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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 08:40
L'armistice

C'est la fin de la guerre. Cette guerre qui a fait tant de morts, cette guerre qui a crée tant de souffrances. C'est la fin de la guerre. Cette guerre qui n'avait pas de fin, cette guerre qui semblait ne jamais devoir finir, cette guerre dont on ne semblait pas devoir sortir, cette guerre dont personne ne revenait. Cette guerre qui a crée tant de souffrances. C'est la fin de la guerre. L'homme dont je connais l'histoire, l'homme qui me l'a raconté tant et tant de fois, ou peut-être pas tant que ça, l'homme qui me l'a raconté avec une telle émotion plus de soixante ans après, l'homme qui avait 15 ans ou peut-être pas, l'homme qui avait 15 ans ou peut-être plus, peut-être moins, l'homme qui avait 15 ans, ou a peine 14, l'homme qui avait 15 ou peut-être 16. L'homme me la raconté cette histoire, peut-être moins de fois que je crois, peut-être moins de fois, l'homme me la raconté, je ne sais pas quel âge je pouvais avoir, je ne sais pas quel âge, l'homme me la raconté peut-être une ou deux fois, peut-être une fois. je ne sais pas, peut-être deux fois, je ne sais plus. L'homme avait 15 ans, peut-être 14, peut-être 16, l'homme avait 15 ans, je ne sais pas, c'était en 18, ça c'est sur, c'était en 18, c'était l'armistice. C'était la fin de la guerre. Cette guerre qui semblait ne jamais devoir se finir. Cette guerre qui semblait ne jamais avoir de fin. C'était le jour de l'armistice. Ou peut-être le lendemain, je ne sais pas, je ne sais plus. J'avais pas 15 ans quand l'homme m'a raconté cette histoire, j'avais 12 ans, peut-être 13, peut-être 11, je ne me souviens pas bien. L'homme qui est mort avait écrit, une lettre, l'homme qui est mort avait écrit, peut-être un testament, peut-être pas, peut-être une lettre pour se donner du courage, une lettre écrite quelques jours avant de mourir, ou quelques semaines, ou quelques mois je ne sais pas. J'ai lu cette lettre, je me souviens, j'ai lu cette lettre qui est une sorte de testament, écrit depuis les tranchées, un chant d'amour pour sa femme, pour son fils. J'ai lu cette lettre il y a très longtemps, j'avais 12 ans, peut-être 13, peut-être 11, je ne me souviens plus, j'ai lu cette lettre, il y a très longtemps, l'homme qui était un enfant, l'homme qui était un enfant ou un adolescent le jour de la fin de la guerre me l'a fait lire. Une sorte de testament, un chant d'amour pour sa femme, pour son fils. L'homme est mort quelques jours avant l'armistice, quelques jours, quelques heures. Maudit destin. Mort quelques jours avant la fin de la guerre. Après avoir tenu toutes ces années, 4 ans dans les tranchées, quelques jours après 4 ans d'enfer, quelques jours après plus d'un millier de jours, après plus de mille cinq cent jours de cette guerre sans fin, de cette guerre qui n'en finit pas, après l'automne, après l'hiver, après encore un autre automne, après encore un autre hiver, après encore un autre automne, après encore un autre hiver, après encore un autre automne, après encore un autre hiver, mourir après toutes ces saisons, mourir quelques jours avant l'armistice. Mourir quelques jours avant. C'est quand l'enterrement déjà. Peut-être le 11 novembre, peut-être le lendemain, je ne sais pas, je ne sais plus, le jeune garçon qui suivait le corbillard ne me l'a pas dis, ou je ne me souviens plus, il y a si longtemps, presque 30 ans quand il m'a raconté l'histoire. C'était peut-être le 11, ou peut-être le 12, je ne sais pas a quel heure l'armistice a été signé, je ne sais pas a quelle vitesse la nouvelle s'est propagée, je ne sais pas quel jour exactement le peuple de paris est descendu pour faire la fête. Mais le jeune homme de 15 ou 16 ans n'était pas la pour faire la fête, il devait enterrer son père, il n'était pas la pour lancer des pétards, pour agiter des drapeaux, pour crier et hurler, le jeune homme de 15 ou 16 ans ne pouvait participer aux festivités, il devait enterrer son père, il devait marcher derrière la carriole tirée par des chevaux, il devait tenir le bras de sa mère, il devait tenir le bras de sa grand-mère, il devait enterrer son père. Plus de soixante ans après il me racontait cela, la scène surréaliste de cette procession au milieu des cris de joies, des pétards, au milieu du peuple de paris qui descendait dans la rue, qui hurlait entre les murs, cette scène surréaliste de la procession pour enterrer son père. Il a fallu sortir le cercueil au milieu des cris de joies, il a fallu sortir le cercueil de l'église sainte anne de la maison blanche qui maintenant s'appelle sainte anne de la butte aux cailles, il a fallu sortir le cercueil au milieu des pétards, des cris de joies, des gens hurlant aux balcons, il a fallu charger le cercueil sur l'attelage tiré par les chevaux, il a fallu traverser le petit carrefour a l'intersection de la rue bobillot et la rue de tolbiac, il a fallu guider les chevaux pour qu'ils prennent la rue charles fourier, au milieu des pétards, au milieu des cris de joies, au milieu des gens sur leur balcon qui agitaient leurs drapeaux, il a fallu descendre la rue charles fourier, et puis le cortège a fait le tour de la place de l'abbé georges hénocque qui ne devait pas s'appeler la place de l'abbé georges hénocque puisque l'abbé georges hénocque était en pleine forme en 18, il mourra après la seconde guerre. Ce n'était peut-être même pas une place en 18, il n'y avait pas le jardin au milieu de la place. Il a fallu guider les chevaux pour qu'ils prennent la rue des peupliers et les freiner un peu pour ne pas qu'ils descendent trop vite la rue des peupliers, le jeune homme de 15 ou 16 ans suivait le corbillard, entouré de sa mère et sa grand-mère, enfant unique, le jeune homme suit ce corbillard qui descend la rue des peupliers alors qu'on entend des pétards au loin, et que les gens crient et hurlent, et qu'ils dansent et chantent, et qu'on entend des bruits d'accordéons, le jeune homme suit ce corbillard. Le corbillard atteins la poterne des peupliers, la limite de paris et de gentilly, à l'époque ce n'est peut être pas comme maintenant, le cimetière n'est peut etre pas a gentilly, mais sans doute que le cimetière s'appelle déjà cimetière de gentilly. Les chevaux remontent le cimetière, l'allée principale, et les bruits s'estompent un peu, les bruits des pétards, d'accordéons, les cris et les hurlement de joie du peuple de paris et de gentilly. On descend le cercueil, on descend le cercueil pour le mettre en terre, nous sommes le 11 ou le 12 novembre, je ne sais pas, je ne sais plus, on porte le cercueil en terre et l'enfant de 15 ou 16 ans regarde le cercueil qui s'enfonce dans la terre. Il n'entend plus les bruits des pétards, et les cris de joies. Il repense a cette lettre qu'a écrite son père, ce chant d'amour pour sa femme et pour son fils. Après la mort de sa mère, il gardera toujours cette lettre soigneusement pliée dans son portefeuille. Après la mort de sa mère bien des années plus tard, cette lettre ne quittera plus son portefeuille sauf quand il la dépliera pour la faire lire. Ou pour la lire. Quand l'enfant de 15 ans est mort à son tour, une soixante d'années plus tard, cette lettre est resté dans son portefeuille, dans le tiroir du meuble de son appartement ou sa femme et son fils sont restés vivre. Quand sa femme est morte a son tour, à peine quelques mois après l'enfant de 15 ans qui en avait presque 80, la lettre est resté soigneusement pliée dans un vieux portefeuille, dans le tiroir du meuble de son appartement ou est resté vivre son fils. Quand son fils est mort il y a quelques mois, j'ai ouvert le tiroir et j'ai trouvé le portefeuille. Et j'ai lu la lettre que mon arrière-grand-père avait écrite a mon arrière grand mère et a mon grand-père. Et puis je suis allé a la fenêtre de cet appartement, et j'ai regardé au loin vers le cimetière de gentilly, ou ils sont tous enterrés mon arrière grand père, mon arrière grand-mère, ma grand mère, mon grand père, ma mère, mon père, mon oncle. J'ai entendu le bruit des pétards et les hurlements de joie du 11 ou du 12 novembre, je ne sais pas, j'ai vu le corbillard passé. Et puis j'ai refermé la fenêtre. Et puis j'ai replié la lettre. Et puis je l'ai remise dans le portefeuille. Et j'ai regardé le corbillard passer. J'ai regardé le corbillard passer.

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Published by ma vie en biture - dans paris
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commentaires

cee 11/11/2014 14:09

joli !...

drink 11/11/2014 14:11

Mercee !

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