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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 06:12
Franchir le rideau

Il m'attends et je le vois hilare dès que je franchis les portes coulissantes du grand aéroport vide. Ils t'ont pas trop fait chier il me demande en me serrant dans ses bras. Je crois plutôt que la nana qui vérifiait mon passeport m'a vaguement dragué je veux lui répondre mais je me dis que je vais pas la ramener et me faire passer encore pour un tombeur que je ne suis pas. J'ai commencé le livre qui fait dans les 800 pages, je suis toujours un peu optimiste sur les voyages. J'ai tellement peur de n'avoir rien a lire et de m'emmerder que je prends du stock. Je commence le livre dans le RER qui mène à l'aéroport. C'est malin, très malin même, trop malin sans doute, ça me rappelle un peu bello, d'ailleurs ça se passe aussi aux états-unis. Ca se prends un peu trop au sérieux. Le bouquin a eu le goncourt des lycéens ceci explique cela. Il me donne une sorte de petit jeton, le genre qu'on trouvait dans les boîtes de jeux quand on était petit pour jouer a je ne sais plus quoi. C'est un ticket de métro ça je lui demande en regardant le petit jeton bleu de rien du tout dans la paume de ma main. On met donc le jeton dans une fente, un petit feu rouge devient vert et on peut passer. Mais attends je lui demande, et si on est contrôlé, on fait comment ? Il est hilare, il me dit que je suis toujours aussi cartésien. Tu n'es plus a paris mon pote, tu n'es plus tout a fait dans le même monde. Alors qu'on se retrouve au milieu d'une foule ahurissante, il me dit que je ne change pas, et il continue de rigoler. Il y a une femme assise a ma place, elle s'est carrément installé. Elle veut être près du hublot. Ce qui m'énerve c'est qu'elle décide de prendre ma place manu-militari, comme on ne parle pas les mêmes langues, elle me fait la grand scène d'un drame shakespearien revisité par louis de funès, elle roule des yeux, me supplie.Je laisse tomber vu que je me fous complétement de la place, comme je me fous de l'avion. Moi qui ai peur de tout, j'ai pas peur de l'avion. La ville est massive, comme toutes ses villes reconstruite par les communistes après guerre, les avenues sont sans fin, hyper larges. La bagnole est un signe de réussite sociale, et elles sont toutes neuves et rutilantes. Le lendemain de mon arrivée, ce sont les festivités pour la fin de la seconde guerre mondiale. Les rues sont noires de monde, la moitié des gens ont un noeud a la boutonnière avec pas mal de rouge. Je change 100 euros et je me retrouve avec un million cinq cent mille dans les mains. Faut enlever tellement de zéros que je trouve un vague moyen mnémotechnique pour comprendre les prix. Ma voisine qui m'a piqué ma place se met a prier, embrasser sa croix et finit par se signer plusieurs fois alors que l'avion va se positionner pour décoller. On se paluche pas les sempiternelles exercices d'agent de la circulation des hôtesses, elle a juste une sorte de carte qu'on a tous dans nos sièges et elle nous montre avec son doigt ce qu'une autre explique dans le micro. C'est bien le bouquin, c'est ce qu'il faut pour un voyage, j'en serais a la moitié en arrivant. Evidemment comme on ne se refait, je verrais dans cet amour fièvreux et cette admiration d'une jeune fille pour un écrivain, une allégorie de ma propre histoire. Saut que dans ces romans les types se retrouvent seuls mais vendent des cargaisons de bouquins. Mézigue reçoit juste des lettres de refus. Le soir on mange avec une copine du garçon toujours hilare, la bouffe n'est pas très bonne, mais je m'attendais pas a plus, c'est con mais quand tu vas dans d'autres pays tu te rends compte que la nourriture n'est pas très bonne et qu'on mange toujours la même chose. La fille parle un bon anglais et son copain très souriant au demeurant ne touche pas une bille en rosbeef même si elle explique que lui parle très bien et elle pas du tout. L'avion n'est même pas plein, il y a un seul vol direct par jour de paris et l'avion qui n'est pourtant pas énorme n'est pas plein, autant dire que pour les non locaux la queue est rapide. Il n'y a plus que moi pour le passage, la fille en uniforme ausculte mon passeport pendant que sa copine hilare se fout de sa gueule. Elle prend un espèce de loupe et pendant deux plombes cherche si mon passeport n'est pas un faux. J'ai l'impression d'être près de tout, ce qui est bien ici c'est qu'il n'y pas les sempiternelles boutiques qu'on trouve dans toutes les villes. Ce qui est bien ici c'est que je suis loin de tout, loin de rien. Je vis encore et toujours une vie de songe, je vis encore et toujours. Du moins j'en ai l'illusion. J'en ai comme l'illusion.

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Published by ma vie en biture - dans au bout du monde
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