand il est un peu angoissé. Il se croyait toujours employé du mois, il déclame, mais il ne faisait plus parti de la société dont il pensait être le roi. Je le regarde stupéfait. C'est quoi cette connerie ? je lui demande. Je jette quelques vieux textes dans le feu, des trucs d'adolescents, des trucs sans intérêts. Ensuite je rigole, c'est totalement con je lui dis, c'est vraiment le truc le plus con qu'il m'ait été donné d'entendre, c'est tellement con que c'en est presque drôle. C'est dur capitaine de penser a votre épitaphe, il geint pour se justifier, j'aime pas penser a ces choses là. J'ai jamais su si tu était totalement débile ou extrêmement intelligent, je lui dis, ça me conforte dans mon idée. Je veux une épitaphe pour mon départ, j'ai pas dis que j'allais mourir demain et qu'il fallait m'enterrer. Les gars sortent du bar, comme s'ils allaient venir chanter du hugues auffray autour du feu ou qu'on allait jouer a colin-maillard autour du port. Je leur jette un air mauvais que dans la nuit naissante ils ne peuvent pas voir mais qui suffit pour les faire reculer, pour ne pas qu'ils viennent. Tout ce qui les intéresse c'est de savoir si vous rejoignez le fantôme ou si vous rejoignez la jeune fille dit le serveur dans un haussement d'épaules. Bordel il reprend alors que je regarde la nuit pour la dernière fois, elle était hystéro la fantomette hier midi, tout à coup j'ai entendu hurler, les murs du café se sont mis a vibrer. Je rigole. Ça m'a fait marrer, je lui dis, et encore je me retenais pour ne pas rire encore plus, tu sais je ne l'avais jamais vu dans cet état là. Si on met bout à bout tout les instants que j'ai passé avec elle, on arrive a quoi, dix, quinze jours ? Je parle physiquement parce qu'en pensée c'est des siècles, au téléphone c'est des jours et des mois, et ne parlons pas des écrits. Mais réellement, on s'est vu 10 ou 15 jours, et sur ce temps déjà très court, la moitié était du temps que l'on utilisait pas vraiment a parler enfin si, le fantôme chantait la traviata parfois. Il rougit et regarde ailleurs le petit jeune. Enfin bref, je reprends, on a jamais eu vraiment l'occasion de s'engueuler. Ou pas le temps sans doute, on était dans une telle urgence d'amour, de sexe, de paroles, on avait pas le temps pour ça. Les larmes me viennent aux yeux alors je retourne au bateau et je vais chercher quelques manuscrits pour alimenter le feu. Vous allez brûler tout vos écrits me demande le jeune trop heureux de changer de sujet alors que je reviens avec mes paquets d'écrits sous le bras. Je commence a en jeter quelques uns. Oui je vais tout brûler je lui explique. J'écris depuis dix ans pour elle et maintenant qu'elle ne me lit plus j'ai décidé d'arrêter d'écrire. J'ai écrit une histoire comme ça qui se passait a saint malo, un homme n'écrivait plus car sa femme était morte et c'est toujours elle qui lisait ses manuscrits en premier. Moi tu vois c'est pareil. Depuis dix ans j'écris pour elle. J'ai voulu finir même après qu'elle soit parti, j'ai voulu terminé ce que nous avions commencé. J'ai écrit la dixième et dernière nouvelle d'un recueil et elle ne l'a pas lue. Elle ne l'a même pas lue je répète en jetant avec fureur les feuilles dans le feu qui illumine le port d'une couleur ocre et d'une odeur funèbre. Elle est revenue hier il dit le petit jeune. Elle est revenue pour me dire adieu, je lui dis. Et pourquoi elle a hurlé alors il demande. Je hausse les épaules. Elle a hurlé parce que j'étais triste furieux et con. Elle a hurlé parce que j'ai été dégueulasse. Vous lui avez dis ce que vous aviez fait, il me demande, pour... Je le fusille du regard. Tu sais quelque chose que tu n'aurais pas du savoir je lui réponds, mais tu n'en parleras jamais. Elle m'a hurlé dessus je dis parce que je n'ai pas été un gentleman et c'est tout ce qu'elle pensait que j'étais qui s'est écroulé. Les gens me croient bien élevés parce que je subis les évènements et que je ferme ma gueule. Quand j'ai compris hier que d'avoir été gentleman m'avait fait la perdre, je suis devenu dingue. J'avais dis cette phrase d'un air détaché au fantôme. Elle était monté sur le bateau et m'avait dit qu'elle savait que j'allais bien. La jeune fille qui s'était amouraché de moi pour une raison que j'ignore, se répandait partout de son amour pour moi et de mon amour pour elle, j'imagine que la nouvelle n'avait pas mis longtemps a arriver jusqu'aux oreilles du fantôme. Un petit coup de baguette magique. Je lui en voulais toujours d'être parti et après qu'elle m'eut sorti sa guimauve sur l'espoir et les sentiments et qu'on rebondissait blah blah blah, quand j'avais compris qu'en fait elle parlait d'elle et son expérience et son avenir et qu'elle m'avait déjà rangé dans le grenier avec les vieilles affaires qu'on ne viendra jamais rechercher, quand j'avais compris ou cru comprendre cela, j'avais dis cette phrase épouvantable d'un air totalement détaché : Tu m'avais dis que tu avais toujours un coup d'avance, je ne pensais pas que tu étais si près de la vérité. Cette phrase assez vacharde l'avait totalement saisi de surprise venant de moi, et j'avais subi un déluge hystérique d'une quinzaine de minutes qui m'avait rendu heureux. Le fantôme me parlait j'étais heureux. Je ne racontais pas tout cela au jeune serveur, il pensait que le fantôme était givré et moi aussi sans doute, et le fait qu'elle hurle pendant quelques dizaines de minutes ne l'avait pas plus surpris que cela. Vous savez capitaine, vous ne devriez pas vous plaindre. La jeune fille qui parle une drôle de langue, elle est quand même bien mignonne, et puis enfin elle est jeune, par rapport a votre âge, c'est quand même pas mal. Je le regarde interdit. Je trouve ça pathétique je lui dis, cette fille a la moitié de mon âge, elle est amoureuse de moi car son père est mort quand elle était jeune et elle fait un transfert. Mais c'est absolument pathétique. Mais capitaine, vous partez bien pour la rejoindre. Je pars car je ne peux plus rester ici je lui dis, je ne veux plus, et je ne veux plus écrire, je veux fuir, je vais m'enterrer loin d'ici. Je ne sais pas combien il y a de fausses morts avant la vraie mort, mais je peux te dire que je viens de mourir. Je jette les derniers manuscrits dans les flammes et je me rends compte a quel point j'en veux au fantôme de n'avoir pas lu la dernière que j'ai écrite, sans que je sache trop pourquoi, sans doute parce que je me suis escrimé a la terminer et qu'elle était déjà ailleurs, partie loin, sans que je m'en rende compte. Je réalisé a ce moment précis a quel point je l'aime et a quel point je l'aimerais toujours, et comme l'idée de ne jamais la revoir m'est intolérable. J'avais pensé a conrad je lance au jeune pour notre petite affaire : "il était écrit qu'il me faudrait rester fidèle au cauchemar de mon choix." Tu vois je lui dis c'est autre chose que ton histoire d'employé du moi. C'est toujours pareil avec vous capitaine il dit en haussant les épaules, vous demandez mon avis et c'est pour mieux vous mettre en valeur. Mais excusez moi vous me citez Conrad mais ça ne vient pas de vous et puis le fantôme n'est pas un cauchemar. Je remonte sur le bateau et je prends deux chaises et une bouteille de vodka. On s’assied et je lui verse un verre. On trinque. Je repense a la jeune fille, vous seriez riche, je comprendrais capitaine, on pourrait dire qu'elle est avec vous pour l'argent, mais bordel, vous êtes totalement fauché et ruiné, c'est pas un compte en banque que vous avez ce sont les gorges du verdon, vous mangez pas a votre faim et d'ailleurs vous avez maigri. Non ça c'est l'angoisse. Elle risque presque la prison pour venir vous voir, vous avez vu comment elle tremble avant de passer la frontière. Exagère pas je lui dis. Enfin vous avez pas un flèche capitaine, si vous vendez le bateau c'est bien pour éponger vos dettes. Si ça les éponge je soupire. Et c'est pas pour les papiers non plus, elle n'a aucune envie de vivre ici. Elle me croit jeune et riche et équilibré et raisonnable je dis. Elle croit que je suis tout l'inverse de ce que je suis. Les derniers manuscrits crépitent dans les flammes, je n'ai pas vu passer ces dix ans auprès du fantôme, je n'ai pas réalisé tout ce qu'ils représentaient. C'est toujours pareil je crois, c'est quand on a tout perdu qu'on se rencontre a quel point on était heureux et chanceux. J'ai compris une chose sur moi je dis au gamin, je suis mon père, je suis mon grand-père, je viens enfin de comprendre comment ils étaient. Je suis pareil a eux. Je comprends maintenant leur mélancolie je dis, ou ce que j'ai toujours interprété comme de la mélancolie. Au fond mon père n'était pas si heureux en famille, il s'échappait dès qu'il pouvait. Il était passé devant tout le monde pour conquérir ma mère, tous les jeunes hommes qui arrivaient de province venaient dès qu'il pouvait faire assaut du bureau de ma mère. Ma mère vénérait mon père. Toute sa vie. Comme ma grand-père vénérait mon grand-père. Toute sa vie. Comme mon arrière grand-mère l'aurait sans doute fait. Elle avait porté le noir pendant plus de 60 ans, veuve d'un homme qui s'était suicidé en se jetant d'un toit. Peut-être que mon arrière grand-père aussi s'emmerdait. Lui aussi a fui. Mon père subissait la vie de famille car il fallait bien au fond, avoir une famille a cette époque, je me suis toujours demandé s'il n'avait pas une maîtresse cachée, lors de ses escapades du dimanche matin et du mercredi après-midi, même s'il parlait toujours du film ou de l'exposition qu'il avait été voir. Mon père aussi était un séducteur, il s'amusait a draguer les mères d'élèves, faisait la roue, comme moi aujourd'hui. Mais au fond comme mon grand-père il s'emmerdait. J'ai toujours pensé que nous avions une sorte de malédiction. Sauf que moi je n'avais pas rencontré une femme comme ma mère et ma grand-mère, en totale admiration, ou bien que je n'avais pas su la voir. Je n'avais pas non plus les mêmes précautions sociales. J'ai toujours pensé que j'étais ce type au bord de la route qu'on prenait en stop mais qu'on ne gardait pas chez soi à la fin du voyage. Jusqu'à aujourd'hui la vie m'avait donné raison, sans doute par ma faute, sans doute parce que je n'ai jamais montré mon amour ou ma passion pour une femme. Et aujourd'hui encore la vie me donne raison, je suis un auto-stoppeur de la passion, on m'embarque pour un voyage, mais ce n'est jamais moi qu'on ramène a la maison. Je me suis tu un peu étonné de ce que je venais de lui dire. Je devenais aigri et revanchard je me suis dis, ca y est je deviens un vieux con, il est vraiment temps que je disparaisse et que je m'enfouisse loin du monde. Il a hoché la tête. Une fois vous l'avez fait il m'a dit, une fois vous avez voulu...je t'ai dis de fermer ta gueule là-dessus je lui ai dis durement. Et puis je n'ai pas été au bout, le sujet est clos. La dernière nuit a envahie le port désormais, je regarde le bar ou les types ont reprit leurs activités quotidiennes, picoler, jouer aux cartes. Je prends la direction du rade et quand on entre je dis au gamin de payer une tournée générale et qu'il se remboursera sur la vente du bateau. Je trinque avec le vieux au comptoir, je lui dis que je ne reviendrais pas. Elle vous a mis le grappin dessus alors, je savais que le fantôme reviendrait vous chercher il dit, je le savais, c'était écrit, je n'ai jamais vu une femme aimer autant un homme, je n'ai jamais vu un homme fondre autant devant une femme. Je sens le givre m'envahir le coeur, comme un froid permanent qui l'empêchera désormais de battre et je me dis que je ne laisserais plus personne m'approcher. Quoi qu'il arrive désormais il sera bien à l'abri mon coeur. Gelé jusqu’à ma mort. Faudra que j'en fasse don a la médecine il pourra servir de générateur pour des frigos et des congélos. Je jette un oeil au magicien, après notre petite friction du midi je lui dis adieu. Je vous l'ai dis il murmure d'un air un peu lugubre. Vous passez les uns après les autres et moi je reste, alors évidemment elle ne m'appartient jamais, mais moi je suis toujours auprès d'elle. Il n'a pas tort même si je me demande si au fond ce n'est pas lui qui souffre le plus, attendant une chose qui n'arrivera jamais. Je parle a quelques uns des joueurs de carte, ils semblent heureux pour moi, s'ils savaient que je pars vers le brouillard et les ténèbres je me demande ce qu'ils penseraient. Plus tard je dirais cela au gamin alors que nous serons revenu près de feu et je m'excuserais pour cet accès de sensiblerie crétin qui m'a fait aller dire au revoir aux autres du port. Tiens une idée je dis. C'est pas de moi, c'est d'arnaud michniak je lui dis mais vous pensez quoi de "personne ne m'arrêtera puisque je vais nulle part". Encore et toujours une citation il dit. Au fond elle a beau dire que je suis un gentleman le fantôme c'est la raison qui l'a fait me quitter, elles sont toutes pareilles en fin de compte, elles aiment bien les types qui ressemblent a des sparring-partner et qui servent de faire-valoirl mais elles partent toujours avec le boxeur vedette. C'est une idée il dit le gamin pour détendre l'atmosphère, l'amour c'est un sport qui se pratique a deux personnes, mais a la fin c'est toujours le capitaine qui se retrouve tout seul. J'aime bien je dis, c'est autre chose que ton histoire d'employé du mois. J'apprécie qu'il se moque de moi, je deviens pénible a me plaindre tout le temps. De ce que je suis et ce que je ne suis pas. Je me complais dans ce rôle trop facile. Après sa crise d'hystérie que j'avais bien mérité sans doute, le fantôme est revenu en fin de soirée. J'étais sur le pont, je me disais que c'était ma dernière vraie nuit sur le bateau, je savais que j'allais partir. J'étais surpris de la voir je ne pensais pas qu'elle reviendrait. Elle s'est excusée tout d'abord sans que je comprenne trop pourquoi, parce qu'entre nous c'est moi qui avait été dégueulasse. Elle m'a dit que je ne méritais pas cela, de me faire engueuler de la sorte et j'ai haussé les épaules en disant que de toutes façons on me disait toujours que je ne méritais que ça tombe sur moi mais que comme ça tombait sur moi et que donc je devais le mériter. Il faut bien des punchings ball pour que les boxeurs se défoulent. Je me suis dis que c'était la plus belle femme du monde et qu'il fallait vraiment être un putain d'attardé mental pour l'avoir laissé partir. Je t'ai écris tout les jours pendant des jours et des semaines et des mois et la première fois que tu me réponds c'est pour me parler d'un autre je lui explique. C'est pas une excuse pour ce midi mais c'est pour cela que j'étais totalement ravagé et que je t'ai dis des horreurs. On s'est parlé longtemps je dis au petit jeune, mais elle n'était déjà plus là, c'était la conversation la plus heureuse et la plus triste que j'ai jamais eu. Elle écluse le titanic avec une cuillère a café j'explique au serveur alors elle fonce sans se retourner. Je crois qu'elle ne se rend pas compte. Et tant mieux, elle vit tellement dans la fièvre et l'urgence qu'elle ne reste jamais plus de quelques secondes sur un évènement. C'est pas de sa faute. En tout cas je ne pourrais jamais la voir comme un souvenir. Faudrait être dingue pour ça. Pourquoi vous partez capitaine, si vous savez qu'elle ne reviendra pas, il me demande le jeune assez logique. Parce que je l'attendrai toute ma vie mon garçon parce que je l'attendrai toute ma vie, et que préfère ne pas etre la pour ne pas la voir revenir. C'est une épitaphe ça il dit. Je ne serais pas la quand tu ne reviendras pas. L'aube allait pointer et je me suis dis qu'il était temps de lever le camp. Je suis retourné au bateau pour prendre mon baluchon. J'ai jeté au feu les dernières feuilles que j'écrirai jamais. Le gamin semblait ému. Te mets pas a geindre comme une loutre anémiée, je lui ai lancé. Vends le bateau dès que tu peux, j'ai des dettes. Je me débrouillerai avec ce qui reste. Je vais te confier deux choses je lui ai dis. D'abord cette enveloppe. Quand le cœur de la plus belle femme du monde battait pour moi, quand son coeur battait donc par amour et non pour la représentation que l'autre se faisait d'elle, car au fond c'est ma fierté je pense que le fantôme m'aimait pour moi, les autres l'aiment pour être fier de sortir dans la rue a son bras, alors que moi je m'en foutais, je ne l'ai jamais vu comme un trophée, je ne me suis jamais vantée, et aujourd’hui je peux dire que c'est moi qu'elle aimait et non l'amour que j'avais pour elle, ce n'est pas cela qui la nourrissait. Je sais c'est totalement immodeste mais j'ai bien le droit aussi de me brosser un peu les chevilles. Enfin bref, quand son coeur battait pour moi, elle avait écrit une lettre. Au cas ou elle mourrait. Idée totalement saugrenue mais ça devait la rassurer. J'imagine que cette lettre est déchirée en mille morceaux et jeté depuis longtemps aux ordures. Sachant que je suis un homme, que je suis plus vieux qu'elle et que j'ai un mode de vie un peu particulier, il n'y a aucune chance que le fantôme meurt avant moi. Bref, j'ai copié son idée et j'ai écrit une lettre pour elle. Tu ne la liras pas, tu ne la confieras a personne, si tu ne peux pas lui remettre le jour ou tu apprends ma mort, tu la jetterais a la poubelle. Je sais que je peux compter sur toi. La seconde chose que je vais te confier c'est une boîte, tu peux la regarder après que je sois parti. Ce sont quelques souvenirs, je n'ai pas envie de les mettre a la cave et je ne veux pas les prendre avec moi, ce serait trop douloureux. Tu les gardes dans un endroit sûr et j'aimerais que personne ne puisse regarder cette boîte, toi je m'en fous tu connais toute l'histoire. Je ne la brûle pas parce que l'être humain est ce qu'il est et il vit d'espoir. Je ne pourrais jamais détruire ce qui se trouve dans cette boîte, mets la dans un coffre. Si tu as l'occasion, dépose la dans mon cercueil avant qu'on m'incinère. Sinon, si tu apprends que je suis mort et enterré depuis longtemps, enterre cette boîte ou tu veux, par exemple a saint malo ou dans un bout de gazon de la rue de lyon a paris. Ou au parc de belleville. On s'étreint quelques secondes. Tu sais je reprends je n'ai jamais trop aimé les dépressifs, si tu ne supportes pas de vivre tu te flingue, sinon tu continue de vivre même si c'est de plus en plus douloureux. Alors t'inquiète pas trop pour moi, je ferais mon malin et je donnerais le change, et je t'enverrais une carte postale de temps en temps. Je garde la lettre et la boîte il murmure le gamin, et je vends le bateau, et je mets l'argent sur votre compte. Moins ton pourcentage je rigole. Moins mon pourcentage. On a plus grand-chose a se dire, on s'étreint encore quelques secondes. Et je pars vers mon destin ou vers le rien ou vers le paradis. Je pars vers l'aube ou vers nulle part. Au fait je hurle au gamin en me retournant une dernière fois vers lui, je l'ai trouvé mon épitaphe : "Si je ne m'étais pas rencontré, j'aurais pu réussir ma vie" !

Le jeune serveur attendra quelques jours avant d'ouvrir la boîte en fer que le capitaine lui avait confié. La première photo montrait trois jeunes enfants de dos regardant une église. La photo l'ému beaucoup sans qu'il sache trop pourquoi. La seconde photo montrait le capitaine et le fantôme dans ce qui semblait un café ou un restaurant. Le reste de la boîte semblait contenir des lettres, et des centaines d'impression de mail, peut-être même des milliers, et aussi des enveloppes, des post-it, des bouts de carton, mais le serveur n'osa pas les lire. Il pense qu'il en avait assez vu. Il referma la boîte sur un amour qui ne le regardait pas.

(*1585 notes publiés depuis le 23 mai 2009, il était temps que ça se termine ! Voilà qui est fait )

(d'autres aventures : macrofictions.over-blog.com ruedespyrenees.over-blog.com poesiedubrouillard.over-blog.com ) (et même la suite http://maviesansbiture.over-blog.com )

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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 18:29

 

 

 

Je me souviens de comment c'était parfois, comme des illusions de vie encore un peu prégnante. Plus personne ne fait attention a moi je crois ou alors c'est moi qui ne fait plus attention aux autres, ou alors c'est un peu des deux. Je pose ma gueule de bois sur le bar, je dépose les images de toi, les photos de nous, les murmures et les pensées. Nos vies en suspend.  Le petit vieux ricane, il dit vous, j'aurais jamais pensé ça de vous, de tout les autres hommes du monde, mais pas de vous. Je t'entends dire "c'est dingue" en riant. Le serveur pose son petit sourire, et il me demande ce que je veux boire, une verveine, un whisky, une bière ? Je suis un peu ivre déjà, tu sais je lui dis, je suis solaire, je suis comme touché par la grâce. Alors tu peux te foutre de moi. Une mousse pour mon ami et moi. L'autre crétin avec son chapeau fait rire tout le café en disant, moi captaine je crois que vous êtes plus touché par la graisse en ce moment. C'est ça renchéri la fracassée alcoolique, quand on ne court plus après les filles mais qu'on passe son temps a en attendre une. On fait du gras. Bordel vous, dit le petit vieux après qu'on ait trinqué, vous, je ne peux pas y croire. Vous ne croyez pas que vous êtes trop vieux pour ce genre de conneries ? Et si c'était le reste les conneries, je lui réponds, si j'étais trop vieux pour les conneries justement, si je devais réaliser que j'ai le double de la vie que je mène. Mon corps me le rappelle tout les jours je lui dis. Ma vie est un film de depardon dans le désert j'ajoute. Ah oui dit le petit malin, j'ai toujours trouvé que vous ressembliez étrangement a sandrine bonnaire dans la captive du désert. Je vide ma bière, je me tâte pour un picon. Il pleut dehors. Dire que certains dorent au bord d'une piscine me dit l'autre jaloux avec un clin d'oeil bien appuyé. J'ai connu quelqu'un comme toi, je dis, qui dépensait tout son énergie pour faire du mal. Tu dois être triste quand tu rentres tout seul le soir chez toi. Le vieux se marre. Bordel le capitaine est devenu curé rigole le serveur pour faire tomber la pression. Non je réplique je vacille vers le temporel. Je laisse un billet, je dis au serveur de repayer un coup au vieux. Chaque seconde je vis en dedans je me dis. Peut-être que je m'éloigne du monde. Sans doute que je me rapproche de toi. Tu souris au bout de la jetée, même si tu n'es pas la, je sais que tu souris. Ca ira bien comme ça. Ca suffira pour moi. Ca  m'aura suffit tout ce temps là. Même si aujourd'hui tu n'es plus la. Si aujourd'hui tu n'es pas la.

 

 

 
Souvenir de la vie du port
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Published by ma vie en biture - dans la vie du port
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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 18:53
La vie qui manque

Bordel il fait chaud hein capitaine même avec le vent qui souffle un peu, il fait sacrément chaud ! Aussi chaud que dans le trou du cul d'un éléphant, je réponds alors que le petit jeune me dépose mon troisième café de la matinée. Je viens de lire cette phrase quelques pages auparavant j'explique au gamin, le bouquin se passe en floride, bordel gamin la floride, on dirait la fosse sceptique du monde, des moustiques, une putain de chaleur, une humidité et des alligators. Je passe mes matinées en terrasse maintenant, le gamin m'apporte quelques cafés, je lis une partie de mon livre quotidien, et parfois on discute un peu. Je ne sors plus que le matin, parce que je sais que les poivrots du port - c'est a dire la quasi-totalité de ses habitants - soignent leur gueule de bois. Je suis devenu une sorte d'ermite, je ne sors plus du bateau, au fond la littérature est le seul truc qui m'aura toute ma vie tenu en vie, ce bateau est une bibliothèque ambulante d'ailleurs, et donc je lis des livres. Une fois par mois je pars a la ville acheter quelques tonnes de livres. Il en tenait une bonne le petit magicien hier soir, me dit le gamin, il me fatigue capitaine si vous saviez, il parle encore du fantôme, il dit qu'elle ne l'aime pas mais que lui au moins il la voit encore. Je jette un sucre dans mon café et je regarde l'horizon qui commence a me gonfler, toujours ce soleil a la con en ligne de mire, j'ai envie de l'hiver et de l'automne, a moins que ce ne soit l'inverse. Il a peut-être raison je dis au jeune, c'est sans doute la vérité. Le vieux lui il dit que maintenant que vous pourriez picoler autant que vous voulez c'est curieux que vous ne picoliez plus. Il a raison le vieux, je pourrais aller me murger tout les soirs, je sais qu'aujourd'hui ça ne poserait plus aucun problème. C'est quoi votre putain de blocage capitaine, me demande le petit jeune. Vous pourriez vous laisser un peu aller désormais, le fantôme ne viendra plus, on le sait vous et moi, je pourrais vous servir autant de picon que vous voulez en boire, autant de gin-gini que vous pouvez en boire. Je suis lessivé mon garçon je dis au petit jeune, je suis trop fatigué pour toute cette comédie, même écrire me prend l'énergie que je n'ai pas, je n'ai jamais été trop doué pour la vie et les sentiments. SI je me mettais a boire je deviendrai encore plus con que je ne suis, et je lâcherais pas l'affaire. Je suis trop jeune pour vous comprendre, je suis trop jeune pour ça vous savez, je peux pas m'imaginer sacrifier ma vie, je ne peux m'imaginer refuser de vivre a cause d'une gonzesse. Je termine mon café. Il me reste assez peu de pages a lire de mon livre. Je le terminerais plus tard, j'aime bien garder la fin d'un livre. Finir au réveil. J'aime bien m'arrêter juste avant la fin et la garder pour plus tard. La ou tu me déçois mon petit gars c'est que tu n'as rien compris, tu subis peut-être trop l'influence du magicien et du vieux collé au zinc, tu n'as peut-être pas toute les cartes entre les mains mais il faut que je te dise quelque chose auquel tu dois réfléchir pour plus tard. Je ne sacrifie rien du tout et crois-moi ou pas mais je n'ai pas le mauvais rôle. Tu sais c'est presque a gerber comme je n'ai jamais le mauvais rôle. C'est toujours moi qui m'en sort le mieux, crois moi, toujours moi qui m'en sort le mieux. C'est pas juste mais c'est comme ça. C'est pas juste. Mais c'est comme ça. C'est vraiment comme ça.

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 10:17
Le vide espoir

Il fait un peu frais sans doute a cause de l'orage de la veille qui a martelé la coque et le zinc de la cabine du bateau une partie de la nuit. Il n'y avait pas de courriers dans la boite aux lettres, je n'avais pas reçu un courrier important depuis plus de trois mois, et heureusement que je n'en avais pas ce jour la car la boîte aux lettres étaient encore humide des draches de la veille. Le gamin est venu m'apporter mon café et s'est assis en face de moi. C'est curieux vous avez une sacrée bonne mine capitaine, a ne pas sortir de votre bateau ainsi, je pensais que vous ne seriez pas en forme. Je prends le soleil toute la journée sur le pont je lui ai répondu après avoir bu une gorgée de son café qui entre parenthèse était quand même bien meilleur que le mien, et puis je ne peux pas beaucoup manger alors j'ai un peu maigri, ça me fait pas de mal. Un virus il me demande. Stress et fatigue je hausse les épaules, stress de quoi, fatigue de quoi, on ne saura jamais. Vous me manquez capitaine m'a lancé le petit jeune en rapportant le second café que je lui ai commandé a peine le premier avalé, c'est plus pareil depuis que vous ne sortez plus du bateau, des fois je regarde tout les crétins au café et je me dis le capitaine il leur clouerait le bec une bonne fois. La vie c'est du manque je lui ai dis. La vie c'est parvenir a combler les manques je lui ai répondu dans une bouffée délirante et philosophique. Tu vois moi je suis serein maintenant, je n'attends plus rien. Les derniers mois j'étais triste car j'étais en colère, je ne comprenais pas les choses, je ne les acceptais pas. Je voulais que tout redevienne comme avant alors que ça ne se peut pas. Vous êtes serein car vous ne reverrez jamais le fantôme de toute votre vie ?, vous parlez d'une satisfaction il a soupiré en secouant la tête comme un épileptique. Je l'ai regardé durement car je n'aimais pas entendre que l'on parle de la plus belle femme du monde en ma présence et je n'aimais pas ces putains de conclusions même si elles étaient justes. Je ne suis pas serein espèce de petit crétin je lui ai répondu alors qu'il s'est marré croyant que je plaisantais, c'est juste que j'ai décidé de ne plus me battre. J'ai assimilé la défaite et la perte. Je ne l'ai pas accepté je l'ai assimilé. Il m'a regardé un peu curieusement, ne sachant trop si je plaisantais un peu ou si j'étais devenu totalement dingue. Je ne pouvais lui en vouloir. C'est pour cette raison que je ne trainais plus dehors, j'étais replié dans mon pays de songe, je pouvais avoir des visites et même des conversations mais dorénavant une partie de ma vie ne serait qu'une ombre que personne ne croise, un repère que personne ne pouvait atteindre. Je n'étais pas a plaindre, je n'étais pas triste, ma vie désormais ne serait plus que cette impression de vie, cette copie de la vraie vie. Un buvard. J'ai dis au petit jeune avant de partir qu'il ne devait pas me juger ni me comprendre, je lui dis qu'il ne devait juger ni comprendre personne d'ailleurs. Nous avions tous nos raisons, nos bonnes raisons. La vie ne nous laissait pas trop le choix. Pas vraiment le choix. Il comprendrait bien assez vite que la vie ne nous laissait jamais vraiment le choix.

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 20:41
Belleville morceau

Tu es un écrivain. Un écrivain. Tu es un écrivain elle écrit. J'ouvre une des nombreuses bouteilles de vodka qui hantent mon immense frigo. Enfin mon grand congélo. Tous ces cadeaux de femme polonaise. Tu es un écrivain elle dit et même si elle seule le pense ça me suffit. Ça suffira. Ça suffisait. Alors ça suffira non ? Un con a vélo essaie de m'écraser sur le trottoir du pont recouvert de cadenas. Ils enlèvent ceux du pont des arts. Vous connaissez le pont de l'archevêché les gars ? Des cadenas et des cadenas et des putains de cadenas et des touristes, et des mariées qui font des photos au petit matin un peu après l'aube. Je m'attaque au bateau. Il va falloir le détruire. Comme tout le reste. Ne pas solder les comptes. Je pourrais pas. Si tu me quittes est ce que je peux venir aussi. On ne peut solder ce qui n'est pas terminé. Elle ne va pas la lire tu te dis. Elle écrit c'est bien que tu ais fini mais elle ne vas pas la lire. C'est quoi ton putain de problème podna, c'est cette fatigue un peu raide, cette vie un peu vide, cette illusion que la vie va revenir, bordel la vie c'est pas du cinéma, on ne peut pas retourner les scènes, la vie c'est pas une putain d'illusion ou une sorte de rêve qui te fait croire que les choses vont s'améliorer, que la vie va changer, mais bordel non bougre de con, la vie ne va pas s'arranger, tu peux chanter le refrain a l'infini c'est le couplet qui compte, c'est toujours le couplet qui compte. Tu peux entendre cette femme qui dit vous me dégoutez tous avec votre bonheur de merde, tu peux l'entendre mais tu ne l'écoute pas. Des musiques te parviennent dans ce non sens qu'est devenu ta vie, une pauvre réalité qui n'est qu'un néant, tu devrais oublier sans doute, tu devrais mieux ne pas. Tu lis et relis les mots, tu lis et relis les mots. C'est la fin maintenant, c'est la fin, tu le sais, tu écris les dernières lignes, tu les lis et les relis. Tu pense a nick tosches, bordel tu adorais nick tosches c'est juste l'inverse de philip roth, il disait quoi déjà jauffret, le meilleur écrivain français vivant, il tweetait quoi déjà, "philip roth arrête d'écrire : il avait donc commencé ?. Je vais faire les lits dit la mère de famille dans la série branchouille, je me demande si réellement les mères font encore les lits. Je me demande. Si les femmes disent encore a leur fille qui vient les voir je vais faire ton lit. Le rire cristallin de la plus belle femme du monde quand elle me racontait le tweet de jauffret. Je peux venir avec toi puisque tu ne vas nulle part. Je peux me quitter moi aussi, me quitter déguisé en pas moi. On ne va partir nulle part, dis. On ne va pas partir nulle part. Ma cantine qui ferme racheté, par le café d'à coté, putain il n'y a plus que des caves a vin qui ouvrent dans le quartier avec des planches a la con. Il faut détruire le bateau, il faut brûler le port, il faut oublier non oublier n'est pas le mot, il faut vivre sans, tu n'auras jamais de jugement pour la dernière, tu resteras face au silence, tu ne sauras pas. Tu sauras juste, tu es un écrivain. Vodka, vodka, vodka, tu parles, mon cul ouais, tu bois un malheureux petit shot dans ces verres épouvantables que tu as ramené de vegas. Tu es un écrivain elle répète a l'infini elle écrirait a l'infini si elle t'écrivait encore. La saison 3 de la série qu'était bien. C'est la mer a boire, ce rade, cette vue, c'est la mer a boire. Même redécoré c'est la mer a boire. Ils ont tourné quand, je passe souvent par la, il n'y a pas eu de tournage. Il y a des tournages partout dans la quartier, des catering sur la place des rigoles, des catering sur la place du guigner, des tournages dans la librairie de l'autre con, une des quatre de la rue du jourdain, des tournages dans la maison aux volets bleues de madame machin là. Les pigeons me parlent. Ils ont grossi. Un tournage à la mer a boire j'en ai pas souvenir. Les pigeons ont grossi, la plus belle femme du monde ne les chasse plus, ils font du gras, ils ne s'envolent plus. Ils ne s'envolent plus pour échapper a la furie hystérique qui leur court après. Un peu nostalgiques ils ont l'air. Ce rade c'est la mer a boire, la nouvelle saison est pas terrible, trop de fric, il n'y a plus le bricolage du début. La femme court rue piat. Ce soir j'irais au belvédère du parc de belleville, ce soir j'irai au belvédère, ce soir ivre de je ne sais quoi, ivre d'amour et de larmes, ivre de peur et de sperme, ce soir ivre des images, ivre de toute ma vie, ivre de ton absence, ce soir je vais pleurer, je vais pleurer toutes mes larmes, ce soir je vais regarder la tour eiffel et ne jamais oublier. Des gens partout et nulle part, des gens partout et moi tout seul parmi eux, fascinant cette solitude au milieu du monde, ce soir seul en haut tout en haut, aux 100 mètres d'altitude de la rue de ménilmontant, enfin 108 tout en haut, 100 mètres c'est à la maison, a l'angle de la rue des Pyrénées. Tout se finit, c'est sans doute ça qui est bien, tout se finit c'est sans doute le mieux, pas pour moi, mais pour les autres c'est beaucoup mieux ainsi. Tu es un écrivain, elle écrit et elle écrit encore. Tu es un écrivain. J'écrirais plus je lui dis, j'écrirais plus, je lui dis, j'écrirais mais de temps en temps je te donnerais des nouvelles. Des nouvelles de rien. Des nouvelles du vide. Tu es un écrivain elle écrit, je lui montre la tour eiffel depuis le belvédère. Il se passe pas grand-chose sinon, il se passe pas grand-chose depuis que tu es parti. Il se passe pas grand-chose.

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 10:15
Un dernier verre avant l'absence

Un picon je demande au petit jeune qui me regarde d'un air pas trop rassuré. Allez n'aie pas peur du fantôme je dis, il n'y a plus de fantôme. C'est vrai que ça fait un bail dit le vieux collé au comptoir. Elle a peut-être disparue pour de bon. Je suis content de vous voir dit le jeune, allez un petit picon pour fêter votre retour. Vous étiez parti loin il parait. En fait non je lui réponds je n'étais pas si loin mais c'était un peu comme un nouveau monde. Le magicien me dit bonjour de loin, il est devenu un peu bizarre ces derniers temps, comme s'il savait, comme s'il était dans le secret des dieux, il ne réclame plus le fantôme, il prend un air pénétré comme s'il lui parlait, comme s'il la voyait. Je m'en fous en fait, tant mieux pour lui s'il parle avec elle. Mon propre coeur s'est arrêté depuis que la plus belle felle du monde s'est envolé, même si c'était écrit même s'il le fallait. C'est de la faute de personne c'est la vie qui est ainsi, j'ai pas beaucoup grandi depuis mes 12 ans mais je sais juste qu'il ne sert a rien d'affronter la vie et la mort, il faut juste courber l'échine en espérant ne pas avoir trop mal. Le gamin me sert un second picon après que j'ai asséché le premier mais le coeur n'y est pas, depuis quelques temps déjà j'ai remarqué que la cuite ne venait plus, comme si mon corps refusait, comme si mon corps renonçait. Je ne sais plus boire je dis au vieux. Sentiment de culpabilité il lâche. C'est peut-être pas plus mal ainsi dit le jeune au comptoir vaguement soulagé, dès fois que le fantôme réapparaisse pour le buter parce qu'il m'a servi a boire. Aucun risque je pense. Je vais peut-être partir pour de bon je dis au vieux, disparaître a mon tour, ne plus y revenir. Vous iriez ou demande le serveur ? On s'en fout un peu non, je réponds au vide. Je réussis péniblement a boire mon second picon mais le coeur n'y est pas.Je crois que c'est un peu le sentiment qui m'obsède en ce moment. Le coeur n'y est pas. Le coeur n'y est plus. Plus vraiment.

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 05:45
Boxer le vide

Je vais m'asseoir en terrasse du rade ou le vieux a maintenant pris ses quartiers d'été. Le petit jeune me dépose un café. On ne vous voit plus beaucoup ces temps-ci capitaine il me dit, je n'arrive pas a savoir si c'est bon ou mauvais signe. Je hausse les épaules car je ne sais pas trop quoi dire. Il n'y pas de signe je crois bien, je suis un peu entre deux eaux si je puis dire. Pour un type qui vit sur un bateau c'est pas très étonnant se gondole le vieux tout fier de sa blague foireuse. Le jeune dépose un café sur la table pour lui aussi et s'assieds en face de moi. Vous allez comment capitaine, il me demande. Je ne vais ni bien ni mal, je ne vais pas. Vous n'allez pas nous refaire le syndrome bartleby souligne le vieux. Le jeune ne semble ni remarquer ni entendre le vieux. Moi il me fait rire avec ces commentaires a la con de café du commerce. Vous savez, enchaîne le jeune, je ne comprends pas, vous n'avez jamais été fâché contre le fantôme, on dirait que vous ne lui en voulez pas. Ah ah, dit le vieux, le capitaine être fâché contre le fantôme, ahah, elle est bien bonne. Pourquoi je serais fâché je dis, je savais ce qui m'attendait, la vie n'est pas toujours ce qu'on veut qu'elle soit, la vie c'est comme un meuble ikéa mon bonhomme, tu fais ce que tu peux avec les élèments que tu as. La parabole du bricolage, enchaîne le vieux, ou un proverbe suédois on est pas très sur de l'origine. Vous n'arrêtez jamais bordel dit le jeune serveur au vieux alors que je me marre. J'ai une sorte de vague de tristesse en ce moment comme si je renonçais, j'enchaîne, comme si je savais que c'était fini, mais pourquoi je serais en colère ? C'est de la faute de personne. Faut vous battre capitaine, dit le serveur, faut pas rendre les armes. Me battre je dis, contre qui, contre quoi. Me battre contre le vide ? Vous parlez comme le fantôme, il dit semblant vexé et il se lève et repart dans le café avec ma tasse vide a la main. Personne ne vous comprendra jamais me dit le vieux. Je ne me comprends pas moi-même je lui réponds. Je regarde le port. J'ai plus vraiment d'illusions, puls vraiment d'espoir. Je vais retourner dans mon bateau, hors du monde, c'est tout ce a quoi je suis bon pour le moment, hors du temps, hors de tout. Mais avec toi. Avec toi.

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 11:30
Le vide du port

Quand j'arrive devant le rade, le gamin sort avec deux cafés et les pose sur une petite table ou le vieux est déjà accoudé si je puis dire avec sa bière devant lui. Le gamin me serre la main, je lui dis que je suis content qu'il soit revenu. Je suis content de vous revoir capitaine, il dit, vous avez l'air en forme, il dit. J'ai ouvert une terrasse il dit en me tendant mon café, primo il fait pas si mauvais aujourd'hui, et puis le bar est vide, ils sont tous partis fêter pâques en famille, je préfère être dehors a mater les bateaux, tout seul avec le vieux dans le rade je déprime. A ton âge, je lui dis, tu devrais plutôt mater les gonzesses que les bateaux, je souligne. Le vieux ricane. En plus tu vas pouvoir nettoyer le bar à l'endroit que le vieux n'avait pas quitté depuis un siècle. Le gamin ricane, le vieux grogne. On voit un enfant avec sa mère qui porte un panier rempli d'oeufs j'imagine, et qui en mange un bien trop gros pour lui, le visage barbouillé de chocolat. Il y a encore des enfants qui vivent sur le port je demande interrogatif au vieux. Non ça doit être le petit-fils d'un joueur de cartes, ils font des chasse au trésor sur leur bateau. Bordel je dis, je préfère couler mon bateau plutôt que voir des hordes de gamins débouler dessus pour chercher des oeufs en chocolat. Vous ne fêtez pas pâques en famille capitaine, me demande le petit jeune. J'ai plus vraiment de famille je hausse les épaules, ce qui à mon âge n'a rien de bien surprenant. Et toi, je lui demande. Incompatibilité d'humeur, il m'explique. Ce qui à mon âge n'a rien d'étonnant il joute en rigolant. C'est pas si mal, je dis, un week end sans magicien, sans philosophe, sans joueurs de cartes qui vous jugent d'un coup d'oeil hargneux. Le jeune serveur, repart et revient avec un autre café. Je dépose quelques minutes mon visage au soleil pour que mes taches de rousseur de saison ressortent. Je reste assis a la terrasse avec le jeune et le vieux, nous sommes comme trois générations un peu cabossés, je n'ai jamais su ce que le vieux attendait. Rien peut-être. Je ne connais pas les rêves du gamin, il doit en avoir plein c'est de son âge. Et moi entre les deux. A cet âge ou l'inconnu disparaît de plus en plus, a l'âge ou l'on sait que la partie est quasiment perdue. Je regarde l'horizon ou le fantôme n'apparait pas, je regarde cette horizon ou le fantôme n'apparaît plus. Vous pensez a elle hein capitaine me demande le jeune serveur alors que le vieux lève les yeux au ciel. Je suis bon qu'a ça, je dis en souriant vers l'horizon, je suis vraiment bon qu'a ça.

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 23:03
Pas gâcher

J'aime pas les murmures que j'entends, les commentaires qui parsèment le brouhaha du bar, j'aime pas les gueules de cons qui me regardent comme si j'étais en phase terminale, je n'aime pas la sensation que tout le monde pense que je suis un vieillard au seuil de la mort. Je dis au jeune que je ne connais pas derrière le bar de me servir un picon. Le vieux m'a dit que le petit jeune qui m'apportait le café tout les matins a prit quelques jours de repos. Un monde de dingue il aurait dit il partant. Il me manque un peu, il reviendra. Le magicien vient vers moi en souriant, alors il dit il parait que c'est reparti comme en 40, vous disparaissez, le fantôme apparaît, le fantôme disparaît, vous apparaissez, je ne pensais pas que le vaudeville allait repartir de plus belle. Je l'ignore, j'entends bien le bruissement et les murmures des ragot du port. Le grand william, je dis au vieux collé au comptoir qui sirote sa bière, le grand william dans la tempête : Le passé est un prologue. Il hausse les épaules. Je me retourne vers tout les joueurs de carte, vers le philosophe, vers la bande de couillons qui peuplent le bar. A quoi joue le fantôme me demande le philosophe, elle revient ou elle ne revient pas, moi j'y comprends rien. Ils se marrent tous. Le passé est un prologue. Je leur demande de ce taire. Ils vont se taper un petit cours de morale. Le premier et le dernier.. Vous savez je dis, on peut penser ce qu'on veut du fantôme, on peut l'aimer, on peut ne pas l'aimer, on peut la comprendre, on peut ne pas la comprendre. Je prends mon verre de picon dans un silence de mort et je bois une ou deux gorgées. Je suis dans un état de furaxitude qu'ils ne mesurent pas. On peut penser ce qu'on veut du fantôme, vraiment, chacun d'entre nous peut penser ce qu'elle veut d'elle. On peut lui trouver des défauts, on peut lui trouver des qualités. On peut aimer ses défauts, on peut lui reprocher ses qualités. Je finis mon verre de bière et je le pose sur le comptoir avant de l'envoyer à la gueule d'un des cons qui peuplent ce bar. On peut donc penser ce qu'on veut du fantôme je répète, mais il n'y a une chose, une toute petite chose qu'on ne peut reprocher au fantôme, elle n'a jamais jugé personne. Elle aurait pu, toi, toi et toi aussi - je les désigne tous un par un d'un doigt furieux ça prend une plombe - elle aurait pu vous juger. Elle aurait pu. La fantôme n'a jamais jugé personne. Jamais. Alors ne la jugez pas. Vous pensez ce que vous voulez mais ne la jugez pas. Je me barre du rade très digne alors que ce con de petit vieux au bar ricane dans mon dos. Je suis juste furieux contre tous ces cons et je rejoins mon rafiot au pas de course. Bien sur le pont est vide. Bien sur le bateau est vide. Bien sur mon lit est vide. Mais je ne laisserais personne juger la plus belle femme du monde. Personne ne la jugera, même pas moi, encore moins moi.

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 20:13
Intermède portuaire

C'est marrant quand on y pense je dis au gamin derrière le bar, plus je vois le fantôme et plus elle s'éloigne. C'en est d'une tristesse que tu n'imagines pas, c'est vrai qu'elle est revenue mais c'est comme pour mieux repartir. Je pais une bière au vieux pour qu'il ferme sa gueule. Tout le monde vaque a ses occupations dans le bar. C'est le premier jour ou je sors depuis que je suis revenu, depuis mon retour en fanfare, depuis ma cuite, depuis que le gamin m'a ramené au bateau, depuis que le fantôme est venu me parler. Je me suis fait engueuler vous savez me dit le serveur, elle croit que vous êtes mon daron ou quoi ? C'est quoi votre putain de problème a votre génération ? Je l'ai laissé vider un peu son sac, pendant que le vieux vidait son verre, pendant le magicien ne magnifiait rien, pendant que les joueurs de cartes jouaient aux cartes en me surveillant du coin de l'oeil. En même temps vous étiez tellement bourré capitaine, elle pouvait pas vous engueuler, vous auriez rigolé, alors c'est moi qu'elle a engueulé, dieu sait pourtant que je ne vous ai pas versé une goutte d'alcool. Elle était en colère contre elle-même je dis sans trop y croire mais tout ce que je sais je dis en prenant la tasse de café dans ma main comme pour me réchauffer c'est que plus elle approche plus elle s'éloigne. Strindberg dit le vieux. Le jeune me regarde d'un air ahuri. Strindberg ? j'interroge le vieux. Strindberg, il approuve. Je bois une gorgée de café et je cherche. C'est quoi strindberg demande le serveur, on dirait le nom d'un meuble ikéa. Trouvé je dis au vieux. M'étonnerait répond icelui. Le jeu des citations explique le philosophe au serveur, l'un trouve dans les textes d'un auteur une citation qui correspond à l’événement vécu par l'autre. Enfin le vieux trouve une citation qui correspond a un évènement vécu par le capitaine. Je vois pas le rapport entre le capitaine et un meuble ikéa souffle le serveur. Je me demande s'il déconne ou s'il est sérieux, je dirais qu'il déconne, le fantôme dirait qu'il est sérieux. Engueuler ce gamin je dis a la plus belle femme du monde en pensée, t'es pas sérieuse quand même, comme s'il était pour quelque chose dans tout ce bordel. En ce moment je ne t’aime pas, demain je te détesterai peut-être, ce qui ne m’empêchera pas de t’aimer dans une demi-heure et pour toujours..déclame le vieux. Oué c'est pas mal je dis, je pensais pas a ça, c'est strindberg quoi mais entre nous, il n'y a aucun moment ou je n'aime pas le fantôme, c'est même pas la peine d’espérer. J'aime la plus belle femme du monde, ça me perdra, et vous savez quoi je m'en fous, j'aime la plus belle femme du monde. Je peux rien contre ça. Je ne peux rien pour empêcher cela. C'est comme ça. Ce sera toujours comme ça. Ce sera toujours comme ça.

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