
Tellement de choses à faire. Tellement. Bien simple même pas le temps de picoler quasi, ou alors des petits verres de ci de là, ou alors. Tellement à lire, lui écrire, lui dire comment j'ai aimé ce livre, comme j'ai aimé la grand-mère et belgrade. Lui dire non pas le brésil bof. Pourquoi le brésil, comme écrirait l'autre. Les films qui se succèdent, le réalisateur me dit non mais une fois que tu as vu cavalier tout te paraît vain, tu vois haneke, c'est tellement sous contrôle, tellement, alors le brut le cavalier, le au commencement était l'émotion ça balaie tout le reste. Tu vois des films intéressants comme dirait l'autre mais il ne reste que cavalier forcément. Hier soir, tu as fait ton beaujolais nouveau tout seul dans la cuisine, tu faisais la vaisselle, rangeait des restes dans le frigo, préparait des plats, le podcast sur les oreilles tu écoutais le masque et la plume. L'écrivain de droite te fait de plus en plus rire, tu te dis il est vraiment génial comme critique, c'est vrai tu l'aime bien, tu essaies de te convaincre que si ça se trouve il aime le petit empereur, après tout. Le masque et la plume cinéma tu peux pas t'empêcher t'es pas tout seul. Surtout s'il y a l'écrivain de droite, tu n'es pas tout seul, toute l'émission tu penses un peu a celle. C'est peut-être son influence tu te dis. Tu écris aussi, tu réponds à ton beau Lo, qui dit cette fois c'est fini, je fais mes paquets et je pars, tu le savais, tu l'as compris la dernière fois, tu savais qu'elle te détestait, car elle savait que tu étais l'ami de celui qui allait partir. Tu savais en quittant Prague la dernière fois, enfin en fuyant plutôt, tu savais que c'était un adieu. Il dit je vais venir à Paris. Je vais passer à Paris. Tu ris aux éclats quand les critiques dézinguent le film qui se passe au louvre, tu es obligé de t'arrêter, l'économe suspendu en l'air, les épluchures qui pendent de la patate pour des lambeaux de vie un peu fragile. Heu tout va bien. Tu aimes ce moment irréel, quand tout les enfants s'assoient au pied des globes, comme elle raconte l'histoire tout doucement, ces si petits corps dans ce si grand endroit, la très grande bibliothèque semble un peu plus humaine, un peu plus vivante, avec tous ces enfants qui dessinent allongés sur la moquette. Les statues au dessus du parc, il fait gris clair, les voitures en dessous, la seine en dessous. Tu aimes ce moment. La tête de l'enfant malade qui se pause sur ton épaule. Tout va trop vite, un moment est à peine arrivé que le suivant doit passer, tu commences à comprendre, plus on vieillit plus le temps passe vite, tu commences à comprendre, tu évites le beaujolais nouveau, ou tu oublies, enfin tu ne sais plus trop en fait, le lendemain tu bois un bon buzet en faisant la cuisine. Tu ressens de plus en plus de nostalgie pour ces moments déjà envolés, tu as marché un peu avec celle qui ressemble à un petit oiseau fragile de l'extérieur, mais qui te semble d'une force incroyable à l'intérieur. Vous remontez la rue de tolbiac il fait un peu froid. Tu n'aimerais pas l'avoir comme ennemie tu te dis, elle semble si forte, elle te fais presque même un peu peur, sans que tu comprennes la rationalité de ce sentiment. En plus elle t'écrira et créera un mot pour te dire son amitié. Le cinéaste te plaît par sa radicalité, il te dit comme tout à changé, je lui dis oui moi aussi quand je suis revenu je n'ai pas reconnu la ville. L'inverse de toi. Le type du politburo qui dit a mes collègues, faut me le soigner hein, il y a tellement peu d'hommes, une autre qui me dit, c'est un métier de femme. Une fille assez jolie j'imagine, une grande blonde, avec les cheveux comme la belle des champs, habillée moderne et toc, je la trouve particulièrement chaleureuse, c'est un métier de femme elle me dit avec un sourire entendu. Je comprends qu'elle est sympa avec moi car elle me croit homo. En classe déjà, les filles soit disant belles que tout le monde draguait devenaient potes avec moi car elles me croyaient homo car je les draguais pas. Elles voyaient comme je m'en foutais. En fait non c'est juste que j'ai pas le même sens de la jolitude que les autres. Tout le passage sur ta grand-mère, tout le passage sur ta famille c'est formidable. C'est pour ça que j'aime pas le brésil, il n'y a plus ta famille. La famille tiens. Ma mère qui semble donner le change, je sais qu'elle sera en forme jusque Noël, elle reverra sa fille, sa petite fille. C'est après je me demande. Quand tout le monde sera reparti. Tiens comme moi. Quand elle sera partie, je me demande comment je vais réagir. Il me restera la littérature. J'ai plus le temps de rien. Plus le temps d'écrire, de me poser, de lire, de chercher, de travailler. Mais en fait c'est ce qui me plaît. Je cours, je cours, je ne supporte pas l'absence du mouvement, alors je continue comme le hamster en cage, monter et remonter les escaliers, faire tourner la roue. Fais tourner comme disait l'autre. Donne moi un peu de souffle et fais tourner. Je peux plus m'arrêter.




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