Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 19:50
La vie l'autre

C'est curieux. Quelques jours auparavant, j'avais ouvert le tiroir de mon bureau et j'étais tombé sur des photos. Sans doute prise à la clinique du boulevard de la gare ou je suis né. Juste en face de l'endroit ou quarante cinq ans plus tard je regarderais le corps de ma mère qui ne respire plus. Boulevard vincent auriol il s'appelle maintenant. Bien entendu, je savais que ça faisait pas loin de deux ans que ma mère était morte, un jour avant, un jour après je ne savais pas. Ce jour-là je ne savais plus. C'est le fantôme, bien sur, après la femme qui a failli mourir le jour de l'enterrement de ma mère, après la femme dont le coeur n'a plus voulu battre, que les jambes n'ont plus voulu porter. La femme m'a envoyé un message que je n'ai pas voulu comprendre ou pas voulu entendre, j'ai réfléchi et j'ai compris. Le fantôme est monté sur le pont du bateau et m'a presque fait tressaillir. Monter les larmes aux yeux. A mon échelle c'est juste un truc improbable. J'ai été élevé ainsi, tout le monde te regarde ne montre aucune émotion, dans ton corps c'est un tremblement de terre, dans ton cœur c'est une vie qui bat trop vite ou qui s'éteint, mais ne montre aucune émotion. Entendre la voix de la plus belle des femmes du monde, entendre ses mots m'ont fait vaciller. Je ne suis fier de rien dans ma vie, parce que je n'aime pas le mot fierté parce que je trouve ça crétin et nationaliste, parce qu'on ne peut être fier pour une chose que l'on a pas choisi, je ne suis fier de rien donc. Mais toute ma vie, chaque seconde de mon existence, je me souviendrai de cette instant ou elles se sont rencontrées. Le fantôme semblait ému, le fantôme est rarement ému, ou tout le temps ému c'est selon, le fantôme s'était collé contre le mur alors que ma mère mangeait dans son lit, et que je faisais le malin. Quand je suis nerveux je fais le malin. Autant dire que je fais tout le temps le malin puisque je suis tout le temps nerveux. Je me souviens de ces quelques minutes d’éternité, de ces instants le fantôme fixait ma mère. Je ne sais pas ce que ma mère pensait, comme je ne saurais jamais ce que mon père pensait, comme personne jamais ne sait ce que je pense, quand on est éduqué par la famille sympa mais enfermé en pas moi on devient pareil, sympa mais enfermé en pas moi. Il y a deux ans j'ai regardé ma mère sur son lit de mort, j'ai pensé au fantôme aussi, je me suis dit ces deux femmes ne se sont rencontrés qu'une seule fois; mais au moins j'aurais réussi cela. Une seule fois mais j'aurai réussi cela. Elle et toi. Une seule fois. J'aurai juste accompli cela.

Partager cet article

Repost 0
Published by ma vie en biture - dans exercice d'admiration
commenter cet article

commentaires

Unsane Minds Unsane Bodies

  • : Le blog de ma vie en biture
  • Le blog de ma vie en biture
  • : Des jours et des cuites...
  • Contact

Extension Du Domaine De La Cuite