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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 08:14
Vision du vide

Une femme au politburo qui se dit dépressive m'explique que c'est chouette que je m'occupe d'elle, moi qui est toujours de bonne humeur et optimiste. J'ai dépassé la dépression je lui explique, je me repais de peu. Se souvenir du néant. Se repaître du néant. Je n'ai aucune envie ni ambition, c'est tellement léger. Je slalome entre des émotions rancies, entre des vies mécaniques, entre des douleurs qui n'en sont pas. Ma vie est un pavé de paris immobile. Qui ne bougera plus. Qui ne bougera pas. Céline expliquait qu'au commencement était l'émotion. Mais si tu n'as plus l'émotion, quand tu n'a plus rien, tu reviens ou, avant le commencement ? La vie est une émotion qui ne se renouvelle pas. Ce qui est un peu terrible quand ta vie est terminée, quand tout est fini, c'est que tu te rends compte a quel point tu n'as pas apprécié ce qui te rendait vivant. J'en suis la, avec mes ridicules questions adolescentes, quand on découvre avec la puberté que l'on va être mortel, j'en suis encore la. Je regarde la dérive de mon âme, spectateur de ma vacuité. Je termine des bouteilles d'alcool pour retrouver un semblant de dignité dans la déroute. J’étreins les mots pour ne pas qu'ils me quittent. Eux, peut-être ne me quitteront jamais, eux peut-être. Je ne suis ni triste ni gai. Je ne suis plus tout simplement. Je suis bartleby. I want prefer not to. Épitaphe de ma propre vie. Retourner dans le pays qui n'existent pas, celui de mes nouvelles soeurs et de mes nouveaux frères, devenir un des leurs, devenir un fantôme. Errer sur ces larges routes ou il n'y a pas de voiture. Rouquin errant, ne comprenant pas la langue, ne comprenant pas l'alphabet sur les panneaux. Certains meurent d'avoir trop vécu, je mourrais de n'avoir pas vécu. En attendant je brise mon coeur sur des murs de métal, je jette mes larmes sur des mots que je ne lis pas, je ferme mes yeux pour sentir contre moi un corps qui n'est plus là, je lèche une sueur qui n'existe plus, j'entends parfois la nuit des orgasmes dépassés. J'entends parfois la nuit des cris qui datent un peu. Une seconde vie qui n'est plus dans les murs. Qui n'est plus tout court. Qui n'est plus.

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Published by ma vie en biture - dans elle sans moi au bout du monde
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