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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 14:21
Le jour des morts

Le 24 février 2005, je regarde le corps de mon père allongé sur le lit. Il fait nuit, paris est sous la neige comme j'ai rarement vu dans ma vie, a tel point qu'on attendra plus d'une semaine pour l'enterrer car les cimetières et les jardins sont fermés. J'ai cette culpabilité que l'on ressent quand on ressent une forme de soulagement pour la fin d'un calvaire. Un coeur en trop bon état pour son âge me dira le cancérologue, un corps en bien trop bonne santé qui lui permettra de rester en vie beaucoup trop longtemps dans son état. Je me rappelle des paroles de ma mère, hormis son cancer tu sais, il est dans un état de santé incroyable. Mon père est mort le jour de son anniversaire, ma mère mourra quasiment au même âge a quelques jours près, sept ans plus tard. Ensemble jusqu'au bout. Il fait de moins en moins nuit je me dis 10 ans plus tard, le 24 février 2015, bientôt quand je partirais au petit matin il fera jour. J'ai appris la veille la mort de benotman. Ca fait bizarre me dit la fille enceinte, on a échangé avec lui par mail, il a failli venir et maintenant il est mort. Je regrette aussi qu'il ne soit pas venu pour parler du film dont il avait co-écrit le scénario. Je donne un peu d'argent a la collecte sur internet pour payer ses funérailles. J'ai appris la veille la mort du bateau d'inner terrestrial et de conflict. Je me souviens que la dernière fois que j'ai vu inner terrestrial au cicp, ce n'était déjà plus sa silhouette imposante derrière la batterie. Un gars tout fluet l'avait remplacé. J'avais entendu dire qu'il était malade. Ben maintenant il est mort je me dis alors que le jour se lève sur le pont de l'archevêché. J'aime bien la solitude dans paris au petit matin, il y a quelques voitures, quelques dingues qui font leur jogging mais il n'y a pas foule. Je regarde un bateau sur la seine, la pluie qui tombe un peu, le jour qui s'arrache a la nuit, je devine des souffles et des murmures, je jette mes yeux sur les façades du cinquième arrondissement. Je retiens mon souffle en attendant ta voix. Je retiens mon souffle en attendant.

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 12:11
La fête amère

Au réveil, on disait que c'était la fête des mères à la radio et j'ai pensé qu'il fallait t'appeler pour te la souhaiter même si tu trouvais sans doute cela aussi débile que moi. Et puis je me suis souvenu que tu étais morte. J'ai tenté ensuite d'activer la turbine a souvenir pour parvenir à me remémorer la dernière fois que j'étais venu chez toi. C'était il y a deux ans, était-ce un peu avant ou après la fête des mères, je ne m'en souviens pas, je sais qu'a cette époque j'agitais mon corps disgracieux sur des balcons en face de la gare de Lyon. C'était avant, un peu avant la fête des mères que ma mère est partie pour l'hôpital, pour une agonie qui ne la verrais jamais revenir. Je ne sais pas si j'ai pensé a cela, ou ta classe et ton élégance, je me souviendrais jusqu’à ma mort de ce jour ou assise sur ton lit tu prenais ton repas pendant que la plus belle femme du monde te regardait appuyé contre le mur, avec ce mélange de tendresse et d'admiration. Je n'ai aucun souvenir de la fête d'il y a deux ans, j'imagine que je suis passé te voir pour te la souhaiter. Allongé dans ta chambre d'hôpital, la première chambre, avant la seconde et la troisième. La dernière. J'ai pensé un peu a cela ce matin en me réveillant, je me suis dis que la fête des mères c'était comme noël, un truc pour les gens qui ont encore de la famille. Un truc de jeunes. Ou de grandes famille. Et puis j'ai un peu refermé les yeux. C'était le fantôme désormais ma famille. C'est la fantôme. J'ai pensé que ça t'aurait fait plaisir. Je suis sur que ça t'aurait fait plaisir.

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 15:07
Super 8

Je regarde ma mère et sa coupe de cheveux a la garçonne. Beau-frère pénible dit qu'il ne veut plus regarder les images qui défilent sur l'ordinateur, ces images abimés qui datent d'un autre siècle. Je me dis qu'il a peut-être raison, c'est peut-être le chant funèbre d'une autre vie, d'un autre siècle. Abuela et abuelo dit ma sœur ou ma nièce je ne sais plus et je tressaille en croyant entendre le fantôme. Je regarde mon grand-père qui ne quittait jamais son béret et je le regarde tout en haut de la tour Eiffel en me demandant pourquoi je n'ai pas hérité de son physique de danseur étoile. Je vois mon père en costard cravate même le dimanche, la cigarette à la bouche et je me dis la vie de mes parents c'est la série mad men. Tout le monde est mort sur les images qui défilent, hormis ceux qui sont à peine nés, hormis mes sœurs qui courent dans le jardin des plantes, hormis moi dans mon berceau. Ma mère a une choucroute un peu plus tard, comme les autres femmes sur les images, comme les autres femmes avant elle avaient les cheveux courts. Je regarde celui qui est mort il y a 30 ans alors que nous avions presque le même âge, je le regarde si jeune, savait il alors que sa vie ne serait qu'un long chemin de croix vers une mort certaine et programmé. Je le regarde encore un peu, son rire léger et innocent. Je vois son père encore bel homme qui est mort juste après lui, sans doute de chagrin. Ma vue se brouille un peu par moment, je me dis que c'est sans doute la fatigue. Et puis le fantôme vient déposer sa main dans la mienne et me dit qu'on devrait rentrer. Je regarde l'écran encore un peu. Il me reste le fantôme je me dis. Il me reste toi.

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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 18:19
Pars moment

J'ai voulu appeler ma mère pour lui souhaiter un bon anniversaire mais je me suis souvenu qu'elle était morte et que ce ne serait pas possible. J'erre dans les rayons de gibert mais j'ai oublié que c'est la rentrée et des hordes d'étudiants se lancent à l'assaut du rayon littérature, j'achète le perec inédit qui est sorti l'année dernière et dont la couverture est très moche. Le ciel se contracte et il fait comme nuit et le soleil et la vie touriste reprend son cours sur le pont au cadenas. Un homme fait rire sa fille et fait semblant de rentrer dans tous les poteaux de la rue du jourdain. L'indien de la rue des pyrénées me demande si je suis partie en vacances et comme toujours il arrondit le prix au nombre inférieur tellement je suis un bon client. Je me demande si tous les niçois sont des ordures vu que le maire de nice est toujours une ordure. Je connais les deux traducteurs du james sallis que j'achète chez gibert, tout cela me parait si lointain pourtant, tu commences a sentir la terre se creuser sous tes pas quand tu as des souvenirs de plus de 20 ans. J'ai pensé que ma mère aurait soixante dix neuf mais qu'elle ne les auras jamais comme mon père n'aura jamais soixante dix neuf ans, un couple uni jusqu'au bout. Le soleil s'efface et la cendre le remplace et puis peu a peu un gris de pluie. Je traverse les touristes en marchant sur les ponts à moins que ce ne soit l'inverse. Il neige sur Göteborg, et les hommes passent noël l'un en face de l'autre en buvant quelques bières. Je cherche le livre michael kohlaas mais je ne me souviens plus de l'auteur, je pourrais demander mais je ne demande jamais. Il est cohérent je me dis beigbeder, des livres de merde, un film de merde, des émissions de merde, et maintenant un journal de merde. J'ai l'impression que ma mère est morte depuis si longtemps je me dis. Je cherche le nom de l'auteur black américain qui écrit des polars et qui vit dans le dix-huitième mais je ne parviens pas a me souvenir de son nom et je suis incapable de demander au vendeur de gibert même si ce sont les mêmes depuis 20 ans. Je me souviens la seule fois ou j'ai demandé un truc à un vendeur de chez gibert c'est quand le dernier david peace venait de sortir et que je ne le trouvais pas. Cas de force majeure. La femme qui appelle tsunami la mort de ma mère m'envoie un sms qui se veut gentil. La crèche en construction de la rue du guigner ressemble de plus en plus a un bunker de la dernière rafale. Tout le monde dit que le meilleur livre sur le foot c'est carton jaune du très surfait hornsby mais mézigue qui est plus malin que tout le monde sait bien que c'est damned united de david peace. C'est quoi la sixième déjà, ah oui une histoire de rugby. La septième une histoire d'enterrement. Pour changer. La huitième c'est les carpates, la neuvième c'est une ligne de métro imaginaire, et la dixième, la dixième c'est jourdain ménilmontant belleville. Je voulais appeler ma mère pour lui souhaiter un bon anniversaire mais comme elle était morte j'ai pensé que c'était impossible, alors je me suis allongé sur la couchette contre le fantôme et je lui ai demandé si elle ne voulait pas devenir ma femme pour que j'ai enfin une famille. Devenir ma femme et ma famille. Toute ma famille.

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 23:53

Il faudrait dire les mots, les larmes entre ces deux femmes, il faudrait dire la voix de l'une qui me parle de l'autre, il faudrait dire tout ça mais sans doute pas en fait, puisque cette histoire n'appartient a personne d'autre qu'elles. J'entends les recommandations de l'une, j'entends les larmes de l'autre, le vide béant de l'absence soudain, alors même qu'elle pensait s'y être préparer. Je récite des mots qui n'ont pas de sens, car je ne fais pas partie de cette histoire, je ne fais pas partie de leur histoire. Je suis loin de tout, même si j'envoie un paquet pour rappeler mon souvenir, je suis loin de l'amitié qui porte ces femmes, je suis celui qui peut-être un jour asséchera les maux sur les joues. J'aimerais prendre le fantôme dans mes bras pour ne pas qu'elle oublie. Je ne fais pas toujours partie du monde des vivants, mais parfois, je regarde les histoires, parfois je me retrouve au milieu du tourbillon. Je cache mon émotion entre mes mains, et j'essaie de ne pas remplir l'absence. Ma vie sans toi c'est un peu ma vie sans moi. Mais parfois je suis quand même là, parfois je suis tout de même la. Près de toi.

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 09:11

http://www.serbia.com/Upload/CMS/Images/Original/Doga%C4%91aji/Hana%20Arent.jpg 

 

La femme qui a 20 ans de plus que moi bien tassé et qui m'appelle papa fait lever toute sa famille, le doigt sur la couture du pantalon et tout le monde au garde a vous. Pendant ce temps là une fantôme qui n'a pas encore la voix de joe cocker laisse des messages désespérés sur ma messagerie, ou alors c'est peut-être moi qui exagère, ou sans doute que  c'est moi qui ne comprendrs pas ce que ce qu'est l'amour, sans doute c'est moi qui n'a jamais connu une passion aussi fervente. Même le bébé pas hilare s'arrête de pleurer quelques instants, alors que je mène mon corps usé vers la vieille femme et que des larmes commencent a perler sur ses joues. Pendant ce temps la, le fantôme unique au monde, s'inquiète de mon silence depuis une chambre d'hopital, pendant ce temps, l'amour me foudroie, je ne suis qu'un enfant qui joue en attendant le moment de l'âge adulte, je décompte les jours, les heures. On me parle de ma mère, ici on ne connait que ma mère, je ne serais que la réincarnation de la sainte, a défaut d'être celle du grand homme. Laisse ton fauteuil a papa drink dit la femme à son gendre, a son fils, a son neveu, a je ne sais qui, vu que tout les femmes sont ses filles, que tout les garçons sont ses fils, sauf ma mère qui était maman, mes soeurs qui étaient maman, et moi qui suit papa. Bien entendu je me fais d'abord engueuler, je t'ai attendu quelques temps elle me dit, je me faisais déjà engueuler par elle les jours ou je ne venais pas voir ma mère. Mon dos grince, je compte les secondes qui me sépare de la voix de nez  et je sais bien que le fantôme pleure à l'autre bout du fil, je tiens la main de la vieille femme qui est venue pour quelques jours et qui est la depuis deux ans déjà, elle pleure doucement, pendant que des gens psalmodient des prières. J'écoute les messages, je lis les messages du pauvre fantôme, je me dis que personne au monde ne mérite de vivre ce qu'elle vit. L'homme me sourit et me dépose devant chez moi, ma mère vous aime tellement il dit, sans que je sache si c'est de la jalousie, de la nostalgie ou de l'admiration. Dans ma boite aux lettres, je trouve quelques feuilles reliées qui me disent que tout est fini. Cette fois-ci ma mère n'est plus qu'un visage sur des photos. Je parle au fantôme alors que je pleure tout seul sur mon canapé. Je me dis que personne n'a la chance d'être aimé comme elle m'aime, que personne ne mérite d'être aimé comme elle m'aime. Et puis j'essuie mes larmes. Et je m'endors près d'elle. Je m'endors près de toi. Je m'endors contre toi.

 

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 08:28

http://cdn2-public.ladmedia.fr/var/public/storage/images/look/toutes-les-news-look/photos/cinema-dvd-la-selection-culture-buzz-de-la-semaine-398456/mud-de-jeff-nichols-avec-matthew-mcconaughey-et-reese-witherspoon-398459/4964867-1-fre-FR/Mud-de-Jeff-Nichols-avec-Matthew-McConaughey-et-Reese-Witherspoon_portrait_w674.jpg

 

Je ne sais pas si ce sont les circonstances, je ne le saurais jamais d'ailleurs. Je ne sais pas si je me doutais que ma mère allait bientôt mourir, sans doute que oui, même si mes soeurs ne l'acceptaient pas, même si elles reculaient l'impression de l'éphèmère qu'est la vie des proches. J'ai demandé au fantôme si elle voulait venir voir ma mère. J'ai demandé a ma mère si elle acceptait que je vienne avec le fantôme. Je me souviens que ma mère était en forme, elle était assise dans son lit pour manger, c'était l'époque ou elle était encore en vie, après la première opération. Je me souviens que ma mère a remarqué la taille d'étourneau d'hiver du fantôme et lui as dit vous ne devez pas manger beaucoup. La fantôme a souri collé au mur. Je me souviens que j'ai raconté pleins de conneries un peu ébloui par la présence des deux femmes de ma vie. Je savais au fond de moi je pense qu'elles se rencontraient pour la première et la dernière fois. Je flottais dans l'espace, dans cette chambre de la pitié, j'avais comme l'impression que ma mère transmettait le témoin au fantôme. C'était pas un cadeau, de refiler le baton de dynamite, mézigue c'est vraiment pas un cadeau, ca peut rendre dingue, surtout si on ne l'est pas déjà. Je regardais le fantôme qui souriait, je regardais ma mère qui mangeait pas, je m'écoutais faire le petit malin que je suis comme pour cacher mon trouble. C'était l'année dernière, c'était hier, c'était il y a longtemps, j'étais un enfant, c'était un jour de cendre et de grâce, c'est jour après jour, c'est un jour après l'autre, c'est un jour et puis l'autre, c'est la vie qui s'en va, c'est la mort à la vie, c'est l'amour pour toujours. Je suis un petit garçon au pied du lit de sa mère, je suis un homme qui te prend par la main. Nous partons toi et moi dans le soleil couchant. Je crois que ma mère nous regarde nous éloigner par la fenêtre. Je crois qu'elle nous regarde. 

 

 

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 18:16

http://static.cotecine.fr/tb/Photos/800x600/QUEEN+OF+MONTREUIL+PHOTO3.JPG

 

Pendant que tu es au chevet d'une femme avec des tuyaux partout et un visage fatigué, j'erre un peu dans les rues de gentilly, louisiane. Je me souviens du visage de Léo quand dans les rues de la ville américaine, il m'avait dit tu n'es ni noir ni homosexuel tu n'as rien a faire dans ce quartier ne l'oublie pas, je me souviens de son visage quand je lui ai répondu mais je fais aussi partie d'une minorité je suis rouquemoutte c'est t'y pas une putain de bonne excuse pour me trouver là ? Je me demande encore aujourd'hui comment j'avais pu traduire rouquemoutte en rosbeef. Le médecin qui va bientôt partir en syrie, vient faire la roue autour du lit, c'est dommage pour lui que la place du roux soit déjà prise. Pendant que tu es au chevet d'une femme qui ouvre les yeux parfois, je dérive sur le bateau quittant le port pour je ne sais plus trop où. J'aimerais un peu m'asseoir et regarder près de toi la tour eiffel qui s'éteint et s'allume et ce serait tellement fabuleux de regarder tes yeux qui s'éclairent et s'allument. Pendant que tu es au chevet d'une femme qui reprend des forces peu à peu, je rêve a nos vies suspendues l'une a l'autre, je rêve que nous sommes aussi dans les rues de rome. Que disait toujours mon père, quand nous parlions latin ? Non enim possunt militares pueri dauco exducier. Parfois, souvent, je me demande encore ce que je fais là, spectateur de ma propre attente, parfois, souvent, je me demande. Et puis je te vois danser sur les hauts de la rue de ménilmontant, ton corps léger et gracile dans la valse du mouvement, et puis je te vois descendre la rue et t'exclamer, et je sais que ce n'est pas une attente. Ce n'est pas une vie sans toi. Pendant que tu es au chevet d'une femme, je te regarde frôler les pavés. Je ne t'attends pas puisque tu es déjà la. Je ne t'attends pas puisque tu es toujours là.

 

 

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 09:39

 http://image.toutlecine.com/photos/s/o/u/soul-kitchen-17-03-2010-25-12-2009-3-g.jpg

 

Les souvenirs sont sans doute un peu vains et on ne sait jamais pour finir si ça fait du mal ou du bien. Je me dis que c'est l'anniversaire de la mort de mon père et que je devrais appeler ma mère pour savoir comment elle va. Et puis je me souviens que ma mère est morte elle aussi. C'est très curieux ce matin ce qui tombe, comme des particules de neige, comme de minuscules flocons rescapés du ciel, c'est étonnant on dirait les effets spéciaux d'un mauvais film. Comme des blancs en neige qui ne sont pas assez fermes. Je me souviens en regardant tomber ces pseudos flocons comme il neigeait l'année de la mort de mon père, je me souviens du cercueil qui trônait dans la chambre de mes parents ou il faisait un froid sibérien vu que pour conserver le corps, on ne mettait pas de chauffage. C'était digne des frères coen cette histoire. Le cimetière était fermé à cause de la neige  et on ne pouvait creuser une tombe dans le sol gelée. Il y avait de la neige sur le balcon et je regardais ma mère qui rentrait dans la chambre, et je me souviens que je l'entendais ahuri qui disait bonjour mon chéri en s'adressant au cercueil ou se trouvait le corps de mon père. J'ai toujours respecté mon père mais au fond je ne l'ai jamais aimé, je crois que de son côté c'était l'inverse, ce n'est ni un regret ni une souffrance, c'est une simple et cruelle constatation. Je pourrais m'asseoir sur le rebord du lit et pleurer quelques chaudes larmes pour mes parents mais je crois que je n'en ai pas envie. Ce serait bien mais je n'ai plus vraiment le temps pour les regrets et la souffrance. Je regarde ce lit ou la trace de ton corps repose. Je regarde les murs ou ton souffle repose. La trace de tes mains sur le réfrigérateur. Je ne suis plus cet orphelin qui se lamente, ni cet ombre qui pleure sur des murs de métal. Il y a toujours ta main dans la mienne et ton coeur qui bat au creux de mes mains. On a toujours ce qu'on mérite disait ma grand-mère. Et bien si je te mérite, j'ai du faire des trucs super bien dans ma vie. Des trucs vraiment super  bien.

 

 

 

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 20:45

http://image.toutlecine.com/photos/m/i/s/mistons-1958-01-g.jpg 

 

Les émotions se dissolvent, un peu égarées dans la lumière du soir. J'ai pensé que ma mère était morte depuis quatre mois et j'ai pensé qu'elle me manquait quand parfois j'avais envie de l'appeler pour lui demander de ses nouvelles alors que peut-être c'était pour avoir des nouvelles de moi. J'ai pensé à ta mère sur son lit de douleur et j'ai pensé que j'aurais bien aimé l'appeler pour avoir de ses nouvelles mais peut-être que c'était pour avoir des nouvelles de toi. Les vies se ressoudent, un peu larguées dans la rosée du matin. Je voulais tenir la main de ma mère pour l'aider à trépasser mais elle était déjà morte quand je suis arrivé, son visage tourné vers le plafond et la bouche un peu ouverte.Je l'imagine près de sa mère, souriante, alors que son cerveau turbine, toujours un coup d'avance, je l'imagine un peu triste, sauvage, je sais qu'elle s'inquiète mais je ne peux même pas lui tenir la main. Je ne combats plus la nuit, je n'affronte plus les fantômes qui me courent après, je n'essaie plus de changer les ténèbres en lumière. Je n'ai plus de parents, je n'ai pas d'enfants. C'est ta main qui tient la main de ta mère, c'est ton sourire qui maintient ma vie en surface. Nos corps sont de petites flammes qui vacillent dans le dégel de l'autre, nous unissons nos âmes à l'ombre de nos frousses. Nos vies sont de le miroir de l'un. Nos vies sont le miroir de l'autre. Nos reflets sont l'un l'autre. Nous sommes l'un et l'autre.

 

 

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