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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 19:29

 

Drôle d'arrivée au port. Il n'y a plus personne que je connais. Je m'en fous, le but c'est de boire, de boire, de boire et encore de boire. Je m'en fous que tout le monde soit mort, je m'en fous que tout le monde ait disparu, je m'en fou que l'autre soumise ait tout fait disparaître. Aucune importance. Je m'installe au zinc, il y a une jeune fille qui me demande si je pourrais lui faire visiter mon bateau un jour, et puis ensuite elle enchaîne en me demandant de lui payer une verre. Deux pintes, je commande au type fatigué derrière son comptoir. Et deux verres de jack daniel's.  C'est chez les laotiens que j'ai appris ça, bière et jack. Ou les thaïlandais je me souviens plus trop. J'avais ton âge je lui dis, un peu plus tard, j'avais vingt ans. J'ai pas 20 ans, j'en ai 19 elle réplique. Bordel je pourrais être ton grand-père je lui dis. C'est mal le connaître elle rigole. La fille est vite bourrée. A un moment je crois qu'elle va vomir aux toilettes. Traîner pas avec cette fouteuse de merde, me glisse le serveur alors que je commande une quatrième pinte. Du coup, faudrait pas que je traîne avec moi-même je lui réplique, faudrait surtout pas que je traîne avec moi-même. 

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25 janvier 2023 3 25 /01 /janvier /2023 19:26

 

Et ce fut comme un soupir. Un soupir qui traversait la nuit pour rejoindre le port. J'avais encore un jour ou deux de mer, un jour ou deux de froid, de vent glaçant qui traversait les vêtements et coupait ma peau. Le ciel gris, très gris, bas, très bas, rejoignait la mer en un seul horizon. Je n'aurais pas su dire mes sentiments a l'approche du port. Je crois que j'étais content de boire des coups avec tous ces cons, même s'ils allaient un peu me bassiner en me demandant des nouvelles de la fille qui n'avait pas le droit de donner des nouvelles pour ne pas froisser son nouveau mec. Mais je voulais picoler, danser, faire le con, draguer des filles bien trop jeunes, draguer des femmes bien trop cabossées. Faire tout l'inverse de ce qui était bon pour moi. Toujours prendre le mauvais chemin, toujours faire les mauvais choix, toujours croire en des gens qui ne s'intéressaient qu'a eux-mêmes, toujours prêter de l'argent a des gens qui ne me le rendraient jamais. J'étais fasciné de mes erreurs, enivré de toujours aller vers le pire. Le bateau voguait lentement, mais je ressentais cette petite excitation d'avant la tempête, cette effervescence intérieure qui ne me mènerait nulle part mais qui me faisait ressentir la tentation d'exister. L'incroyable tentation d'exister. 

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21 janvier 2023 6 21 /01 /janvier /2023 18:12

 

J’aurais voulu être tout, excepté ce que j’étais. Malheureusement, à un certain âge, vouloir être autre chose que ce qu’on est, ou vouloir ce qu’on n’a pas, devient un mode de vie. C’est à cet instant que je compris que la folie de l’âge est une maladie contagieuse qui n’épargne aucun homme, sauf s’il a la chance de mourir jeune.

 

                                                JAMES LEE BURKE

 

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15 janvier 2023 7 15 /01 /janvier /2023 15:55

 

Elle semblait se demander ce qu'elle foutait là et je ne peux lui reprocher car moi-même je me le demandais ce qu'elle foutait là, et puis elle a soufflée d'un air las et s'est mise a se déshabiller et s'est engouffrée sous les draps sans ne plus rien demander, il m'a semblé qu'elle portait encore sa petite culotte mais j'avais remarqué qu'elle avait enlevée son soutien-gorge et la blancheur de ses deux seins m'avait envahi la vision pendant quelques instants et puis je suis resté debout sans trop savoir ce que je devais faire, et le silence s'est installé sans que ni l'un ni l'autre nous ne sachions trop comment réagir, et puis j'ai légèrement mû mon corps, mais imperceptiblement et elle a dit d'un air las je te rappelle que tu dois me féconder et il serait tant que tu viennes car on ne va pas y passer la nuit, alors j'ai raclé un peu ma gorge et j'ai enlevé la boucle de mon pantalon qui est tombé sur mes docks et mon caleçon en flanelle est apparu. 

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14 janvier 2023 6 14 /01 /janvier /2023 16:45

 

Toujours les déflagrations au loin. Celui qui courait près de moi pour se réfugier est mort il me semble, c'est quand j'ai pris l'éclat dans la jambe, le moment ou je suis tombé juste a l'entrée du tunnel. Je suis a l'abri dans le noir, je suis a l'abri alors que le sol vibre, je suis a l'abri alors que les bombes explosent à la surface du sol. Je suis dans le noir. Un autre combattant finit de serrer mon garrot de fortune sur ma jambe. Maintenant il nous faut entendre le bruit des morts, maintenant il nous faut attendre un léger répit. Ma jambe me fait souffrir a chaque fois qu'une bombe explose au sol. Je ressens une douleur mais peut-être n'est ce pas seulement ma blessure, peut-être est-ce la rage alors que celui qui courait près de moi est mort. Alors que tout le monde est mort. Je suis vivant parmi les morts. Errant dans le néant.  Allongé dans le tunnel j'écoute le bruit des bombes, je devine les tombes qui s'ouvrent, tous ces corps qui tombent, toutes ces vies fauchées, si j'avais encore des larmes je pourrai pleurer.  L'homme près de moi dit tout mes amis sont morts. Je suis fatigué. Tout mes amis sont morts. Disparus. Il faudrait sortir de la ville. Il faudrait quitter cette vie, ne plus prendre part a cette guerre. Mon âme est comme ma jambe, boursouflé, orpheline de ce que fut ma vie d'avant. Je devine ma fille et ma femme qui me regardent dans ce tunnel, se demandant comment je suis encore en vie. Pourquoi je suis encore en vie. Dans mon tunnel, je ferme les yeux quelques secondes, j'oublie la perception de la folie autour de moi, j'oublie la mort et j'oublie tout ce qui m'entoure, je ne sais plus ou je suis. J'aimerais m'échapper encore mais des cris des hommes, le signal qu'il faut bouger met un terme a ma rêverie. Alors je rouvre les yeux. Il faut partir pendant que c'est calme dit une voix autour de moi, il faut partir avant que ça bombarde de nouveau dit une autre voix. Ma jambe me fait souffrir, je me demande si je vais la garder longtemps, je me demande si je vais la perdre, je me demande si demain je serais en vie, si je serais en vie après-demain. Je me demande si je suis encore en vie. Fantôme d'une guerre, errant parmi les errants, ombre parmi les ombres.  Ils sont deux pour me tirer un peu et essayer de s'approcher de la lumière du jour, le silence au-dehors est presque plus inquiétant, prémisse d'une future fusillade, d'un proche bombardement. On a l'impression que toutes les galeries de la vie reprennent vie, on entends des centaines de personnes ramper, on entend des milliers de personnes s'interpeller, on croit voir des ombres et des fantômes. Deux hommes me tirent par les bras pendant que ma jambe valide pousse et je me retrouve dans une petite salle creusé sous la terre. Nous sommes une petite dizaine, tout le monde semble épuisé. Il y a un homme a côté de moi, allongé contre le rebord, il y a un vieil homme qui me dit que ses enfants sont morts, il y a un vieil homme qui répète tous mes enfants sont morts, il y a un vieil homme qui me dit ma femme est morte aussi. Il y a un vieil homme a côté de moi. Je l'écoute qui répète la litanie des morts, l'homme qui pleure et qui égrène le nom de ses morts. Les noms des morts.

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10 janvier 2023 2 10 /01 /janvier /2023 19:10

 

Rue de Budapest. Entre le monoprix et la tour de bretagne. Elle est sur la terrasse au sixième étage. Voudrait bien se jeter. Mais ne peut pas. Whisky sur Rohypnol. Pas con le mélange. Pizzéria rue jean jacques rousseau. Les mains. Ses mains...Des dizaines de coupures sur le dos des mains, ces crises où elle se blesse pour ne pas oublier qu'elle est cinglée. Tout le monde a peur. Sauf moi. Je suis alcoolique il faut dire je ne me rends compte de rien. Putain de croute de sang sur ces mains à elle. . L'une qui veut se balancer de sa terrasse. Et l'Autre qui boit des verres. Et des verres. Il te dit quoi le gars qui connait vaguement ta vie ?  Une seule de ces deux filles te rendrait déjà cinglé. Et toi tu veux tenir une relation avec les deux nanas les plus déjantés à 200 bornes à la ronde. Après-midi rue du calvaire. Porte bien son nom cette rue à la con. Cafétéria.. Le rendez-vous de ce que tout ce que Nantes compte comme brin d'errants, de défoncés, d'alcooliques et autre personnes sous état médicamenteux avancés. Les foutus de la vie. Les morts pas en sursis. Cafétéria. "Ca va flancher". Tu m'étonnes. Café. Des heures là. L'après-midi en attendant la nuit. La vie en sourdine. Le Nantes de cette époque qui se sent encore un peu merdeux car tous les musiciens et toute la culture sont à rennes. Nantes c'est morne. A l'époque il n'y a rien. Une ville de vieux bourgeois avec un maire de droite. Elle. Qui chiale sur les marches de l'opéra.  L'Autre qui sort de st jacques pour boire des verres. Les jardins de l'hôpital. Tu traînes au ciné. Angoisse. Estomac noué. Défonce. Hypnotiques et excitants. Défonces. Tout le monde qui se shootent, claquer des thunes qu'on a pas dans tous les restaurants chers de la ville. Ne rien manger. Zoner au magasin de disques. Rue crébillon je crois. Piquer des trucs. Tout le monde  qui lèche les paves pour extraite de la poudre qui rend dingue. A quatre pattes. La ville entre deux eaux. A peine un tramway. Le morne fric. La défonce déjà. La peur de la nuit. La peur de la vie. On sait pas où on va mais on fonce. Toujours foncer. Toujours défoncer. Ne rien lâcher dont les autres pourraient profiter.Les murs gris et ternes de Saint-Jacques...Grillages aux fenêtres...L'une et l'autre sont parties ailleurs...La fin du cauchemar...Ma part de ténèbres... Fièvres...Merde sur les murs...Sang sur le sol...Des taches partout....Des gens qui parlent...Bouillie indescriptible...Porte fermée sur nos vies qui ne se veulent...Laisser moi partir rejoindre l'une et  l'autre...Ricanements...Corps enfiévrés...Goût de fer dans la bouche...Goût de merde dans la gorge...Odeur de morts....Senteurs des corps...Odeurs de merde...Des cris...Portes fermées...Vomi sur le sol...Nous sommes si jeunes et nous ne pouvons pas attendre...Nous sommes si jeunes...On ne verra pas l'an 2000...Beaucoup trop loin...On sera morts...Hein...Coke dans le sang encore...Hurlements...Portes fermées...Héroïne dans le sang...Matelas sur le sol...Petites pilules...Alcool dans le sang...Couverts en plastique....Ne pas se couper...Ils ont peur qu'on se fasse mal alors qu'ils nous trépanent... Ah les comiques...Murs sales...S'échapper...Portes fermées...Barreaux aux fenêtres...Cris...Gens qui parlent...Comment tu veux t'en sortir...Partir...Tu voudrais voir la gare...Après ça va mieux...Ping-pong...Prendre le train...Tu veux quitter la ville...Prendre le train...Tu peux pas partir...Sans elle et l'autre...C'est pas un putain de cauchemar...Baladeur...T'écoutes quoi...Un gars qui s’assomme contre les murs...Pas de rasoirs...Et toujours les portes fermées à clé...La réalité...Faut me laisser...Pilules...Shoot...Barreaux aux fenêtres...Un gars qui te parle...Les conversations...Tu planes...Tu sens plus rien...Faudrait sortir...Tu pues le vomi, haleine de médicaments...Tu sens le terne et la merde...Ta gueule...Pas de miroir pas se couper...Tu vois ton visage dans une fenêtre...Même pas mort...Il faut que tu téléphones...Faut que tu trouves un putain de téléphone...Alors tu appelles l'une et puis l'autre...L'une et l'autre...Mais personne ne décroche...Elles sont parties...On te raccompagne dans ta chambre...Sans l'une ni l'autre...Sans l'une et l'autre...Personne ne décroche...

 

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8 janvier 2023 7 08 /01 /janvier /2023 10:40

 

Las. Se vautrer dans les fleurs en bas de la rue Crébillon. Tu perds tes papiers. Fille qui se brûle les mains avec des cigarettes pour être sure de bien souffrir est sous l'influence du Rohypnol.  Pourtant mais elle fait n'importe quoi. Tu as un peu plus de 20 ans à peine 22 et tu fais n'importe quoi. Seul ce qui te détruit te plaît, ce sont les années de déroutes ordinaires. Elle est défoncée à cause des médicaments et de l'alcool. Tu rentres à l'appartement. Boites de conserves vides et un peu de sang par terre. Des morsures de mâchoires dans les draps. Elle fait n'importe quoi. Mais toi aussi. Tu cours dans les rues du quartier Decré, tu traverses le cours des  40 otages et tu fonces vers chez l'autre. L'autre qui picole des verres et des verres, l'autre qui inflige à son corps des tourments sans fin. Une vie sans suite de douleurs ordinaires non maîtrisées comme qui dirait expurgées de toute vitalité. Une vie sans souffle. Les serments les uns après les autres, comme on va arrêter la drogue et l'alcool, comme on va vivre comme les autres vivent, on aura des enfants et tout ça tout ça. Et puis non, nous picolons et nous hurlons dans la nuit comme des soudards qui ne se réveillent jamais. L'autre n'est pas là. L'appartement est vide, vide de tout d'ailleurs, hormis ce lit défait, hormis tous ces écrivains morts dans la bibliothèque, c'est la grande période ou l'on vénère des gens comme sylvia plath. On vénère les suicidés.  Où est l'autre ?  Peut-être embarquée par les flics ou alors dans un lit sous des lanières de cuir à l'hôpital. Saint jacques. Tu ne sais pas quoi faire, il fait nuit sur Nantes. Tu ne sais pas quoi faire. Tu fonces vers la place de la bourse, tu fais n'importe quoi. Cabine téléphonique. Tu prends le tram jusqu'à la gare. Asphalte mouillé. Elle. L'autre. Tu ne sais pas  choisir déjà, c'est ainsi que se déroulera toute ta vie, dès que tu rencontres une fille toutes les autres meurent, dès que tu couches avec une fille tu ne couches plus avec toutes les autres. Sauf là, l'une et l'autre tu ne sais plus. Tu grattes les murs de la gare de Nantes avec tes ongles en sang. Tu renifles les odeurs mais tu ne sens rien. Tu regardes le tableau des trains qui arrivent et qui partent, tu sais que tu devrais en prendre un pour n'importe où, pour n'importe quoi d'autre. Que cette hésitation sans fin entre l'une et l'autre. Tu joues ton destin en lançant une pièce et puis non tu ne regardes pas. Le pile ou face. Tu te dis qu'il suffit qu'une des deux meure. La fièvre, tu sens la fièvre. Infirmier. Je peux vous parler ? Mais non tu n'es pas encore à l'hôpital, tu n'y es pas encore, tu erres dans la ville, un peu sombre, un peu humide, un peu froide, un peu morte sans doute. Tu retrouves l'une dans une boîte homo en train de sniffer du poppers. Rue quoi déjà ? Vers le centre. Là, ça devient n'importe quoi, tout le monde court après tout le monde. Personne ne court plus après personne. Comment dire ? Comment vivre ? Comment faire ? Je ne sais plus, je ne sais pas. Tu quittes la boîte, ce n'est pas encore l'époque des téléphones portables ou l'on retrouve tout le monde, ou l'on ne parle à personne, ce n'est pas encore cette période, c'est encore l'époque où une soirée peut décoller avec les gens présents, ce n'est pas encore cette vie à toute vitesse où il faut toujours qu'il se passe quelque chose. Je quitte la boîte homo, je laisse l'autre le nez dans les drogues pendant que l'une est perdue. C'est encore l'époque des surprises, si ça se trouve l'autre est avec son amant régulier. Je vais boire des bières dans ce rade vers la rue de l'évêché. Courir. Encore. Courir après l'une et après l'autre. Tu n'as plus les clés de l'appartement, tu ne sais plus qui veut et qui ne veut pas, qui veut vivre avec qui. Tu t'épuises dans l'alcool, déjà et pour toujours, tu ne sais plus rien de ta vie, de la vie des autres. Tu commences déjà cette vie vaine ou tu passeras ton temps à courir après les autres, à mourir après les unes. Ce n'est que le début.

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5 janvier 2023 4 05 /01 /janvier /2023 18:28

 

Cette nuit, j'étais sur le bateau et je regardais la nuit, et j'ai pensé un peu a toi après que tu m'aies envoyé une photo de ton jeune fils et le bateau avançait et ouvrait un peu la nuit et c'était comme une ritournelle que je ne pouvais arrêter. J'ai pensé a ta fille dont c'était bientôt l'anniversaire. Et je me suis souvenu de ce jour ou tu m'avais que ta fille était ma fille. Un moment je ne sais plus si j'ai rêvé ou si c'était encore la nuit et je n'ai plus su si j'étais encore en vie ou si c'était juste une impression, une illusion et si j'étais encore mort ou encore vivant. Déjà mort ou déjà vivant. Le bateau avançait vers le port et j'ai pensé que ce serait de nouveau agréable d'y traîner un peu, maintenant que le fantôme avait embarqué son lourdingue jaloux. Je me sentais encore plus libre, et j'avais envie de picoler et de me suicider lentement : A l'alcool. La nuit semblait ne jamais finir mais j'étais plein d'une nouvelle énergie alors que le port se dessinait et que je savais que j'allais bien me marrer désormais. J'entendais les verres s'entrechoquer et les liquides couler sur le zinc. Je m'éloignais des vies tièdes et monotones, je m'éloignais des fadasses et des crétins. La nuit me tendait les bras. Vous reprendrez bien un peu de ténèbres. 

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1 janvier 2023 7 01 /01 /janvier /2023 19:16

 

La vie m'emmerde, je n'ai pas beaucoup de talent pour vivre, je suis balloté, instable, alternatif, alterné, interné. Je n'ai pas l'impression de faire quoi que ce soit. On m'a mis là, et puis ailleurs, et puis on m'a dit ça et j'ai compris autre chose, et je comprendrai toujours de travers. Je ne suis pas plus bête qu'un autre, mais l'intelligence m'effraie. Elle est si lisse, si simple. Je n'aime pas tant l'ignorance que le mystère, ne pas trop savoir, ne pas tout savoir. Faire semblant. 

                                     

                                           Hervé PRUDON

                                                                

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29 décembre 2022 4 29 /12 /décembre /2022 21:34

 

Alors que mon bateau s'éloignait, j'ai vu la voiture de popaul sensible qui s'approchait du port, sans doute pour vérifier que je partais réellement et que son bien durement acquis n'allait pas lui échapper. Il avait une voiture a son image, elle était solide, banale, valait une petite fortune, mais ce n'était pas ostentatoire. Ce genre de type n'étalait pas son fric, il n'en tirait pas gloriole. L'argent pour lui, n'avait jamais été un problème et comme pour tous les gens qui en avaient toujours eu, du fric, il ne l'étalait pas. Au fond, tout était carré, de la naissance à la mort, et il voulait traverser la vie sans souffrir. Sans faire de mal et sans éléments imprévus. Le genre de mec pour lequel avoir une maîtresse était le summum d'une attitude punk. Ce type de gars ne savait pas souffrir et ce qu'il redoutait c'était l'imprévu, les tables renversés, les croix qui ne cochaient pas les bonnes cases. En regardant sa voiture qui devait coûter une année ou deux de mon salaire, je compris qu'il avait souffert a cause de moi, que son petit monde parfait avait été englouti pendant quelques jours, et que c'était l'équivalent d'une faille sismique pour ce genre de gugusse. Une erreur infinitésimale qui avait dévié le chemin de la fusée, de façon imperceptible pour le commun des mortels comme vous et moi mais pouvait provoquer une crise d'hémorroïdes chez un type dont toute la vie n'était qu'un voyage d'un point A vers un point B sans que le moindre accroc ne perturbe cette route. J'ai failli lui faire un petit signe quand je l'ai vu descendre de sa voiture mais j'ai renoncé. La souffrance avait assez infusé son âme pour le restant de sa vie. Ce n'était pas de ma faute, bien entendu, mais j'avais pitié de lui. J'avais pensé le mépriser mais je ne ressentais plus que de la pitié a son égard. Il n'avait pas compris que sa vie était un château de cartes qui pouvait s'effondrer a tout moment. Un château doré, confortable et synonyme de bonheur. Mais une construction chaotique qui pouvait s'écrouler a chaque instant. 

 

 

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