Mercredi 11 novembre 2009

539



J'ai raté ta vie, je crois, je te l'ai déja dit, je sais, j'ai raté ta vie, j'ai raté nos vies. J'ai profité de ton amour, tu as profité du mien. Mais j'ai raté ta vie, comme si, on ne pouvait que t'effleurer, à peine te toucher, comme si tu voulais garder le mystère de ton existence comme si tu ne voulais pas te dévoiler, comme si tu restais une et que tu ne voulais jamais devenir deux. Comme si...Je remue le fond de mon verre, ça fait un peu de mousse, mais ça ne fait point remonter le niveau de mon picon qui est dangeureusement bas, elle me regarde de son air de on me l'a fait pas mon petit bonhomme garde ta salive pour des naïves ou des plus jeunes. T'as pas raté ma vie, elle réponds,  t'as pas non plus raté la tienne, c'est juste que la vie réelle ne t'intéresse pas. Tu n'aimes que les fragments, les délfagrations, les ruades, les hurlements, tu n'aimes pas le quotidien. Tu rateras la vie de tout le monde et c'est tout ce que tu veux. Tu ne comprends pas ce que les gens attendent de la vie, tu ne comprends pas l'attente des autres, et de ton côté attendre quoi que ce soit de la vie est totalement saugrenu. Tu es un être ailleurs, tu n'es pas le néant, mais tu ne veux vivre que des moments. Tu hibernes le reste de ta vie, tu veux que je te dise, tu es un noctambule du jour, un noctambule de la vie quotidienne. Pendant qu'elle assèche son propre verre, je me dis la même phrase que je me dis chaque début d'hiver, faudrait penser à m'acheter des mitaines. On ne peut pas t'en vouloir pour ça elle reprend, mais alors ne sois pas contradictoire pour une fois, ne demande pas de respecter les règles, alors que les seules règles que tu acceptes ce sont les tiennes. J'ai regardé le fond de mon verre et je me suis demandé si en vieillissant (quoi que) on parvenait à écouter, à prendre une main, à caresser une joue. Mais cet instant de mièvrerie instantané n'a pas duré si longtemps, et j'ai avalé la dernière gorgée de mon propre verre de picon pour noyer le frisson.

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Lundi 9 novembre 2009

540



Les larmes viennent doucement envahir mon visage à l'étage de la salle. pendant la mémoire obstinée. C'est beaucoup pour un dimanche, beaucoup trop sans doute, ce dimanche de gris et de cendre, ce dimanche beau comme un dimanche de novembre. L'hiver, automne, à moins que ce ne soit l'inverse. La butte montmartre, ce quartier que je déteste, trop cartes postales, trop touriste, trop jeunet, trop amélie poulain, trop tout ce que je n'aime pas. Monter cette petite rue noire de monde, à droite de l'élysée montmartre, déboucher en bas du funiculaire, le sacré coeur en ligne de mire. J'ai jamais aimé montmartre, je ne sais même pas pourquoi et c'est tant mieux comme ça. On ne peut pas tout aimer, on ne pas aimer tout le monde, même si on est pas obliger d'aimer personne. Nous rentrons dans ce lieu formidable qu'est le musée d'art brut du marché saint pierre. Nous y sommes encore. Des heures devant certains tableaux de marie morel, des heures, nous n'arrivons plus à partir, nous sommes émus pour des choses différentes, je me dis, enfin émus en même temps. Evidemment l'expo de chomo perd un peu en densité après ça, on aurait du commencer par lui. Là, nous sommes ailleurs, hell ne veut pas partir je lui dis tu reviendras ça dure encore des mois. On descend magenta ensuite, dans le jour couchant, enfin dans le jour finissant qui ne s'est jamais levé. Et je me retrouve le 11 septembre 1973 à santiago du chili. Je vois ces larmes, les photos de depardon, cette femme qui dit mon mari à disparu, mon fils à disparu, mon frère à disparu, ma belle-soeur à disparu, mon neveu à disparu. J'entends cet air entêtant au piano. Je pense tout à coup au film d'haneke, le plus grand film formaliste de tout les temps, un film qui aurait pu encore durer des heures et des heures sans que je me lasse. Mais un film inutile comme dirait manchette, un grand film inutile. Je mélange les tableaux de marie morel et le film de guzman. Trop de morts, trop de douleurs, trop de trop. Je regarde cet homme sur la scène qui dit nous vivons toujours en 73. Pendant le dernier film je crois que mon corps lâche, c'était un beau week-end, un week-end comique et cosmique, mais la je ne peux plus. Les photos de depardon de tous ces hommes qui vont mourir, de toutes ces femmes disparues, je pense à la naïveté de marie morel, à ces deux très beaux tableaux l'un en face de l'autre, shoah et louise michel. Nous buvons un peu de vin après la projection, du vin chilien, je regarde ces hommes, ces hommes d'un autre monde, d'une autre vie. Je descends la rue de ménilmontant dans un froid givrant, mes larmes font comme des critaux de glaces au bord des cils, je descends emporté par mon élan, je ne me suis jamais senti aussi  vivant.

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Lundi 9 novembre 2009

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Grande maison, grosses voitures, grands voyages. Grande famille, grande piscine, grande autre maison, grands autres voyages. Essayer de ne pas boire jusqu'à ce que mort s'ensuive, vivre avec style sans faire trop faire de vagues, garder un oeil sur le pognon, essayer de ne pas le pisser en gnôle, essayer de mener l'oeuf suivant à incubation, ne pas passer pour un pigeon, ne faire confiance à personne, et rester à bonne distance de la presse...
Ne pas picoler jusqu'à ce que mort s'ensuive, c'est là l'obstacle le plus difficile. Tu as tout ce temps sur les bras, à disposition, tu comprends. Et rien à faire. Ca ne prend qu'une heure ou deux de veiller sur le pognon, même si tu fais ça le plus sérieusement du monde. Combien de parties de tennis peux-tu jouer ? A combien de réunions de la société cousteau peux-tu assister ? Combien de Bornéo peux-tu kayaker ?
Ce qu'il y a de bien et d'effrayant c'est qu'après que la picole t'aura rendu dingue ou bousillé les reins, l'argent non seulement t'empêchera d'aller chez les cinglés, mais il te permettra aussi de t'offrir une nouvelle paire de reins pour que tu les re-bousilles. Avec quelques petits investissements intelligents, tu peux boire à jamais.

                                                                                                          Jim NISBET

                            
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Samedi 7 novembre 2009

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(reprise mais reprise)


Hey ! Bois un café et redescends sur terre. Bien serré hein, le premier de la journée, t'en boiras jusque 6 heures du soir pour rester éveillé face à l'ennui d'un ordinateur sans vie au politburo. Ca te fera pas de mal. Faut que t'arrête de lire tous ces commentaires  sur  tes gribouillis de l'âme. T'as presque cru un jour ce que tu as lu en bas de tes histoires pas belles. Des gens qui croient réellement que tu es UN écrivain. Juste parce que tu écris quelques lignes un peu chiadé qui impressionnent quelques jeunes filles un peu fragiles ou pas. Ne croies rien. Car tu n'écris pas si bien que ça. Tu n'est pas capable d'écrire un bouquin de quelques centaines de pages qui se tienne. Le truc qui est à la portée de n'importe quel crétin que tu aperçois parfois dans la lucarne surexposée. Oh oui quelques fulugurances mais bon...Faut arrêter d'espèrer tu t'es toujours fait jeter avec tes manuscrits et tu n'es pas un génie ignoré. Continue d'écrire et de bosser mais ne crois rien de ce que tu lis. Arrête de te palucher sur ces compliments. T'as un peu mal à ta conscience. Parce que tu te shoote à ces notes, tu t'enfiles un bonne ligne de plaisir chaque jour, tu tire des bouffées en écrivant ici, ca te fait trop de bien, c'est trop bon, on dirait une fille encore et toujours amoureuse, le genre de truc qui n'arrive jamais dans la vie. Faudrait peut-être arrêter -mais tu peux pas dire ça, on dirait le mec qui veut encore plus de paluchages et de gens qui te supplient de rester - et puis t'en es incapable, tu serais beaucoup plus déprimé. Mais tu as déja arrêté, une première fois, c'était comment tu sais plus, tu as rencontré cette fille qui a dit il faut continuer, il faut reprendre, mais c'était pas pour ça que tu avais arrêter. C'est juste quand tes lignes ont faillis tuer une fille. Tu ne  te connaissais pas ce pouvoir même si tu te fâcherais avec la terre entière pour un bon mot. Parfois tu as envie de vendre la mêche, des fois tu y penses, tu n'es pas loin de dire à quelques connaissances que tu as un blog. Juste pour montrer que toi aussi tu fais quelque chose de ta vie. Tu en es là, c'est puéril. Ton oeuvre c'est ce blog. Ouarf. T'es malade mon pote. T'as le cerveau en compote. Et l'autre soir au café. Tu regardais ces filles. Tu pensais cela. Peut-être qu'elle lit mon blog. Oui c'est inquiètant là. Tu y croies pauv'con. Tu m'inquiètes un peu. Bon allez va prendre une douche, redescends de ton nuage monsieur le futur écrivain. Hein hein. En attendant va gagner ta croute. Evite la déroute. Shoote toi aux mots. Mais pas trop. Juste un peu, juste assez.

 

 


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Jeudi 5 novembre 2009

543



Si j'étais celui enfin, si j'étais, celui qui, celui par qui, pour lequel, celui qui veut et qui ne veut pas, celui qui peut mais qui ne crois pas, à moins que ce soit l'inverse, si tu étais celle qui, celle qui en fin, en fin de compte, de tout, du bout du bout, tu sais, je te regarde, je vous regarde, les unes et les autres, c'est comme un ballet sans fin, comme si j'avais peur de mourir, de pourrir plutôt quand tout ne recommencera pas, ne recommencera plus. Si j'étais celui qui peut croire, entrevoir, celui qui peut comprendre le sens de la lumière, celui qui enfin voit plus loin que l'autre, que les autres, que les heurts, les malheurs, celui qui. Si tu étais celle qui, à moins que ce ne soit toi, ou  toi ou toi là-bas, si tu pouvais descendre la rue à toute berzingue toi aussi, rire aux éclats toi aussi, t'allonger sur le bitume toi aussi, errer, errante, prendre la tangente. Si toi si moi nous n'étions pas le reflet de nos propres espoirs, le désuet de nos propres actes, si nous étions un peu plus heureux, un peu plus agiles, vifs et tout ce que tu veux d'autre, si nous étions jeunes encore, si nous avions l'énergie de l'autre. Si on pouvait encore errer dans les terrains vagues des années 80, remonter la rue vilin, traîner sur le pont de tolbiac, se perdre entre les nuages. Si nous n'étions pas nous, si nous n'étions pas moi, toi, si nous étions différents, encore un peu cohérents, si nous n'étions pas alcooliques, boulimiques du tourment, un peu moins aiguisés, un peu plus transis, si nous n'avions pas mal quand nous sautons en l'air, si nous croyions encore un peu en nos destins, si si si et si... La nuit se lève tu sais, demain t'aimerais-je encore ? M'aimeras encore ? Juste demain. Après, je crois qu'il sera trop tard.

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