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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 21:12
Vies diverses

Le taxi assez âgé, un truc comme 70 ans, commence a me chanter cette rengaine qui parle de paris. Je regarde la forêt défiler, des kilomètres, des centaines de kilomètres de forêt, tu m'étonnes que le pays soit un des moins dense du monde en population. Partout des forêts. La jeune fille qui fait sud américaine me traduit les questions de son copain, qu'est ce que je fais dans la vie, ce genre de truc. C'est marrant je me dis comme les gens n'ont pas une vie marrante par ici. Je rentre dans quelques heures prêt a écouter les jérémiades que je ne supporte plus. Une fille m'explique qu'elle travaille pour éviter de payer une amende, ici le chômage est interdit, ou alors tu paies, même les étudiants font quelques heures pour éviter de se prendre une prune. Des vies me parlent, ça me rappelle la première fois a prague, la première a liège, la première a sibiu, la première a bruxelles. Je me rends compte que je pourrais vivre ici, tellement c'est un dégradé de gris qui me conviendrait. A ma grande surprise, il est presque aussi compliqué de sortir du pays, une fille ausculte mon passeport et mon visa et finit par le tamponner presque a contre-coeur. Je me lève a trois heures du matin le jour de mon départ pour prendre une mini-camionnette ou nous nous entassons a onze. La veille j'ai visité cette église a moitié effondré, qui a fini dans le fleuve. Je me sens vide, tellement vide alors que l'avion se pose sur paris. Je sais bien que je ne pourrais plus écrire désormais, je sais bien que tout cela n'a plus de sens, que les mots vont me lâcher, comme le début d'une fin, comme un sentiment d'agonie, je me rends compte a quel point je suis hors du monde, à l'abri de tout, a l'amorce de rien. L'homme me dépose à l'aéroport, il me parle de jean paul belmondo sans que je comprenne trop ce qu'il veut dire. Je lui laisse vingt mille de pourboire. Je suis comme une ombre qui ne se voit pas, je suis une sorte de silhouette qui ne se dessine plus. Ma vie n'est qu'une suite de défaite que je ne décompte plus, des personnes qui s'effacent, des gens qui ne se retournent plus, de mots qu'on ne lit plus sur un écran lumineux. J'aimerais bien revoir son sourire. J'aimerais bien revoir ton sourire. Et je sais que ça n'arrivera pas. Je sais bien que tu n'arriveras pas.

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 07:14
Vapeur prégnante

Des femmes pleurent. Deux femmes pleurent dans les bras d'une autre. Alcool. Partout. Ici les pères des jeunes filles sont tous morts. Alcool. Un peu tchernobyl peut-être. Mais surtout alcool. Les femmes sont veuves. Alcool. Un odeur prégnante dans le trolley bus. Je serais presque sur le point de me sentir mal. Je me retourne l'air de rien avec cette souplesse tant travaillé pour affronter d'autres brutes en mêlée. Deux hommes, chemise ouvertes, voix pâteuse. Alcool. Odeur d'alcool. J'en suis presque a ne plus boire, tellement j'ai peur qu'on me considère comme alcoolique. La jeune fille me dit mon père était alcoolique, mon oncle et mon grand-père aussi, ils sont tous morts, tu crois que je vais devenir alkagolique ? Le mot ici pour dire alcoolique est assez proche du français, mais c'est comme s'il lui donnait une dimension supplémentaire. Alkagolique. Du moins c'est ce que je comprends en phonétique. Je fais un petit repas pour quelques personnes, les filles me regardent comme si je venais de la planète mars. C'est la même chose qu'a prague. Il faudrait parler de la condition des femmes sous le communisme. En vingt ans, ça n'a pas vraiment changé. Surtout ici. Je m'en suis encore rendu compte en fin de matinée alors que je traînais au supermarché, seul homme parmi toutes les ménagères. La ville ou je termine mon périple a beaucoup plus de cachet que la capitale. C'est une vieille ville, sans doute pas détruite pendant la guerre et pas reconstruite a la hussarde par les communistes. Peut-être l'influence de la pologne toute proche. Je ressens une forme de nostalgie a l'idée de mon retour en france, comme si la bulle ou je m'étais réfugié pendant quelques jours venaient a exploser, comme si je retournais au brouillard de mon esprit. Je me retrouve dans une sorte de fast food avec des gens originaires d'équateur, je mange la crêpe avec du jambon et du fromage, c'est pas mal même si la crêpe ici se mange pas cuite et s'appelle d'ailleurs blin. C'est assez proche en effet d'un blini mou. Je visite une des nombreuses églises orthodoxe de la ville, marche au bord du fleuve. La vie est un souvenir qui jamais ne s'anime. Je plisse les yeux alors que le soleil assèche la pluie, j'étreins mon âme pour ne pas la perdre. Mon esprit est sans doute ailleurs. Je préfère ne pas trop savoir où. Je préfère ne pas trop savoir.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 15:30
Le gris du jour

La copine de copain hilare m'emmène jusqu’à la gare routière ou on déniche une de ces petites camionnettes qui sillonnent le pays. Le gars indique que c'est 120 000 pour les trois heures de route. Je monte dans cette sorte de rascal aménagé en bus avec deux bidasses, un étudiant et quelques autres personnes. J'arrive enfin au bout du livre, je suis tellement épuisé par ces plus de 800 pages que je ressens une douce euphorie quand je finis le bouquin. Chaque rebondissement est préparé deux cent pages en amont ce qui fait que tu les connais bien longtemps a l'avance. C'est le problème des écrivains de blanche qui veulent faire du polar. Ils n'assument pas totalement, enrobe le bouquin dans un peu de verbiage littéraire. Grand prix de l'académie française, tu m'étonne. Je change de ville, c'est tout de suite un peu compliqué ici. Je passe deux heures a la police a attendre pour faire tamponner mon visa. Je vais dans un premier bureau ou l'on me dit d'attendre et puis une femme se pointe et nous indique de venir dans un second bureau. Mon assurance n'a pas trop l'air de lui plaire mais c'est un peu comme partout dans ce pays, on a l'impression que les flics et les militaires sont là pour le décor. J'arrive pas a les prendre tout a fait au sérieux. J'ai sans doute tort. J'erre dans cette ville de province tranquille, assez agréable un peu hors du monde. C'est l'endroit parfait qu'il me faut. Je suis hors du monde depuis quelques temps, j'ai pensé que j'allais resté sur le port, au fond du bateau mais venir ici était une bonne idée. Je suis tellement loin de tout, loin de rien, c'est comme si aujourd'hui il fallait commencer une nouvelle vie. Je rencontre des gens assez souriants, je fais des photos, je pose assis a des tables avec des gens qui comme moi regardent l'objectif. Je me perds un peu dans la cité ou je réside, il faut juste comprendre que les 23 n'est pas tout a fait entre le 21 et le 25. Ensuite je me trompe d'appartement avec mon oubli que le deuxième étage est en fait le premier puisque ici le premier est au rez de chaussée. La fille chargé de tamponner les visas des étrangers finit par me déposer un joli tampon, après avoir perdu une bonne demi-heure pour préparer un café a son voisin de bureau et passer quelques heures au téléphone pour visiblement raconter sa vie. C'est curieux, alors que je comprends 5 mots de la langue j'ai l'impression de savoir de quoi les gens parlent. Je regarde la vie des gens d'ici et j'entends les nouvelles de france, le décalage me fait sourire. J'erre dans un autre monde, j'erre dans une autre vie. J'erre, un peu ailleurs, sur le côté. Je resterais bien ainsi, dans une hibernation léthargique, je resterais bien encore un siècle ou deux. Encore un peu à l'écart pour une siècle ou deux.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 21:06
Crue

Tu as déjà vu la tour eiffel en vrai alors me demande le type qui a 26 ans mais qui en parait 15 quand il apprends que je suis parisien. Ben oué je lui dis je vais pas la voir tout les matins mais on peut dire que j'ai déjà vu la tour eiffel. Et tu es monté dessus, il me demande. Je comprends juste a ce moment qu'il est totalement bourré, ce qui ne m'avait pas sauté aux yeux jusque là, moi qui suit resté devant mes pintes toute la soirée je suis absolument par murgé et ce type que je n'ai vu que danser, semble ivre mort. Je continue le pèlerinage du bouquin de 800 pages. Bordel il n'a pas un éditeur le gars ? Je t'en sabre 300 facile moi des pages. Le truc c'est que tout le monde n'est pas ellroy, malgré ce que l'on croit les bouquins de ellroy sont écrit à l'os, pas une virgule de trop, sinon ils devraient faire 1500 pages. Il y a un problème de tempo dans ce livre, un vrai problème de tempo. J'offre a la femme qui s'avère être la mère de la copine de mon pote hilare, la bouteille de cointreau qu'on m'a dit de ramener de paris. Elle va nous servir mon plat préféré m'annonce la copine de mon copain, j'adore ce plat, c'est tellement bon. Je vois bien que mon copain rigole un peu, je me dis que ça va pas être terrible mais je sais aussi ce que peut représenter en sacrifice un plat de bonne qualité et je me dis que je vais y faire honneur.Je tire un peu sur une clope que l'on me tends et je réponds au garçon que oui j'ai été sur la tour eiffel. J'en reviens pas de la fascination que la tour eiffel exerce sur les étrangers. Sans elle, je me demande si des touristes viendraient encore a paris. La copine rigolote de mon copain hilare m'a montré quelques pas de danse le matin après m'avoir dit que le soir on allait à une soirée salsa. Et voila comment je me retrouve devant une bière pas très forte assis à une table en train de discuter avec un nigérian au fin fond de la biéorussie. Le niveau des danseurs est balèze et en plus dans ce genre de danse c'est le gars qui doit assurer le tempo, aussi je reste peinard, une fille viendra m'inviter pour une sorte de salsa ou je réussirais a faire trois pas, et puis une autre pour un vague slow latino. Je rigole en lisant dans le monde la réponse de ellroy a la question sur le chef d'oeuvre officiel qui lui tombe des mains. Tous les livres de philip roth il explique. Ça me rappelle le tweet de jauffret, Philip roth arrête d'écrire. Il avait donc commencé ? La copine rigolote de mon copain hilare apporte une assiette de lard fumé coupé en tranches. C'est comme au restaurant je dis, il montre ce qu'on va manger avant. Et puis une boule de pain noir, comme on en mange dans tout les pays de l'est. Et enfin une assiette, avec des tiges vertes,en gros on dirait de l'herbe. Tu vas voir c'est succulent elle me dit. Oui c'est appétissant en tout cas je réponds, l'avantage étant qu'en anglais mon ironie ne doit pas s'entendre. Je regarde mon copain qui me sourit bêtement en m'expliquant que c'est succulent. Je regarde la mère de fille rigolote, elle me sourit aussi, je crois qu'il va falloir manger je me dis. Il paraît que tu parles russe me demande une fille en anglais alors que je sirote une bière pas très forte comme souvent dans les pays de l'est. Je ne comprends rien au russe je dis. Le nigérian me demande si je connais vitry. Le jeune gars bourré demande quel salaire est acceptable a paris. Je donne un billet de 200 000 a la fille du bar quand je paie la tournée pour ne pas avoir a sortir ma liasse de biftons et essayer de trouver la somme qu'elle me réclame et que m'a traduit la fille qui parle un anglais avec un super accent mais très peu de mots. Je crois qu'elle commerce avec les chinois. C'est plus de 800 pages le bouquin je ne vais jamais le finir je me dis. Je me demande si c'est très malin ou pas du tout. Je vais passer a autre chose je me dis, je regrette de ne pas avoir acheté le ellroy à l'aéroport, acheter un livre neuf c'est toujours un peu sacrilège pour moi. Je mange donc du lard fumé cru très gras qui porte un nom que j'oublie aussi vite, de temps en temps je m'enfile une tige d'herbe qui a un vague goût de rien du tout. Le réconfort c'est le pain noir, que j'aime bien. J'apprécie ce pays, je m'y sens bien, comme je suis toujours senti bien a liège, comme je me suis toujours senti bien a prague. Je me rends compte du vide de mon existence depuis que le fantôme est parti, comme si ma vie n'avait plus tellement d'importance. Comme si cette comédie n'avait plus aucune importance. Plus vraiment d'importance.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 06:12
Franchir le rideau

Il m'attends et je le vois hilare dès que je franchis les portes coulissantes du grand aéroport vide. Ils t'ont pas trop fait chier il me demande en me serrant dans ses bras. Je crois plutôt que la nana qui vérifiait mon passeport m'a vaguement dragué je veux lui répondre mais je me dis que je vais pas la ramener et me faire passer encore pour un tombeur que je ne suis pas. J'ai commencé le livre qui fait dans les 800 pages, je suis toujours un peu optimiste sur les voyages. J'ai tellement peur de n'avoir rien a lire et de m'emmerder que je prends du stock. Je commence le livre dans le RER qui mène à l'aéroport. C'est malin, très malin même, trop malin sans doute, ça me rappelle un peu bello, d'ailleurs ça se passe aussi aux états-unis. Ca se prends un peu trop au sérieux. Le bouquin a eu le goncourt des lycéens ceci explique cela. Il me donne une sorte de petit jeton, le genre qu'on trouvait dans les boîtes de jeux quand on était petit pour jouer a je ne sais plus quoi. C'est un ticket de métro ça je lui demande en regardant le petit jeton bleu de rien du tout dans la paume de ma main. On met donc le jeton dans une fente, un petit feu rouge devient vert et on peut passer. Mais attends je lui demande, et si on est contrôlé, on fait comment ? Il est hilare, il me dit que je suis toujours aussi cartésien. Tu n'es plus a paris mon pote, tu n'es plus tout a fait dans le même monde. Alors qu'on se retrouve au milieu d'une foule ahurissante, il me dit que je ne change pas, et il continue de rigoler. Il y a une femme assise a ma place, elle s'est carrément installé. Elle veut être près du hublot. Ce qui m'énerve c'est qu'elle décide de prendre ma place manu-militari, comme on ne parle pas les mêmes langues, elle me fait la grand scène d'un drame shakespearien revisité par louis de funès, elle roule des yeux, me supplie.Je laisse tomber vu que je me fous complétement de la place, comme je me fous de l'avion. Moi qui ai peur de tout, j'ai pas peur de l'avion. La ville est massive, comme toutes ses villes reconstruite par les communistes après guerre, les avenues sont sans fin, hyper larges. La bagnole est un signe de réussite sociale, et elles sont toutes neuves et rutilantes. Le lendemain de mon arrivée, ce sont les festivités pour la fin de la seconde guerre mondiale. Les rues sont noires de monde, la moitié des gens ont un noeud a la boutonnière avec pas mal de rouge. Je change 100 euros et je me retrouve avec un million cinq cent mille dans les mains. Faut enlever tellement de zéros que je trouve un vague moyen mnémotechnique pour comprendre les prix. Ma voisine qui m'a piqué ma place se met a prier, embrasser sa croix et finit par se signer plusieurs fois alors que l'avion va se positionner pour décoller. On se paluche pas les sempiternelles exercices d'agent de la circulation des hôtesses, elle a juste une sorte de carte qu'on a tous dans nos sièges et elle nous montre avec son doigt ce qu'une autre explique dans le micro. C'est bien le bouquin, c'est ce qu'il faut pour un voyage, j'en serais a la moitié en arrivant. Evidemment comme on ne se refait, je verrais dans cet amour fièvreux et cette admiration d'une jeune fille pour un écrivain, une allégorie de ma propre histoire. Saut que dans ces romans les types se retrouvent seuls mais vendent des cargaisons de bouquins. Mézigue reçoit juste des lettres de refus. Le soir on mange avec une copine du garçon toujours hilare, la bouffe n'est pas très bonne, mais je m'attendais pas a plus, c'est con mais quand tu vas dans d'autres pays tu te rends compte que la nourriture n'est pas très bonne et qu'on mange toujours la même chose. La fille parle un bon anglais et son copain très souriant au demeurant ne touche pas une bille en rosbeef même si elle explique que lui parle très bien et elle pas du tout. L'avion n'est même pas plein, il y a un seul vol direct par jour de paris et l'avion qui n'est pourtant pas énorme n'est pas plein, autant dire que pour les non locaux la queue est rapide. Il n'y a plus que moi pour le passage, la fille en uniforme ausculte mon passeport pendant que sa copine hilare se fout de sa gueule. Elle prend un espèce de loupe et pendant deux plombes cherche si mon passeport n'est pas un faux. J'ai l'impression d'être près de tout, ce qui est bien ici c'est qu'il n'y pas les sempiternelles boutiques qu'on trouve dans toutes les villes. Ce qui est bien ici c'est que je suis loin de tout, loin de rien. Je vis encore et toujours une vie de songe, je vis encore et toujours. Du moins j'en ai l'illusion. J'en ai comme l'illusion.

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 07:12
Corps instable

La fille du politburo me fait répéter dans quel pays je pars. Le pays le moins touristique d'europe je lui explique, cherche pas, même en albanie il y a plus de gens qui vont visiter. Elle me regarde comme si j'étais totalement dingue et me demande ce que je vais faire là-bas. Ce n'est pas que je sois de mauvaise humeur actuellement, mais je n'ai plus rien a faire de ce que je dis, de ce que les gens pensent. Voir le monde je dis, voir ailleurs, et puis ça m'évitera de comparer mes souvenirs avec d'autres crétins qui ont fait la même chose, puisque personne de ma connaissance n'a jamais été là-bas. Tu vas faire quoi là-bas elle répète. Tu sais je dis le rêve de vacances de certaines personnes ce n'est pas de se retrouver sur une plage en provenance de l'aéroport pour retrouver les mêmes cons qu'au boulot, des gens comme toi, le rêve ce n'est pas de se réfugier dans un camps de vacances sans jamais sortir dans le pays réel. Vos vacances en thaIlande ou en république dominicaine ce sont pour moi les vacances les plus connes qu'on puisse passer. Je sais vous avez des enfants et le all inclusive c'est plus pratique pour les enfants, vous ne faites jamais rien mais c'est a cause des enfants. Elle rigole parce qu'elle sait que je suis totalement dingue, et aussi qu'elle n'a pas d'enfants. Je continue cette fuite, partir c'est fuir, je n'ai rien a fuir et je n'ai rien a retrouver. Ma vie c'est l'écume de la mer, la mousse qui se forme sur l'expresso. Ma vie est un mystère que je n'ai pas envie de résoudre. Je parle au téléphone avec le garçon qui me dit je ne peux pas croire que tu vas venir. Je fais ma valise. Je regarde le ciel bleu gris au dehors. J'ai l'impression que le temps ne bouge pas. Que la vie s'arrête. J'essaie de ne pas trop penser a toi. J'essaie de ne pas trop penser a moi. J'essaie de ne pas trop penser.

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 04:50
Une aube a eclore

Je regarde la nuit alors que j'attends que le matin se lève. Même si pas tout a fait encore. Les hommes tombent je crois dans ces moments ou la vie semble un peu statique. Et les femmes se réveillent. Ou peut-être est-ce l'inverse. Je me demande si la plus belle femme du monde a déjà ouvert les yeux. Je me demande si elle dort encore. Je regarde ma valise remplie alors que j'entends que le matin se lève, les oiseaux semblant se répondre, comme mue par une même vision des choses. Il faut refermer la valise. Je ne pars que le lendemain mais je ne vais pas revenir dans l'appartement un peu nu. Je passe mes mains sur le bar qui aura disparu quand je reviendrais, une partie du moins. L'appartement semble résonner un peu vide mais c'est peut-être que ce n'est même pas l'aube. Même si ce n'est pas tout a fait le jour, c'est ce moment précis ou le temps comme suspendu entre l'aube et le matin. J'ouvre des tiroirs dans mon esprit, je traîne un peu dans l'appartement comme pour ne pas le quitter, j'ai hâte d'être déjà au lendemain, comme si la fuite semblait résoudre les choses, comme si le temps pouvais revenir. On dirait que le jour va se lever, je devrais encore dormir; on croirait que la nuit a disparu, je me demande si le fantôme est déjà débout. Il faut ouvrir et refermer la porte. Il faudra bien refermer la porte.

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 08:15
5 / 6 lignes sur fond jaune (19 juillet 2012)

Vous ouvrez des cartons dans les greniers et les souvenirs reviennent. Des secrets de famille se dévoilent. On voit ça tout les jours dans des feuilletons, au cinéma, on lit ça dans les livres. Ça fait rire ou sourire. Tu enlèves les boites sur l'étagère, une boîte de thé que tu as acheté quand tu étais vraiment malade, une boîte de verveine ou un truc dans le genre, tu sais même pas d’où ça vient. C'est après que l'homme s'aperçoit qu'il reste une petite forme jaune, c'est après que l'homme se dit qu'il reste encore une petite forme jaune, alors que toutes les étagère sont vides, il reste juste une petite forme jaune. Après avoir décollé le post-il, je me suis demandé combien d'années il serait resté là si je n'avais du vider les étagères qui vont être détruites. Après ma mort, la personne qui m'aurait succédé l'aurait peut-être trouvé, ou mes héritiers en faisant le ménage comme je l'ai fais a saint malo. L'homme prend le post-it dans sa main, il lit les quelques lignes écrites, il lit la date en bas des quelques lignes le 19/07/2012. Il ne sait pas si son cœur s'emballe ou s'arrête. Une chouette idée d'histoire tiens, j'ai un début d'alzheimer, je commence a perdre la mémoire, nous sommes en deux mille trente est des bananes, et je tombe sur ce petit mot. Alors je cherche, je cherche, et tout a coup alors que mon esprit est parti, alors que je ne me souviens plus de rien, je me souviens du fantôme, je me rappelle de la plus belle femme du monde qui a écrit ces quelques lignes il y a 30 ans et des poussières. L'homme remarque ce petit papier jaune alors qu'il est a 4 pattes sur le parquet de son entrée salle à manger cuisine, il cherche s'il n'a pas oublié une assiette, un verre, un plat avant la grande destruction. L'homme lit le texte, il fait meilleur en juillet qu'en juin, ça commence comme un film de rohmer. Je regarde ce post-it et je le colle sur le mur entre les trois enfants qui regardent le café de la cathédrale et l'image d'un bonheur absolu dans un endroit qui porte le même nom qu'un parfum. Il fait meilleur en juillet qu'en juin, je reconnais bien une forme de logique particulière au fantôme. Vous ouvrez les cartons dans les greniers et les souvenirs remontent a la surface, c'est ça le teasing des histoires sans saveur qu'on nous sert, j'ai pas cette impression puisque ce ne sont pas des souvenirs et qu'ils ne m'ont pas quitté. C'est mon histoire qui continue. Je ne vois aucun signe du destin dans ce post-il, il me rappelle que je ne suis jamais seul. Mon amour est toujours le même. Mon amour est toujours le même. Tu croyais pas si bien dire. Tu ne crois pas si bien dire. Il fait meilleur en juillet qu'en juin. Il fait meilleur aujourd'hui. Mon amour est toujours le même. Le même.

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 07:48
Retour en avant

...Et puis vous savez une bière et puis une autre bière et on se dit pourquoi ne pas continuer et peu à peu on bascule dans une sorte de vie qu'on aurait voulu connaître, on devient presque drôle, les filles sont toutes jolies, et on puis on passe a d'autre alcools et d'autres bras, et on se dit qu'on devient immortel, la vie n'est plus le souvenir qu'on en avait, la nuit prends des éclats de lumière et le même le sol semble merveilleux, il y a cet instant précis ou vous ressentez une forme de plénitude que vous n'aviez jamais atteint auparavant...On ne sait jamais n'est ce pas qu'on va aller de mieux en mieux ou de plus en plus mal, on ne devine pas que la douleur peut elle aussi prendre une bonne branlée, la vie aussi peut se prendre une sacrée bonne cuite vous savez, et n'oubliez jamais qu'il faut toujours quelqu'un pour aller jeter la vaisselle, nettoyer les verres, rincer les flaques de vomi, n'oubliez pas que le lendemain se lève toujours jusqu'au dernier jour, le jour se lève toujours jusqu'au putain de dernier jour...C'est marrant de picoler pour atteindre une légèreté qu'on ne retrouvera jamais, curieux ce sentiment de déni absolu, on picole comme si ça résolvait les choses, pour oublier des histoires et des gens qu'on ne veut pas oublier, pour rompre une conversation silencieuse. C'est curieux, ce sentiment de honte, cet impression de doute, boire c'est continuer de croire que la vie va changer, alors que ce ne sera pas le cas, bien entendu, ce ne sera jamais le cas, la vie ne va changer, on va rien oublier, on va juste vieillir un peu plus chaque seconde en fait...La sécheresse dans la bouche, tu ne t'en souvenais plus vraiment, la madeleine de proust de toute ta jeunesse, la soif, cette aridité absolu, les crampes dans les mollets qui te réveille en pleine nuit, tu t'en souvenais encore, bien entendu, des choses qu'on oublie pas, les lendemains qui déchantent, la déprime absolu, l'impression de déjà vu et revu, la bassesse de ton âme. Le supermarché de la cuite est ouvert de nouveau, comme si il n'avait jamais fermé, comme s'il avait un peu disparu, mais c'était une illusion, une impression, une vague image d'une vie qui n'aura pas cours...La vie sans cuite n'est qu'une parenthèse au fond, la vie tout court est une parenthèse entre deux verres, et même si j'en bois de moins en moins, au fur et a mesure que mon corps se rebelle et vieillit, et même si je balbutie encore parfois, je sais bien que la cuite est derrière moi, je sais bien que la vie est derrière moi. Je sais bien que ma vie est derrière moi.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 08:40
Des jours a l'abandon

Je n'ai plus tellement la flamme je me dis. Les mots me quittent à leur tour, j'en suis un peu désespéré. Alors je traîne dans belleville. J'écoute les fous qui viennent me voir au politburo. Je lis des livres et d'autres livres. J'attends que les mots reviennent. Je suis comme suspendu dans un nuage de rien, comme éteint dans mon propre corps. Je vais me coller une balle dans la tête me dit une femme avant de m'expliquer qu'elle est dépressive ce dont je me doutais vu qu'elle se met a pleurer dès que j'ouvre la bouche. Les mots c'est un peu la même je me dis, ils se mettent a me fuir dès que je veux un peu les regarder vivre. Moi qui fait en général ma valise le matin une demi-heure avant de partir, je la commence une semaine a l'avance. Je fais attention aux tee-shirts que je prends, je fais attention aux livres, je me dis que je laisserais les journaux dans l'avion. Toute ma vie je me dis, j'aurais été victime de mon éducation, incapable de peser sur les choses ou sur les gens. J'aurais juste effleurer la vie en fin de compte, prisonnier de ma propre image. Je continuer de crier mais ce n'est que mon propre écho qui me revient en pleine face. Je me réfugie dans les livres, comme toujours, je reste des heures a lire, attendant qu'il ne se passe rien. Parfois les mots reviennent mais ils sont si vains que je ne vois plus l'intérêt de les souligner, je ne comprends pas l'intérêt de te les envoyer. J'écoute l'écho de ma propre voix, l'écho de mon propre esprit, j'entends la vie qui continue dans la vie belleville, je bois quelques verres, j'agite mon corps flétri et fatigué sur des musiques des années 80, je vacille parfois sur le pavé humide mais j'ai toujours l'impression que la vie m'attends. Je suis ce type qui part toujours toujours avant ou un peu après le coup de feu du starter, mais plutôt avant, je jaillis des starting block taches de rousseur au vent mais en fin de compte c'est trop tôt ou parfois bien trop tard. Je cours comme un débile alors qu'on me dit que je suis éliminé, je cours comme un débile vers une ligne d'arrivée qui n'existe pas. Je continue mes bagages comme si fuir changeait vaguement les choses, je range la douleur de l'absence entre les chemises et les chaussettes. Je range ma vie en petit compartiments étanche. Je range ma vie pour ne pas trop la déranger. Pour ne pas trop te déranger. Pour ne plus trop te déranger.

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