Jeudi 17 mai 2012
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Maria m'attendait sous un arbre. Avant que je dise un mot, elle m'a embrassé sur la bouche. Sa langue à plongé jusqu'à ma gorge. Elle sentait la cigarette et le
repas cher. Moi je sentais la cigarette et le repas pas cher. Mais les deux repas étaient bons. Toute la peur et la tristesse que j'éprouvais se sont évaporées immédiatement.
Roberto BOLANO
Par ma vie en biture
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Mercredi 16 mai 2012
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17:06
Un moi. Un mois sans toi. Un moi sans toi. Un pas de deux qui devient de l'absence. Un pas heureux. Un toit. Toi et moi. Je me souviens de tes yeux, comme ils s'ouvrent, comme ils se figent dans
les miens. Je me souviens de tes mains, de ta bouche et du reste aussi. Je me souviens du goût sur le bout de ma langue. De ta salive sur mes tétons. Et puis de tes yeux qui basculent, de
tes yeux qui bousculent toutes mes certitudes. Un moi sans toi. Un toi sans moi. Un toit sans moi. je sens encore ta peau sous ma paume, je ressens encore tes cheveux qui craquent sous mes
doigts. J'entends encore ta voix, de çi, de là, comme un écho du fond de toi, comme une lueur au terme de moi. Du moi. Moi sans toi. La vie ce n'est pas ça, dis. L'absence de toi. Disparition du
moi. Un mois sans toi. Un moi sans toi. Un mois sans moi. Parfois j'essuie des larmes mais pas souvent, parfois. Parfois je rends les armes mais pas souvent. Jamais. Un mois déjà. Tu me reçois.
Un mois sans toi. Un mois sans moi. Un mois de plus, un moi de trop. Toujours, je rêve de toi. Toujours. Je prends tes jambes à mon cou, j'attends ton coeur, j'entends ton bonheur. La vie
sans toi ça ne durera pas. La vie sans moi ça ne durera pas. J'attends au bord de toi. J'attends. Tu reviendras.
Par ma vie en biture
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Mardi 15 mai 2012
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19:57
J'entends son rire qui me remue les entrailles et qui me fait comme des bouffées d'oxygène dans mon corps fatigué, dans mes membres vermoulus. Je passe devand le quick ou il y a des souris mais
j'ai un autre souci. Elle ne réponds plus. Je suis ronchon. Je vadrouille mon âme dans des contrées lointaines. Ma mère qui me dit qu'elle n'a plus la force de tirer son caddie, qui me
demande de venir faire ses courses. Les gens qui rigolent dès qu'il voit ma gueule. Le son qui vient et qui revient dans la salle gorgée de monde du café chérie. Les discussions qui n'en
finissent plus après le film, fille avec fleur dans les cheveux qui dit bon une dernière question et puis vous continuez a jacter dehors car nous on va plier. Mon visage chaud et rouge sur lequel
on pourrait faire cuire un oeuf. La fille jeune et un peu ivre qui me demande ou on peut voir le film bulgare dont je viens de parler. Les enfants congolais qui balaient le sol. Sa voix qui
revient et ma rogue animal. J'écoute la musique et je répète les pas, je me dis c'est bien a rennes je pourrais m'entraîner sur le balcon. L'eau qui déborde dans la casserole fumante. J'entends
son rire comme un coup de serpillère sur le dégoût de mon existence. Elle disperse mes cauchemars du matin, même si je suis ronchon. Je est un con. La responsable du politburo qui me tresse des
louanges et je me demande si ce ne sont pas les ennuis qui commencent, je commence a sentir la jalousie dans les mots des autres. Le barbu toujours ivre mort vient écouter les musiciens, du coup
l'accordéoniste se barre et l'ambiance retombe. Je croise des douleurs qui vacillent je décroise des malheurs qui s'enferrent. Elle me dit j'ai perdu deux tailles comme si c'était un exploit
olympique, bordel t'es pas dingue je me dis, tu vas mettre quoi ? Du dix ans ? Bordel tu es rouge me dit fille enceinte avec son air de petite fille mature. Je croise l'enculé et nos yeux se
révulsent. J'entends ta voix pendant que je traverse la seine, pendant que je déverse mes haines dans mon esprit sénile. J'entends tes mots qui dansent dans mon cortex comme un bolide dans la
nuit. J'entends tes mots qui dérobent mon propre moi. J'attends tes mots qui me tremblent d'émotion. Nos vies sont le reflet de nos âmes, nos vies sont un miroir qui se réflechit. Nous sommes
l'image de l'autre. Nous sommes l'image de l'un. Nous sommes deux. Nous sommes un. Nous sommes.
Par ma vie en biture
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Dimanche 13 mai 2012
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23:32
Ils commencent en lisant a tour de rôle du perec. Des extraits d'espèce d'espaces. Je me demande comment je n'ai pas fait le rapprochement plus tôt. Ensuite ils dansent entre des peintres et des
graffeurs qui ont leur atelier au cent. C'est le matin je me suis levé tôt. La veille à la mer a boire, tout le monde a bien rigolé quand j'ai commandé un café alors que tout les autres
s'arsouillaient au vin blanc et au ricard. Du coup je suis en forme dès le dimanche matin, c'est jours de brocante dans tout le quartier, la rue des pyrénées est blindée de monde, après le
marché, c'est la brocante. Je suis ému par la danse, par le piano des gymnopèdies d'erik satie qui résonne dans l'immense salle du cent. Je suis traversé par tes mots, bouleversé par tes
émotions, ébloui par tes respirations qui me transportent et me transpercent. Je suis enivré par ta douceur et tes silences, par ta douleur et ton élegance, je suis retourné par ton admiration et
tes certitudes. Elle parle de le corbusier, des dimensions du cabanon, deux fois le corps d'un homme en longueur et en largeur et de sa petite hauteur. Ensuite a tour de rôle ils imaginent
une chorégraphie qui ne doit pas dépasser les dimensions du cabanon. Je suis de plus en plus ému, j'essaie de me souvenir des gestes, de l'amplitude du corps, des mouvements. J'essaie de lancer
mes bras, de retrouver la prestance. Le type dans le public qui me demande si je n'ai pas de soucis a toucher des gens que je n'ai jamais vu, a prendre dans mes bras des femmes que je n'ai jamais
vu. Tu n'y penses pas je lui explique, ou alors c'est peut-être moi qui ne pense pas. Nos vies sont des romances que nous ne pouvons contrôler, des interstices ou nous arrivons parfois à nous
faufiler, nos vies sont des créances sur l'avenir, des dettes que nous ne paierons jamais. Nos corps se réclament pendant que nos esprits surchauffent, nos douleurs se dégradent mais parfois nous
les annihilons, elles deviennent comme des vagues au loin, perdues dans l'horizon. C'est la fournaise sur le balcon ou nous devons répeter. Le type est charmant, il nous ramène une grande
carafe d'eau avec des glaçons, je comprends que j'aurais la gueule comme une fraise haribo en fin de journée. Le type nous ramène des chapeaux de paille du plus bel effet, l'espace est plus grand
qu'on ne le croit ce qui fait que les répetitions se passent bien. Du balcon du sixième étage ou nous sommes, on voit très bien les quais de la gare de lyon et les gens qui descendent des trains.
Mon coeur se serre un peu et puis je me concentre pour compter les temps et suivre la musique. Curieusement je ne ressens pas de vertige quand je me penche au dessus du balcon, je ne vois pas le
sol en bas, je n'ai pas peur du vide. Je devine tes angoisses répétées, je serre un peu mon coeur pour ne plus qu'il saigne. Nous sommes dans le vide, suspendus a l'irréel, nous regardons nos
corps qui volent l'un vers l'autre. Il fait grand soleil tu sais, il fait peut-être nuit. Nos lèvres se diffusent des mots qui nous rassurent. Nos âmes s'unissent, encore, un peu plus a
chaque fois. Nous sommes dans le vide. Mais nous ne trébucherons pas. Non, nous ne tomberons pas.
Par ma vie en biture
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Samedi 12 mai 2012
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22:03
Pendant que des vies se déroulent sur l'écran de mes émotions, je regarde mes mains qui tremblent. Je sais que ce sera soir de biture, ou de tempête, et je sais que je voudrais te parler, te
pleurer dans les bras. Je me maudis de mes faiblesses je serre les poings les dents et puis je prends une canette au bar improvisé du squat qui n'en est pas vraiment un. La vie déraille parfois
quand les trains sont a l'heure. La vie duraille de mes pleurs en sursis. Je voudrais que tu sois là tout de suite comme un caprice débile. Et je pars en vagues effrenées, je retiens ton absence,
je reprends mon errance, la ville se minuscule comme une maquette un peu défaite. Je croise de l'air et je me souviens que tu aimes même mon souffle. Alors je ris dans les rues qui serpentent et
qui montent de ménilmontant. Alors je pleures dans les rues qui dérivent dans belleville. Je déverse des larmes sur le pavé de la nuit. Je cherche ton reflet. Je cherche ton visage. Je te dessine
avec mes pleurs sur les murs. Je te dessine pour que tu deviennes réelle. Et je sais que tu es la. Je te vois. Tu es la.
Par ma vie en biture
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