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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 07:44
La contusion des sentiments

Je jette quelques branches supplémentaires avant d'allumer le feu que j'ai décidé de faire sur le port, devant le bateau, j'ai déjà préparé quelques affaires pour alimenter les larmes crépitantes de mon passé et me donner l'illusion que j'ai encore un avenir. Le soir vient doucement sur le port, le dernier que je verrais avant longtemps sans doute, le dernier avant très longtemps. Je suis encore fatigué de la journée de la veille, une journée si intense en émotions que le soir je me suis couché à peine il faisait nuit, je crois bien qu'il n'était pas neuf heures du soir. La nuit blanche après que j'ai reçu la lettre du fantôme la première depuis des mois ou elle m'expliquait qu'elle était passé a autre chose mais qu'elle voulait me parler une dernière fois. Le midi elle m'avait engueulé de manière hystérique et puis cette dernière rencontre un peu plus tard dans un apaisement qui ressemblait presque a un enterrement et ou ele était partie en m'embrassant comme on embrasse un cadavre avant de refermer le cercueil. Cette journée de la veille donc, une des plus intenses que j'ai vécu depuis longtemps, une des plus intenses que j'ai vécu, m'avait laissé totalement épuisé, à la frontière de l'euphorie la plus pure, et d'une tristesse absolue. J'avais vu le fantôme mais je ne la verrai plus jamais. J'ai dormi donc cette nuit là, comme ça ne m'était pas arrivé depuis très longtemps, juste réveillé au petit matin par la voix au téléphone de la jeune fille qui m'inonde de son amour. Nous avons échangé quelques mots dans son langage et je lui ai promis que j'allais venir. Même une dernière fois. Je lui devais bien cela. Le gamin est venu m'apporter mon café au matin, un peu inquiet des hurlements qu'il avait entendu la veille, et alors qu'il me demandait si le fantôme était revenu je lui ai dis qu'elle était partie de manière définitive, que plus jamais nous ne la reverrions. Surtout moi. Je lui ai donc annoncé ma décision, il m'a paru triste tout à coup mais il m'a dit qu'il sentait les choses depuis quelques temps. Dans la journée en préparant mes affaires, j'ai pensé qu'il y avait 10 ans maintenant, 10 ans que j'écrivais pour une femme, 10 ans pendant lesquels je l'avais connu, respiré, 10 ans pendant lesquels j'avais pensé a elle chaque jour, 10 ans d'absence, 10 ans d'amour, 10 ans d'une présence prégnante, absolue, dévastatrice. Ces dix années représentaient le passage entre l'innocence et le pragmatisme. Il y a 10 ans j'étais encore un adolescent, avec la maturité d'un caniche, et dix ans plus tard je me retrouvais à la frontière de la vieillesse. Ma vie portait l'empreinte indélébile d'un amour d'une femme, d'un amour hors norme, et maintenant il me fallait vivre avec ça, en sachant que désormais je n'occupais plus ses pensées, ses rêves, et que le matin elle ne se réveillait plus en pensant a moi. Cette idée m'était intolérable mais il allait bien falloir que la dizaine ou la vingtaine d'années qu'il me reste a vivre, je trouve ma respiration pour ne pas me fracasser a chaque secondes contre des murs de métal. Je n'ai pas d’appétence pour le malheur. L'après-midi de ce dernier jour, j'ai transporté peu à peu les affaires que je ne pouvais pas jeter ni emporter dans la cave du rade, le gamin m'avait préparé un coin, et le vieux a son comptoir m'a regardé d'un air un peu ahuri descendre a la cave du café des cartons de livres et quelques babioles. Alors ça y est il a dit, le fantôme est venu vous chercher, ça y est enfin, après dix ans d'attente vous méritiez bien ça, c'était écrit non que ça finirait ainsi, hormis ce con de magicien personne n'a jamais douté que ça finirait comme ça. J'ai rigolé devant lui et puis j'ai pleuré un peu plus tard alors que sur le bateau je réunissais les quelques affaires que j’emmenais avec moi. J'ai réfléchi a votre question m'a dit le petit jeune en se pointant dans le soir descendant après m'avoir expliqué que tout les cons du bar allait nous regarder a travers la vitre, j'ai trouvé une épitaphe. Le magicien était passé quelques heures auparavant, pour me dire qu'il l'avait toujours dit non, qu'elle me laisserait tomber, que je me brûlerais. Tout le monde croit que vous la rejoignez mais ce n'est pas le cas je le sais et vous ne la rejoignez pas, elle vous a laissé tomber et vous n'avez même pas été capable de la récupérer. Je la connais moi, c'est pas comme vous qui croyez la connaître, moi je la connais la plus belle femme du monde, Vous vous êtes cru plus fort et plus beau mais ce n'était pas le cas hein capitaine, ce n'était pas le cas. Si un jour je reviens je lui ai dis, je t'enfoncerais la baguette magique bien profondément dans le cul pour voir si elle te ressort par la bouche mais la je n'ai pas le temps et l'énergie. Alors je dis au jeune serveur tu as trouvé quoi ? Le jeune me regarde avec son air un peu niais qu'il prend quand il est un peu angoissé. Il se croyait toujours employé du mois, il déclame, mais il ne faisait plus parti de la société dont il pensait être le roi. Je le regarde stupéfait. C'est quoi cette connerie ? je lui demande. Je jette quelques vieux textes dans le feu, des trucs d'adolescents, des trucs sans intérêts. Ensuite je rigole, c'est totalement con je lui dis, c'est vraiment le truc le plus con qu'il m'ait été donné d'entendre, c'est tellement con que c'en est presque drôle. C'est dur capitaine de penser a votre épitaphe, il geint pour se justifier, j'aime pas penser a ces choses là. J'ai jamais su si tu était totalement débile ou extrêmement intelligent, je lui dis, ça me conforte dans mon idée. Je veux une épitaphe pour mon départ, j'ai pas dis que j'allais mourir demain et qu'il fallait m'enterrer. Les gars sortent du bar, comme s'ils allaient venir chanter du hugues auffray autour du feu ou qu'on allait jouer a colin-maillard autour du port. Je leur jette un air mauvais que dans la nuit naissante ils ne peuvent pas voir mais qui suffit pour les faire reculer, pour ne pas qu'ils viennent. Tout ce qui les intéresse c'est de savoir si vous rejoignez le fantôme ou si vous rejoignez la jeune fille dit le serveur dans un haussement d'épaules. Bordel il reprend alors que je regarde la nuit pour la dernière fois, elle était hystéro la fantomette hier midi, tout à coup j'ai entendu hurler, les murs du café se sont mis a vibrer. Je rigole. Ça m'a fait marrer, je lui dis, et encore je me retenais pour ne pas rire encore plus, tu sais je ne l'avais jamais vu dans cet état là. Si on met bout à bout tout les instants que j'ai passé avec elle, on arrive a quoi, dix, quinze jours ? Je parle physiquement parce qu'en pensée c'est des siècles, au téléphone c'est des jours et des mois, et ne parlons pas des écrits. Mais réellement, on s'est vu 10 ou 15 jours, et sur ce temps déjà très court, la moitié était du temps que l'on utilisait pas vraiment a parler enfin si, le fantôme chantait la traviata parfois. Il rougit et regarde ailleurs le petit jeune. Enfin bref, je reprends, on a jamais eu vraiment l'occasion de s'engueuler. Ou pas le temps sans doute, on était dans une telle urgence d'amour, de sexe, de paroles, on avait pas le temps pour ça. Les larmes me viennent aux yeux alors je retourne au bateau et je vais chercher quelques manuscrits pour alimenter le feu. Vous allez brûler tout vos écrits me demande le jeune trop heureux de changer de sujet alors que je reviens avec mes paquets d'écrits sous le bras. Je commence a en jeter quelques uns. Oui je vais tout brûler je lui explique. J'écris depuis dix ans pour elle et maintenant qu'elle ne me lit plus j'ai décidé d'arrêter d'écrire. J'ai écrit une histoire comme ça qui se passait a saint malo, un homme n'écrivait plus car sa femme était morte et c'est toujours elle qui lisait ses manuscrits en premier. Moi tu vois c'est pareil. Depuis dix ans j'écris pour elle. J'ai voulu finir même après qu'elle soit parti, j'ai voulu terminé ce que nous avions commencé. J'ai écrit la dixième et dernière nouvelle d'un recueil et elle ne l'a pas lue. Elle ne l'a même pas lue je répète en jetant avec fureur les feuilles dans le feu qui illumine le port d'une couleur ocre et d'une odeur funèbre. Elle est revenue hier il dit le petit jeune. Elle est revenue pour me dire adieu, je lui dis. Et pourquoi elle a hurlé alors il demande. Je hausse les épaules. Elle a hurlé parce que j'étais triste furieux et con. Elle a hurlé parce que j'ai été dégueulasse. Vous lui avez dis ce que vous aviez fait, il me demande, pour... Je le fusille du regard. Tu sais quelque chose que tu n'aurais pas du savoir je lui réponds, mais tu n'en parleras jamais. Elle m'a hurlé dessus je dis parce que je n'ai pas été un gentleman et c'est tout ce qu'elle pensait que j'étais qui s'est écroulé. Les gens me croient bien élevés parce que je subis les évènements et que je ferme ma gueule. Quand j'ai compris hier que d'avoir été gentleman m'avait fait la perdre, je suis devenu dingue. J'avais dis cette phrase d'un air détaché au fantôme. Elle était monté sur le bateau et m'avait dit qu'elle savait que j'allais bien. La jeune fille qui s'était amouraché de moi pour une raison que j'ignore, se répandait partout de son amour pour moi et de mon amour pour elle, j'imagine que la nouvelle n'avait pas mis longtemps a arriver jusqu'aux oreilles du fantôme. Un petit coup de baguette magique. Je lui en voulais toujours d'être parti et après qu'elle m'eut sorti sa guimauve sur l'espoir et les sentiments et qu'on rebondissait blah blah blah, quand j'avais compris qu'en fait elle parlait d'elle et son expérience et son avenir et qu'elle m'avait déjà rangé dans le grenier avec les vieilles affaires qu'on ne viendra jamais rechercher, quand j'avais compris ou cru comprendre cela, j'avais dis cette phrase épouvantable d'un air totalement détaché : Tu m'avais dis que tu avais toujours un coup d'avance, je ne pensais pas que tu étais si près de la vérité. Cette phrase assez vacharde l'avait totalement saisi de surprise venant de moi, et j'avais subi un déluge hystérique d'une quinzaine de minutes qui m'avait rendu heureux. Le fantôme me parlait j'étais heureux. Je ne racontais pas tout cela au jeune serveur, il pensait que le fantôme était givré et moi aussi sans doute, et le fait qu'elle hurle pendant quelques dizaines de minutes ne l'avait pas plus surpris que cela. Vous savez capitaine, vous ne devriez pas vous plaindre. La jeune fille qui parle une drôle de langue, elle est quand même bien mignonne, et puis enfin elle est jeune, par rapport a votre âge, c'est quand même pas mal. Je le regarde interdit. Je trouve ça pathétique je lui dis, cette fille a la moitié de mon âge, elle est amoureuse de moi car son père est mort quand elle était jeune et elle fait un transfert. Mais c'est absolument pathétique. Mais capitaine, vous partez bien pour la rejoindre. Je pars car je ne peux plus rester ici je lui dis, je ne veux plus, et je ne veux plus écrire, je veux fuir, je vais m'enterrer loin d'ici. Je ne sais pas combien il y a de fausses morts avant la vraie mort, mais je peux te dire que je viens de mourir. Je jette les derniers manuscrits dans les flammes et je me rends compte a quel point j'en veux au fantôme de n'avoir pas lu la dernière que j'ai écrite, sans que je sache trop pourquoi, sans doute parce que je me suis escrimé a la terminer et qu'elle était déjà ailleurs, partie loin, sans que je m'en rende compte. Je réalisé a ce moment précis a quel point je l'aime et a quel point je l'aimerais toujours, et comme l'idée de ne jamais la revoir m'est intolérable. J'avais pensé a conrad je lance au jeune pour notre petite affaire : "il était écrit qu'il me faudrait rester fidèle au cauchemar de mon choix." Tu vois je lui dis c'est autre chose que ton histoire d'employé du moi. C'est toujours pareil avec vous capitaine il dit en haussant les épaules, vous demandez mon avis et c'est pour mieux vous mettre en valeur. Mais excusez moi vous me citez Conrad mais ça ne vient pas de vous et puis le fantôme n'est pas un cauchemar. Je remonte sur le bateau et je prends deux chaises et une bouteille de vodka. On s’assied et je lui verse un verre. On trinque. Je repense a la jeune fille, vous seriez riche, je comprendrais capitaine, on pourrait dire qu'elle est avec vous pour l'argent, mais bordel, vous êtes totalement fauché et ruiné, c'est pas un compte en banque que vous avez ce sont les gorges du verdon, vous mangez pas a votre faim et d'ailleurs vous avez maigri. Non ça c'est l'angoisse. Elle risque presque la prison pour venir vous voir, vous avez vu comment elle tremble avant de passer la frontière. Exagère pas je lui dis. Enfin vous avez pas un flèche capitaine, si vous vendez le bateau c'est bien pour éponger vos dettes. Si ça les éponge je soupire. Et c'est pas pour les papiers non plus, elle n'a aucune envie de vivre ici. Elle me croit jeune et riche et équilibré et raisonnable je dis. Elle croit que je suis tout l'inverse de ce que je suis. Les derniers manuscrits crépitent dans les flammes, je n'ai pas vu passer ces dix ans auprès du fantôme, je n'ai pas réalisé tout ce qu'ils représentaient. C'est toujours pareil je crois, c'est quand on a tout perdu qu'on se rencontre a quel point on était heureux et chanceux. J'ai compris une chose sur moi je dis au gamin, je suis mon père, je suis mon grand-père, je viens enfin de comprendre comment ils étaient. Je suis pareil a eux. Je comprends maintenant leur mélancolie je dis, ou ce que j'ai toujours interprété comme de la mélancolie. Au fond mon père n'était pas si heureux en famille, il s'échappait dès qu'il pouvait. Il était passé devant tout le monde pour conquérir ma mère, tous les jeunes hommes qui arrivaient de province venaient dès qu'il pouvait faire assaut du bureau de ma mère. Ma mère vénérait mon père. Toute sa vie. Comme ma grand-père vénérait mon grand-père. Toute sa vie. Comme mon arrière grand-mère l'aurait sans doute fait. Elle avait porté le noir pendant plus de 60 ans, veuve d'un homme qui s'était suicidé en se jetant d'un toit. Peut-être que mon arrière grand-père aussi s'emmerdait. Lui aussi a fui. Mon père subissait la vie de famille car il fallait bien au fond, avoir une famille a cette époque, je me suis toujours demandé s'il n'avait pas une maîtresse cachée, lors de ses escapades du dimanche matin et du mercredi après-midi, même s'il parlait toujours du film ou de l'exposition qu'il avait été voir. Mon père aussi était un séducteur, il s'amusait a draguer les mères d'élèves, faisait la roue, comme moi aujourd'hui. Mais au fond comme mon grand-père il s'emmerdait. J'ai toujours pensé que nous avions une sorte de malédiction. Sauf que moi je n'avais pas rencontré une femme comme ma mère et ma grand-mère, en totale admiration, ou bien que je n'avais pas su la voir. Je n'avais pas non plus les mêmes précautions sociales. J'ai toujours pensé que j'étais ce type au bord de la route qu'on prenait en stop mais qu'on ne gardait pas chez soi à la fin du voyage. Jusqu'à aujourd'hui la vie m'avait donné raison, sans doute par ma faute, sans doute parce que je n'ai jamais montré mon amour ou ma passion pour une femme. Et aujourd'hui encore la vie me donne raison, je suis un auto-stoppeur de la passion, on m'embarque pour un voyage, mais ce n'est jamais moi qu'on ramène a la maison. Je me suis tu un peu étonné de ce que je venais de lui dire. Je devenais aigri et revanchard je me suis dis, ca y est je deviens un vieux con, il est vraiment temps que je disparaisse et que je m'enfouisse loin du monde. Il a hoché la tête. Une fois vous l'avez fait il m'a dit, une fois vous avez voulu...je t'ai dis de fermer ta gueule là-dessus je lui ai dis durement. Et puis je n'ai pas été au bout, le sujet est clos. La dernière nuit a envahie le port désormais, je regarde le bar ou les types ont reprit leurs activités quotidiennes, picoler, jouer aux cartes. Je prends la direction du rade et quand on entre je dis au gamin de payer une tournée générale et qu'il se remboursera sur la vente du bateau. Je trinque avec le vieux au comptoir, je lui dis que je ne reviendrais pas. Elle vous a mis le grappin dessus alors, je savais que le fantôme reviendrait vous chercher il dit, je le savais, c'était écrit, je n'ai jamais vu une femme aimer autant un homme, je n'ai jamais vu un homme fondre autant devant une femme. Je sens le givre m'envahir le coeur, comme un froid permanent qui l'empêchera désormais de battre et je me dis que je ne laisserais plus personne m'approcher. Quoi qu'il arrive désormais il sera bien à l'abri mon coeur. Gelé jusqu’à ma mort. Faudra que j'en fasse don a la médecine il pourra servir de générateur pour des frigos et des congélos. Je jette un oeil au magicien, après notre petite friction du midi je lui dis adieu. Je vous l'ai dis il murmure d'un air un peu lugubre. Vous passez les uns après les autres et moi je reste, alors évidemment elle ne m'appartient jamais, mais moi je suis toujours auprès d'elle. Il n'a pas tort même si je me demande si au fond ce n'est pas lui qui souffre le plus, attendant une chose qui n'arrivera jamais. Je parle a quelques uns des joueurs de carte, ils semblent heureux pour moi, s'ils savaient que je pars vers le brouillard et les ténèbres je me demande ce qu'ils penseraient. Plus tard je dirais cela au gamin alors que nous serons revenu près de feu et je m'excuserais pour cet accès de sensiblerie crétin qui m'a fait aller dire au revoir aux autres du port. Tiens une idée je dis. C'est pas de moi, c'est d'arnaud michniak je lui dis mais vous pensez quoi de "personne ne m'arrêtera puisque je vais nulle part". Encore et toujours une citation il dit. Au fond elle a beau dire que je suis un gentleman le fantôme c'est la raison qui l'a fait me quitter, elles sont toutes pareilles en fin de compte, elles aiment bien les types qui ressemblent a des sparring-partner et qui servent de faire-valoirl mais elles partent toujours avec le boxeur vedette. C'est une idée il dit le gamin pour détendre l'atmosphère, l'amour c'est un sport qui se pratique a deux personnes, mais a la fin c'est toujours le capitaine qui se retrouve tout seul. J'aime bien je dis, c'est autre chose que ton histoire d'employé du mois. J'apprécie qu'il se moque de moi, je deviens pénible a me plaindre tout le temps. De ce que je suis et ce que je ne suis pas. Je me complais dans ce rôle trop facile. Après sa crise d'hystérie que j'avais bien mérité sans doute, le fantôme est revenu en fin de soirée. J'étais sur le pont, je me disais que c'était ma dernière vraie nuit sur le bateau, je savais que j'allais partir. J'étais surpris de la voir je ne pensais pas qu'elle reviendrait. Elle s'est excusée tout d'abord sans que je comprenne trop pourquoi, parce qu'entre nous c'est moi qui avait été dégueulasse. Elle m'a dit que je ne méritais pas cela, de me faire engueuler de la sorte et j'ai haussé les épaules en disant que de toutes façons on me disait toujours que je ne méritais que ça tombe sur moi mais que comme ça tombait sur moi et que donc je devais le mériter. Il faut bien des punchings ball pour que les boxeurs se défoulent. Je me suis dis que c'était la plus belle femme du monde et qu'il fallait vraiment être un putain d'attardé mental pour l'avoir laissé partir. Je t'ai écris tout les jours pendant des jours et des semaines et des mois et la première fois que tu me réponds c'est pour me parler d'un autre je lui explique. C'est pas une excuse pour ce midi mais c'est pour cela que j'étais totalement ravagé et que je t'ai dis des horreurs. On s'est parlé longtemps je dis au petit jeune, mais elle n'était déjà plus là, c'était la conversation la plus heureuse et la plus triste que j'ai jamais eu. Elle écluse le titanic avec une cuillère a café j'explique au serveur alors elle fonce sans se retourner. Je crois qu'elle ne se rend pas compte. Et tant mieux, elle vit tellement dans la fièvre et l'urgence qu'elle ne reste jamais plus de quelques secondes sur un évènement. C'est pas de sa faute. En tout cas je ne pourrais jamais la voir comme un souvenir. Faudrait être dingue pour ça. Pourquoi vous partez capitaine, si vous savez qu'elle ne reviendra pas, il me demande le jeune assez logique. Parce que je l'attendrai toute ma vie mon garçon parce que je l'attendrai toute ma vie, et que préfère ne pas etre la pour ne pas la voir revenir. C'est une épitaphe ça il dit. Je ne serais pas la quand tu ne reviendras pas. L'aube allait pointer et je me suis dis qu'il était temps de lever le camp. Je suis retourné au bateau pour prendre mon baluchon. J'ai jeté au feu les dernières feuilles que j'écrirai jamais. Le gamin semblait ému. Te mets pas a geindre comme une loutre anémiée, je lui ai lancé. Vends le bateau dès que tu peux, j'ai des dettes. Je me débrouillerai avec ce qui reste. Je vais te confier deux choses je lui ai dis. D'abord cette enveloppe. Quand le cœur de la plus belle femme du monde battait pour moi, quand son coeur battait donc par amour et non pour la représentation que l'autre se faisait d'elle, car au fond c'est ma fierté je pense que le fantôme m'aimait pour moi, les autres l'aiment pour être fier de sortir dans la rue a son bras, alors que moi je m'en foutais, je ne l'ai jamais vu comme un trophée, je ne me suis jamais vantée, et aujourd’hui je peux dire que c'est moi qu'elle aimait et non l'amour que j'avais pour elle, ce n'est pas cela qui la nourrissait. Je sais c'est totalement immodeste mais j'ai bien le droit aussi de me brosser un peu les chevilles. Enfin bref, quand son coeur battait pour moi, elle avait écrit une lettre. Au cas ou elle mourrait. Idée totalement saugrenue mais ça devait la rassurer. J'imagine que cette lettre est déchirée en mille morceaux et jeté depuis longtemps aux ordures. Sachant que je suis un homme, que je suis plus vieux qu'elle et que j'ai un mode de vie un peu particulier, il n'y a aucune chance que le fantôme meurt avant moi. Bref, j'ai copié son idée et j'ai écrit une lettre pour elle. Tu ne la liras pas, tu ne la confieras a personne, si tu ne peux pas lui remettre le jour ou tu apprends ma mort, tu la jetterais a la poubelle. Je sais que je peux compter sur toi. La seconde chose que je vais te confier c'est une boîte, tu peux la regarder après que je sois parti. Ce sont quelques souvenirs, je n'ai pas envie de les mettre a la cave et je ne veux pas les prendre avec moi, ce serait trop douloureux. Tu les gardes dans un endroit sûr et j'aimerais que personne ne puisse regarder cette boîte, toi je m'en fous tu connais toute l'histoire. Je ne la brûle pas parce que l'être humain est ce qu'il est et il vit d'espoir. Je ne pourrais jamais détruire ce qui se trouve dans cette boîte, mets la dans un coffre. Si tu as l'occasion, dépose la dans mon cercueil avant qu'on m'incinère. Sinon, si tu apprends que je suis mort et enterré depuis longtemps, enterre cette boîte ou tu veux, par exemple a saint malo ou dans un bout de gazon de la rue de lyon a paris. Ou au parc de belleville. On s'étreint quelques secondes. Tu sais je reprends je n'ai jamais trop aimé les dépressifs, si tu ne supportes pas de vivre tu te flingue, sinon tu continue de vivre même si c'est de plus en plus douloureux. Alors t'inquiète pas trop pour moi, je ferais mon malin et je donnerais le change, et je t'enverrais une carte postale de temps en temps. Je garde la lettre et la boîte il murmure le gamin, et je vends le bateau, et je mets l'argent sur votre compte. Moins ton pourcentage je rigole. Moins mon pourcentage. On a plus grand-chose a se dire, on s'étreint encore quelques secondes. Et je pars vers mon destin ou vers le rien ou vers le paradis. Je pars vers l'aube ou vers nulle part. Au fait je hurle au gamin en me retournant une dernière fois vers lui, je l'ai trouvé mon épitaphe : "Si je ne m'étais pas rencontré, j'aurais pu réussir ma vie" !

Le jeune serveur attendra quelques jours avant d'ouvrir la boîte en fer que le capitaine lui avait confié. La première photo montrait trois jeunes enfants de dos regardant une église. La photo l'ému beaucoup sans qu'il sache trop pourquoi. La seconde photo montrait le capitaine et le fantôme dans ce qui semblait un café ou un restaurant. Le reste de la boîte semblait contenir des lettres, et des centaines d'impression de mail, peut-être même des milliers, et aussi des enveloppes, des post-it, des bouts de carton, mais le serveur n'osa pas les lire. Il pense qu'il en avait assez vu. Il referma la boîte sur un amour qui ne le regardait pas.

(*1585 notes publiés depuis le 23 mai 2009, il était temps que ça se termine ! Voilà qui est fait )

(d'autres aventures : macrofictions.over-blog.com ruedespyrenees.over-blog.com poesiedubrouillard.over-blog.com ) (et même la suite http://maviesansbiture.over-blog.com )

13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 08:14
La crémation des sentiments

Une personne qui ne te comprends pas c'est sans doute ce que cherche chaque être humain en ce bas monde. C'est tellement plus simple. Au fond on ne veut vivre que de sa solitude. Allez tous vous faire enfiler avec vos sentiments, ne revenez plus avec vos petits discours acariâtre. Une femme en robe de mariée se fait maquiller devant le pont au cadenas. On dirait que la vie s'amoncelle en petits détritus sans importance, en des pensées fétides aux frontières de l'absence. Nos vies sont des présences qui n'occupent plus personne. Il n'est plus d'illusions, plus de suffisance, plus même de relations entre les mots que j'écris. Le tourment est un sentiment que je n'ai jamais mérité. Des gens continuent de courir le long de la seine dans une aube qui se fait de plus en plus tardive. La vie n'est qu'illusions factices, sentimentalité de gerbe, alcool mal ingurgité, drogue non maîtrisé. Des gens crient pour qu'on ne les entende plus, des murmures se pâment pour qu'on les branle. Arrêter c'est aussi ne plus rien comprendre, se retrouver face a la vie, se dédouaner a nouveau de la mort. Des femmes habillées en robe de mariée se font maquillées a 7 heures du matin sur le pont aux cadenas pour prendre des photos ridicules devant notre dame, des crétins en baskets courent le long de la seine pour se croire en bonne santé. Je dévie ma douleur pour ne pas qu'elle prenne une route qui ne ne te concerne plus, je me noie au fur et a mesure que les autres pensent que je m'enfonce dans le bonheur, même si comme tout le monde, je comprends que ce n'est pas possible d'oublier. En fin de compte, on ne peut que remémorer les événements dans la vie puisqu'on ne sait pas les vivre et pus les revivre. Dans un grand feu de joie, je dépose mon âme, mon cœur et tout mon être. Je ne vais même pas fuir en allant au cinéma ou en voyageant vers je ne sais quelle destination idiote. Je vais désormais vivre auprès de gens qui ne me comprennent pas et que je ne comprends pas. Je vais essaimer mes souvenirs pour me rappeler la vie d'avant. J'irais peut-être fréquenter le peuple fantôme mais je sais bien qu'en fin de compte je retournerais dans le pays ou les gens n'existent pas. Je resterais auprès d'eux, dans le silence et le vide, tournant les pages des livres de ceux qui sont édités, feuilletant la rage et la fièvre alors que dehors le froid, le silence envahira l'espace et que la dictature vérifiera que les gens continuent de ne pas vivre. J'ai envie de vous dire adieu mais je sais bien que j'y reviendrai. J'ai envie de vous dire adieu pour que vous viviez a votre tour mais je sais bien que j'y reviendrai. Je sais bien que je reviendrai. Même si je ne suis plus la. Je sais que je reviendrai.

Published by ma vie en biture - dans elle sans moi
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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 06:19
La maldonne des sleepings

Ils s'enlacèrent, apaisés, dans le silence d'une harmonie pure. Jusqu'à ce qu'il ajoute avant de sombrer dans le sommeil :"Le pire c'est que je vais reprocher à toutes celles qui vont vous succéder de n'être pas vous."

Tonino BENACQUISTA

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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 18:29

 

 

 

Je me souviens de comment c'était parfois, comme des illusions de vie encore un peu prégnante. Plus personne ne fait attention a moi je crois ou alors c'est moi qui ne fait plus attention aux autres, ou alors c'est un peu des deux. Je pose ma gueule de bois sur le bar, je dépose les images de toi, les photos de nous, les murmures et les pensées. Nos vies en suspend.  Le petit vieux ricane, il dit vous, j'aurais jamais pensé ça de vous, de tout les autres hommes du monde, mais pas de vous. Je t'entends dire "c'est dingue" en riant. Le serveur pose son petit sourire, et il me demande ce que je veux boire, une verveine, un whisky, une bière ? Je suis un peu ivre déjà, tu sais je lui dis, je suis solaire, je suis comme touché par la grâce. Alors tu peux te foutre de moi. Une mousse pour mon ami et moi. L'autre crétin avec son chapeau fait rire tout le café en disant, moi captaine je crois que vous êtes plus touché par la graisse en ce moment. C'est ça renchéri la fracassée alcoolique, quand on ne court plus après les filles mais qu'on passe son temps a en attendre une. On fait du gras. Bordel vous, dit le petit vieux après qu'on ait trinqué, vous, je ne peux pas y croire. Vous ne croyez pas que vous êtes trop vieux pour ce genre de conneries ? Et si c'était le reste les conneries, je lui réponds, si j'étais trop vieux pour les conneries justement, si je devais réaliser que j'ai le double de la vie que je mène. Mon corps me le rappelle tout les jours je lui dis. Ma vie est un film de depardon dans le désert j'ajoute. Ah oui dit le petit malin, j'ai toujours trouvé que vous ressembliez étrangement a sandrine bonnaire dans la captive du désert. Je vide ma bière, je me tâte pour un picon. Il pleut dehors. Dire que certains dorent au bord d'une piscine me dit l'autre jaloux avec un clin d'oeil bien appuyé. J'ai connu quelqu'un comme toi, je dis, qui dépensait tout son énergie pour faire du mal. Tu dois être triste quand tu rentres tout seul le soir chez toi. Le vieux se marre. Bordel le capitaine est devenu curé rigole le serveur pour faire tomber la pression. Non je réplique je vacille vers le temporel. Je laisse un billet, je dis au serveur de repayer un coup au vieux. Chaque seconde je vis en dedans je me dis. Peut-être que je m'éloigne du monde. Sans doute que je me rapproche de toi. Tu souris au bout de la jetée, même si tu n'es pas la, je sais que tu souris. Ca ira bien comme ça. Ca suffira pour moi. Ca  m'aura suffit tout ce temps là. Même si aujourd'hui tu n'es plus la. Si aujourd'hui tu n'es pas la.

 

 

 
Souvenir de la vie du port
Published by ma vie en biture - dans la vie du port
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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 09:26
Un temps qui passe

Je souffle une bougie qui n'est plus allumé. J'avale un peu de vent pour ne pas perdre mon souffle. Une femme tchétchène m'offre un paquet de chewing-gum alors qu'elle n'a quasiment rien pour vivre. Je souffle une bougie qui n'est même pas allumé. Qui n'est même pas posé. Sur un gâteau imaginaire. J'envoie une toute petite bouteille à la mer qui ne contient même pas de message. Il faudrait que je lui parle un jour. Des femmes en robe de mariée pose sur le pont aux cadenas derrière notre dame. Des gens courent dans la fraîcheur d'un matin de plus. Je m'ennuie je me dis, j'ai comme l'impression que je suis au bout d'une route. J'aimerais partir vers la mer, vers le vent, vers la pluie, je laisse le sud aux autres. Canicule en été, inondation en hiver et maire front national ça ne m'excite pas particulièrement. Une femme m'offre un parfum hors de prix et me remercie de tout ce que j'ai fais pour elle. Ma soeur me demande si je vais a la messe pour l'anniversaire de la mort ma mère. Il y a encore des messes pour notre mère je lui demande surpris. J'héberge un garçon nigérian qui est de passage et que j'ai connu dans le pays ou les gens n'existent pas. Il veut manger un kebab. Ma collègue du politburo gueule parce que je renifle et me demande pourquoi je ne me mouche pas. J'ai jamais su je lui réponds. Ma vie est une image qui ne vieillit pas mais qui ne change pas, je constate la répétition des événements qui se succèdent et ça me déprime. Curieux ce sentiment que plus on vieillit, moins on accorde d'importance à la valeur des choses. Curieux ce sentiment que plus on vieillit plus on accorde d'importance à la valeur des choses. Je dois souffler les bougies, je dois éteindre la bougie. Je ne dois plus écrire mes états d'âme ridicules sur des bouts de papier que je lance aux mouettes face a la mer. La douleur n'existe pas, la vie n'existe sans doute plus. Les jours sont des esquisses qui ne sont jamais tout a fait terminés. Je ne rumine plus le désarroi des jours. La vie reste cette sensation qui ne veut jamais vraiment se révéler. Nos âmes sont des fantômes qui ne veulent plus vraiment apparaître. Plus réellement apparaître.

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 21:53
La vie viendra, petite...

Nos vies sont des cascades qu'on ne peut plus arrêter mais parfois je sais bien que je ne suis plus en état de dévaler les pentes, que je dois m'arrêter, réfléchir, accepter un peu plus les tourments, alors je prends un verre de vin et je le vide et je me dis je vais me rapprocher de toi mais ça ne sert qu'a me regarder le foie qui ne va pas et a pleurer un peu sur moi, espèce d'escroc que je suis, et puis je reprends la route, je reprends le bateau qui me fait dévaler les pentes et je me reprends un peu moi-même, et je devine que nos vies ne seront jamais balisés parce que nous ne sommes pas faits pour le mièvre, nous ne pouvons espérer la tranquillité, on sait bien qu'on devra toujours affronter des tempêtes, alors parfois si je m'assois sur le bas-côté et que je me laisse aller, c'est juste parce que je suis renversé par cet amour et je devine un courage chez elle que je n'ai pas et je devine chez elle une force que je n'aurais jamais. Alors je me gifle et je fracasse ma gueule sur des murs de béton, parce que je ne mérite pas toute cette attention, je ne mérite pas l'étreinte et la passion de la plus belle femme du monde. Mais je lui tends mes lèvres et je la regarde en moi. Je me regarde en elle. Même si ce n'est plus elle. Même si tu n'es plus là.

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 17:37
Perception de l'absence

Et puis je reprends mon souffle, je devine les interstices du vide qu'il me faudra combler pour parvenir a continuer de vivre avec cet air serein malgré tout ce que je ne vis pas, malgré tout ce que je ne vis plus. Et puis je dépose mon âme au creux de tes reins pour que tu ne la laisse pas s'évaporer complétement, même si je me suspends dans d'autres senteurs olfactives, même si je me suspends vers l'ailleurs. Alors je dessine une vie qui ne pourra pas durer très longtemps mais qui sans doute m'aidera pour quelques temps, mais qui m'aidera sans doute pour encore quelques temps. Alors je retire les douleurs mécaniques de mon esprit, je défie les abjectes et fallacieuses pensées qui occupent mon vide membrane. J'aimerais ne plus être je crois, ne plus être ce type un peu vain, ne plus être cette morphologie un peu terne, j'aimerais mieux ne pas comme disait l'autre. Mieux ne pas.

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 16:52
Douleurs répétitives

J'ai effacé les traces de mes yeux sur les larmes des autres. La nuit on entends plus que des murmures succincts, des entrechats de voix. De la vie qui lasse. J'ai rassemblé les membres que j'avais disséminé un peu partout, effacé les traces de ma présence dans l'esprit d'autrui. Parfois on pourrait croire que la vie n'existe plus. Peut-être pas. Je bois des verres d'un vin qui a la couleur d'un sang de naguère. Je vois des guerres ou s'affrontent de pauvres petits squelettes qui n'ont plus la parole. Je devine le soleil a travers un vitrail d'une église de naguère. La plainte vient de loin, comme des cris un peu vains, qu'on ne peut oublier. Des voitures meurent sur des murs de métal. Un homme croque des glaçons dans une langue qui n'existe pas. Des cancers regardent un peu lointain, une vie qui se déconstruit. Des douleurs sarcastiques se font jour en pleine nuit. Un homme vacille dans une langue étrangère. Les vagues parfois redoublent sur la ville un peu terne. De la mélancolie on ne peut s'extirper. Une rumeur n'enfle pas comme éteinte en plein vol. On dirait que le souffle raréfie la parole. J'ai dessiné mon âme à l'ombre de tes pensées. Laisse moi me suspendre. Aide moi suspendu.

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 16:49

http://laregledujeu.org/files/2012/05/Moonrise-kingdom_Wes-Anderson.jpg

 

Je tiens ta main dans le vide. Dévide les douleurs de mon âme sur le sable. Le sable que j'inspecte pour chercher les traces de tes pas. Je marche sur les pavés de la ville aux remparts ou j'erre parfois la nuit pendant que les gens dorment. Je tiens la main du fantôme qui vogue sur les flots. Le soleil joue avec les nuages, parfois le vent balaie le sable en un léger tourbillon. Je n'ai pas bu depuis des jours quand je rencontre l'alcoolique sur la jetée. Je n'ai pas vu ma fille depuis des jours quand je la rencontre au coeur de la cité intra-muros. Le tout petit enfant frisé parle dans un téléphone portable. Les nuages passent et repassent dans le ciel. La mer vient mourir au pied des rochers puis repart au loin. Le vent fouette le lieu ou le curé sourd et hémiplégique a taillé des visages pendant des dizaines d'années.Des enfants hurlent dans le petit parc. Le jour se lève. Et puis un autre. Le jour se couche. Et puis un autre. J'attends que le fantôme vienne déposer sa main dans la mienne. Des nuits se couchent sur des vies en sursis. Nous sommes loin l'un de l'autre, si prêt l'un de l'autre. Des cerfs-volants tournoient dans le ciel. Des surfeurs caressent les vagues. Le tout petit enfant court sur le sable. L'alcoolique vacille sur les remparts. L'eau coule entre les pavés. Les bateaux s'effleurent  dans le port. Ma fille me dit on ne te voit plus. Je cherche les voitures qui parlent dans le noir. J'attends le fantôme pour me tenir la main. Nos pieds nus crissent le sable. La marée descendante. Des vies monotones qui attendent un éclair. Nous sommes des conquérants de l'impossible. On s'enfonce dans la mer. Je crois que je n'aurais bientôt pu pied me souffle le fantôme à l'oreille. Je hausse les épaules en regardant la lune pleine. Et puis je tiens sa main plus vigoureusement et on continue d'avancer. Je crois que plus rien ne peut nous arrêter. Plus rien ne peut nous arrêter. Je vais devenir fantôme pour te retrouver. Devenir fantôm et te retrouver.

 

 
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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 10:36
La vie sursis

Alors ça finira comme ça, je crois, ça finira comme un truc un peu honteux dont plus personne ne se souvient, ça finira comme ça n'aurait pas dû commencer, comme ça n'aurait jamais du terminer, la vie n'est pas faite pour les gens comme moi, la vie est faite pour les gens pleins de certitude, la vie n'est pas fête pour les ahuris comme moi qui se demandent encore pourquoi ils sont sortis du ventre de leur mère, alors je bois des picons pour oublier ce que je fous la, une fille assez jolie dans le genre de la plus belle femme du monde une petite brune avec pas trop de cheveux, dit qu'elle me connait mais je la vexe en lui expliquant que je n'ai aucun souvenir d'elle. Ca continuera comme ça je crois, je vais renverser les tables, et puis passer mon temps dans le pays qui n'existe pas au milieu des fantômes qui ne peuplent pas les rues. Je rêve de vies qui n'existent plus, j'écris des lignes que personne jamais ne lira, j’écris des phrases que plus jamais personne ne lira, le monde est une souffrance que je ne mérite pas. Je traverse des haies qui ne se dressent pas, je parle a des squelettes qui ne me répondent pas, j’atteins des sommets inutiles qui ne se franchissent pas, je me rends compte a quel point mon cauchemar est inutile, je me déverse dans des rivières qui ne coule plus. Je trouve refuge dans la littérature des autres, je continue d'empiler des livres dans le placard ou je vis, j'écris sur des affiches au feutre transparent, je cris dans un désert que plus personne ne traversera, j'écris dans un désert que plus personne ne foulera. Il restera le brouillard, un brouillard définitif. La vie est une défaite que je ne maîtrise pas.

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