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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 09:46
La sueur dans le dos

Elle me demande des nouvelles de mon père après que j'ai déposé des chouquettes pour le goûter sur la table du réfectoire. Il bouge pas je lui réponds pas, il est tranquillement allongé dans un cimetière depuis une petite dizaine d'années je rajoute pas. Alors que je sors de la gare, je remarque que l'esplanade est en plein chantier, j'apprendrais plus tard que ce sont les travaux pour la seconde ligne du métro. Je traverse la ville qui est vide comme toutes les villes étudiantes en été. Il fait assez lourd et je me dis que le peu de gens qui restent en ville sont partis au bord de la mer pour ce week-end rallongé. Elle me demande des nouvelles de mon oncle et je m'apprête a lui dire qu'il est mort lui aussi mais je me retiens, après tout elle n'est peut-être pas au courant. L'infirmier a queue de cheval me sert un café qui ressemble à de la flotte, je propose une chouquette à la dame en face de moi qui a quatre vingt dix huit ans ou nonante neuf je ne sais plus. Elle me sourit. C'est curieux comme la ville a l'architecture moche des années septantes est pour mois le symbole des années quatre vingt. J'ai eu dix huit ans ici. Pas dix sept ou dix neuf. Dix huit. Tu as eu combien de vies me demanderait le fantôme je pense en rigolant. Le dimanche, sur le trajet entre l'appartement et la maison de retraite je ne croise pas âme qui vive, le mail est lui aussi en plein travaux, ils font une piste cyclable. Tu as une femme me demande la vieille dame qui chaque jour s'acharne à massacrer ses chemisiers en les recouvrant de chocolat. Le fantôme n'apparaît qu'à ceux qui peuvent l'admirer je ne réponds pas à la vieille femme. Saint malo n'est pas si loin mais je n'aurais même pas le temps d'y aller, j'aurais bien aimé voir l'appartement une dernière fois, seul, tranquille, et pas quand il y aura ce grand marchandage et que tout le monde s'étripera pour savoir qui emporte un putain de drap ou une putain de chaise. Il fait une chaleur incroyable dans la maison de retraite et je sens la sueur qui me dégouline de partout. L'ancienne rédactrice en chef d'un magazine de mode qui n'a pas soixante ans erre comme une âme en peine avec son visage de chien battu. Alzheimer précoce me dit l'infirmière qui à un anneau dans le nez. Je reste au repas du soir avec mes trois convives qui totalisent plus de deux cent soixante quinze ans a elle trois. Je ne traîne pas dans la ville, je ne vais pas rue de la soif ou place des lices, je suis en simple visite comme ils disent au monopoly. Il fait lourd ce soir là et la nuit sera pluvieuse. Je cherche le fantôme alors que je regarde le jour se coucher. Je trouve le fantôme alors que je m'enfouis dans ses rêves. Je retrouve le fantôme alors qu'elle apparait dans mes rêves.

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Published by ma vie en biture - dans Saint Malo
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